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Full text of "La guirlande : album mensuel d'art et de littérature"

\ 



■\ 




j e Fascicule Prix : 30 francs 



-La vxuirlande 



ET DE LITTERAT 



Sous la direction littéraire 
Je 

Monsieur Jean HERMANOVITS 

Sous la direction artistique 
de 

Monsieur BRUNELLESCHI 



SE TROUVE : 3, RUE DE CHAILLOT 

PARIS 



.Le tirage de cet Album est » , , . A , 

. N 1 . rSumero : 1U1 

restreint a ooo exemplaires -*- ^ *• 



Pkili 



OU PAR DELA LE BIEN El LE MAL 

(CHAPITRE V) 

Conte moral, en prose, par Monsieur ABEL HERMANT 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 



Le Ro 



seau 



Poème par Monsieur HENRI DE REGNIER 

(de l Académie Française) 
Illustrations de Monsieur George Barbier. 

-Le carrosse aux deux, lézards verts 

Conte de fée par Monsieur RENÉ BOYLESVE 

(de l'Académie Française) 
Illustrations de Monsieur George Barbier. 

LJianson à JOanioa et CJianson de Dendérak 

(adaptées de I! Arabe) 

Poèmes par Monsieur JEAN HERMANOVITS 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. — Enluminures de Monsieur Stab. 

-Axéaitations sur la toilette 

Par Monsieur ANDRÉ DE FOUQUIÈRES 

Illustrations de Monsieur Bonnotte. 

s 

Iwlégances Iéminines 

Propos par Madame de MIRECOUR 



HORS -TEXTE 

La Lettre attendue, dessin inédit de Monsieur Zinoview. 

Flirt de Geischa, dessin inédit de Monsieur Emmanuel Blanche. 

Les Colombes familières, 
composition inédite de Monsieur George Barbier. 

Aîodéles des Grands Couturiers 
exécutés par les Artistes collaborant à la Reme. 




PHILI 



OU PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL 



V 

-La Jjabylone JVl.oaerne 

A^I l'amour n'eût fait déraisonner Philippe-Egon et 

.^% Sophie-Charlotte, ils ne se fussent pris de leur 

mésaventure qu'à la baronne de Krakus : ils s'en 

prirent l'un à l'autre ; et, comme ils étaient deux enfants, 

au lieu de se faire une bonne scène, qui les eût menés à 

une réconciliation, ils se boudèrent. Ils pouvaient 



s'allier contre la femelle qui les divisait : Philippe-Egon, 
sottement, lui tourna le dos et Sophie-Charlotte la 
choisit pour confidente. 

La brouillerie de Leurs Altesses Sérénissimes 
dérangea quelque peu le cérémonial du voyage. Phili 
abandonna la première voiture à la grande-duchesse et 
à la baronne ; pour ne point perdre une place, on mit 
avec elles la femme de chambre et, sur le siège, à côté 
du chauffeur, le masseur turc. Phili, variant ses plaisirs, 
roula désormais, tantôt avec Mûller et Mignon, tantôt 
avec Frédéric Mosenthal, selon qu'il se sentait 
d'humeur à recevoir des caresses ou des leçons de 
philosophie. Mosenthal était capable de traiter les plus 
hautes questions de la métaphysique ; mais il savait 
se mettre à la portée de son élève, et ne l'entretenait 
que des rapports de l'amour avec la morale. 

— Il n'y en a aucun, disait-il. L'amour est au- 
dessus de tout, comme l'Allemagne. La seule offense 
que l'on puisse faire à la nature est de refréner un 
instinct qu'elle a mis en nous. La république de Silber- 
berg lui a rendu hommage en abolissant toutes les lois 
infâmes et jusqu'aux règlements de police. 

Philippe-Egon, qui, à titre de souverain déchu, 
était encore un peu superstitieux de discipline et 
d'autorité, repartait timidement : 

- — Ne crois-tu pas que, sans mettre bien entendu 
à l'exercice de l'amour aucune entrave, il conviendrait, 
si j'ose m' exprimer ainsi, de l'organiser ? 

— Tu es bien boche! répondait Fritz Mosenthal, 
qui peut-être ne l'était pas moins. 



Ne m'en parle pas! disait Phili. C'est mon 

désespoir. Combien j'ai encore besoin de tes conseils 
et de ton exemple pour acquérir cette légèreté 

que j'ad- 
en toi ! 
pirait. 

quoi soupi- 
Fritz? 
ce que j'aime 
et qu'elle est 
dée. A ma 
ferais-tu ? 
rais comme 
consolerais 
gnon. 

as raison, 
li. 

nait une hal- 
t-ait la voi- 
précepteur 
ner dans 
maîtresse et 
de lait. Illes 
étroitement 

serrés l'un contre l'autre qu'ils n'occupaient pas la 
moitié de la banquette, et il n'avait point la 
peine de leur dire : « Faites-moi donc une petite 
place ». 

Le trajet, pénible, était si varié qu'il ne parut 
point trop long, et par miracle le programme put être 



française 

mire si fort 

Il sou 

— Pour 
r es-tu, disait 

— Par 
ma femme 
trop bien gar 
place, que 

— Jefe 
toi, je me 
avec Mi 

— Tu 
disait Phi 

Il ordon 
te, et quit 
ture de son 
pour retour 
celle de sa 
de son frère 
trouvait si 




exécuté de tous points. Les fugitif s parvinrent à Prague 
cahin-caha le sixième jour et obtinrent des wagons-lits. 
La grande-duchesse et la baronne revendiquèrent la 
case à deux couchettes. Phili prit, pour lui-même, Otto 
Millier et Mignon, celle qui en contenait trois. Ils 
n eurent plus que cinq ou six changements et des 
arrêts de moins de quatorze heures ; ils arrivèrent 
à Genève le quatrième jour un peu avant minuit. 
L'hôtel où ils descendirent est situé hors la 
ville, au bord du lac. Ils le virent de loin tout 
illuminé malgré l'heure indue, et entendirent une 
horrible musique. 

— Que diantre fait-on ici ? demanda Phili au 
manager, qui, sachant la qualité de ses nouveaux hôtes, 
les était venu saluer au bas du perron. 

— Monseigneur, on y danse et on y soupe toute 
la nuit. 

— Mais moi, je veux dormir ! 

— Vous ne sauriez avant six heures du matin ; 
mais ensuite Votre Altesse Sérénissime reposera paisi- 
blement jusqu'à l'heure du thé, où les danses reprennent. 
Cela fait presque le tour du cadran. 

— Je ne me représentais pas ainsi l'austère cité de 
Calvin, murmura Fritz Mosenthal. 

— J'étais prévenu ! dit gaiement Phili. Allons nous 
habiller. Je meurs de faim. Madame, ajouta-t-il du ton 
le plus impérieux en se tournant vers Sophie- Charlotte, 
je vous prie d'aller mettre une toilette convenable et de 
venir souper avec nous. 

Un quart d'heure plus tard, le grand-duc ayant 



>l 



endossé son smoking, la grande-duchesse le joignit, en 
robe fort courte, un peu trop décolletée pour son jeune 
âge, avec son beau rang de perles au cou. La robe de 
la baronne de Krakus était de velours noir, mais ni 
moins décolletée ni moins courte. Phili lui fit compli- 
ment de ses jambes, qui étaient en effet de fortes 
jambes. Mignon avait une jupe à paniers, des flots 
de volants et point de corsage. Mosenthal et Millier 
ne marquaient point trop mal. Sitôt assemblés, ils se 
dirigèrent vers la salle de restauration, conduits par 
le manager en personne. On leur ouvrit la 
porte à deux battants. Ils furent éblouis et 
assourdis. 

Deux orchestres jouaient simultanément 
aux extrémités de la salle, 
et comme ils ne se souciaient 
point de s'accorder, cela ^ 
faisait une cacophonie qui, 
dans le premier moment, semblait 
insupportable aux oreilles déli- 
cates : elles avaient bien vite fait 
de s'y accoutumer. Les musiciens, M^ 

qui raclaient leurs instruments 
depuis plusieurs heures, transpiraient au 
point que leur noir avait coulé : leur 
musique n'en était pas moins nègre. Une 
centaine d'hommes en smoking et de 
femmes à moitié nues, mais couvertes de 
bijoux, dansaient tout en soupant et sou- 
paient tout en dansant. Comme, à chaque 




instant, les soupeurs se levaient pour aller faire un 
tour de fox-trot ou de tango, et les danseurs se 
rasseyaient pour souper, il était fort difficile d'aper- 
cevoir du premier coup d'œil s'il 
restait une table libre. Le manager 
lui-même hésitait, quand un 
homme jeune encore et chauve, 
qui portait à son plastron une 
perle unique, peut-être fausse, 
mais d'une grosseur et d'un orient 
incomparables, s'écria en 
français, avec un fort 
accent russe : 

— Monseigneur ! . . . 
Monseigneur, excusez- 
moi : n'êtes-vous pas Son 
Altesse Sérénissime le grand- 
duc de Silberberg? 

— Oui, dit Philippe-Egon 
froidement. 

— En ce cas, nous sommes petits- 
cousins. Voyez en moi l'infortuné 
grand-duc Ivan Cyrilovitch Romanof , 
exilé de ma patrie comme de raison. Mais vous- 
même ?... 

— Je suis, dit Philippe-Egon, détrôné de la 
semaine dernière. 

— S'il fallait être égoïste, je m'en féliciterais! 
Vous allez donc souper avec nous, mon cher! Lais- 
sez-moi vous présenter la comtesse Tatiana Schmûck. 





Elle est mon épouse morganatique, mais légitime. 

Phili baisa la main de la comtesse, qui lui baisa 
la nuque. Il fit un petit sursaut d'étonnement, puis 
se ressouvint que c'est l'usage. Il regarda Sophie- 
Charlotte et vit que cet usage ne lui plaisait point. 
« Elle est jalouse ,» pensa-t-il. Ensuite il regarda la 
comtesse, et se dit : « Elle est ravissante. Quelle 
branche! Au fait, c'est ma première femme du monde. » 
Ces mots, qui lui étaient venus machinalement, le 
firent aviser qu'il avait peut-être conçu, 
en moins de temps qu'il n'en faut pour 
l'écrire, le machiavélique projet de se 
divertir avec la comtesse et de recon- 
quérir Sophie-Charlotte par la jalousie. 
Mais il n'avait pas dix-neuf 
ans : il croyait faire de la 
politique et déjà il jouait 
franc jeu. 

Il expédia les présenta- 
tions et, tandis que son petit- 
cousin baisait la main de la 
grande-duchesse, il marmotta 
pêle-mêle les noms de Mi- 
gnon, de la Krakus, de Mosenthal, 
de Mûller. 

— Mon cher, dit Ivan Cyrilovitch, 
vous prenez place à côté de la com- 
tesse Schmùck, comme de raison, et moi à côté de 
Son Altesse Sérénissime. 

Il crut devoir ajouter, avec un gros rire : 




— Vous savez que je ne suis pas dangereux. 
Phili n'en savait rien et fut interloqué, mais n'eut 

point la curiosité de demander à Son Altesse Impériale 
des explications. 

— Surtout ne causons pas déjà de nos 
malheurs ! dit Ivan Cyrilovitch. Je suis excédé, mon 
cher. Cette révolution, quel ennui ! Il n'y faut pas 
songer. 

La recommandation était superflue. En moins de 
cinq minutes, Phili, Sophie-Charlotte, la grosse 
baronne de Krakus elle-même, ainsi que Mignon, 
Fritz et Otto, s'étaient mis au rythme des autres 
soupeurs- danseurs, qui rendait toute conversation 
suivie impossible. Tatiana, cependant, se trouva un 
moment seule avec Phili, et assise. Elle lui dit d'une 
voix chantante : 

— Son Altesse Sérénissime madame la grande- 
duchesse est bien jeune ! 

— J'ai fait un mariage blanc, dit Philippe - 
Egon. 

— Ah? dit-elle. 

Et aussitôt, quittant son soulier, qui n'était 
guère qu'une pantoufle, elle posa son pied sur celui 
de Philippe-Egon, qui, par hasard, avait quitté son 
escarpin. « Elle est à moi ! » pensa-t-il ; et il se 
sentit fort empêtré. Tatiana Schmùck était en 
effet sa première femme du monde, et il n'avait 
aucune habitude du monde. Non seulement, comme 
tous les princes, il n'avait pas reçu ombre d'éducation, 
il ignorait la civilité puérile et honnête des bourgeois, 



mais ses procédés amoureux étaient ceux du paradis 
terrestre, et il craignait qu'ils ne fussent point encore 
praticables dans une société mal définie, que la révo- 
lution a rapprochée de la nature, sans lui faire perdre 
toutes les apparences et le vernis de la civilisation. Il 
ne crut point possible de dire tout uniment à madame 
la comtesse Tatiana Schmùck, épouse morganatique 
mais légitime d'un grand-duc de Russie, ce qu'il 
souhaitait d'elle avec précision, et il ne trouvait pas 
autre chose à lui dire. 

Il songea bien que cette personne, appartenant au 
même milieu que lui, était sans doute aussi primitive et 
aussi mal élevée ; mais l'embarras de sa partenaire ne 
remédiait pas au sien et, après s'être témoigné, du pied, 
leurs sentiments, ils demeuraient tous deux en détresse. 

sent jamais" tiré s de ce mau- 

la baronne de Krakus ne 

revenue près d'eux, encore 

letante de 



Ils ne se fus 
vais cas, si 
fût à propos 
toute ha 
s'être es 
v al se - 



sayée à la 
hésitation. 




La baronne avait si manifestement le physique 
de la complaisance que Phili, en la revoyant, se dit : 
« Suis-je sot ! Je l'avais remarqué il y a dix jours, et je 
n'y songeais plus ! » 

Il est probable que Tatiana faisait des réfle- 
xions du même ordre. Elle regardait tour à tour 
la baronne et Philippe- Egon, et semblait les 
implorer. 

— Madame, dit brusquement Phili à la Krakus, 
vous dansez comme un ange, et je veux danser avec 
vous. 

Elle était tombée assise, elle rebondit : les désirs 
d'un prince sont des ordres. Phili daigna la faire pivoter 
quelques secondes, puis s'arrêta pour souffler, et lui 
dit tout net qu'ayant résolu d'honorer la comtesse 
Schmùck, il la priait d'arranger ça. 

Madame la baronne de Krakus ne se montra point 
mortifiée de recevoir une telle mission; au contraire. 
Elle semblait tout ensemble fière, contente et un peu 
déçue. 

— Je vois, dit-elle maternellement à Phili, que 
Votre Altesse Sérénissime est redevenue raisonnable ; 
mais tient-elle si fort à cette Schmùck ? 

— Absolument, dit-il. 

— Je crains que Votre Altesse ne fasse fausse 
route. 

— Pensez-vous qu'on me refuse ? dit Philippe- 
Ego n avec hauteur. 

— Certes non ! 




— Alors, faites ce que je vous dis. 
Il ramena la baronne, puis s'écarta 

de nouveau. Il la vit glisser deux mots à l'oreille 
de la comtesse et, quand il revint, elle lui fit signe 
qu'il était agréé. 

— Demandez-lui où est sa chambre, dit-il tout 
bas. 

Elle le demanda, on le lui dit, elle le répéta au 
grand-duc, et environ six heures du matin, quand les 
danses finirent, il y fut tout droit, Tatiana de même ; 



si bien qu'ils se trouvèrent nez à nez devant la porte. 
Tatiana l'ouvrit. 

— Passez, lui dit-elle. 

— Vous êtes chez vous, dit-il. 

Comme il doutait s'il convient de traiter une femme 
du monde ainsi qu'une maîtresse ordinaire, elle eut une 
façon de lui dire : ALettez-vou<* donc à votre aide, mon cher, 
qui lui parut trancher la question. Elle acheva de 
l'éclairer deux heures plus tard, en lui disant : 

— Petite âme, n'auriez-vous pas une dizaine 
de milliers de marks 



sur vous : 
payé ma 
tel depuis 
Donc ce 
aubergiste 
me faire 




Jen'aipas 
note d'hô- 
deuxmois. 
misérable 
veut déjà 
des ennuis! 



(à suivre) 




ty^^<^>y ! L^ : 




LA GUIRLANDE 




LE ROSEAU 



Jt\e prends ia rouie» 

jcdle est plus douce 
J\u crépuscule qu au nia tin, 

\^uand ,vers la vie, 

lu 1 as suivie 
Jrour t en aller vers (on aeséîn. 



I u reverras peut-être sur le sable encore 
JLa trace vaine die Ces pas; 
I n i entendras 
ir eut**être encore 
ixire en ce in ê nue écho ou ta voix rut sonore 
Et où quelqu un répond quand on parle 
Ecoute, [ trop baso», 

Reprends ta n 
Et va! 



traverse 



Marcne [ ti 

jjnsques au fleuve lent que le vieux pont 
De son arcne p [agrandi, 

usqu à I arbre où ton norn, dans 1 ecorce, 
Vers ton passé, vers ta jeunesse, 
I usqu à la rnaison qui se cacne 
Au rond du lardin agreste 



Où 


le cadran solaire a inarqué tes midis ; 




JCmtre, la porte est ouverte 




iC/t ? dans le koy&r rerroidi, 




jR allume la brindille sèche 


Et] 


a pomme de pin dont 1 écaille a verdi 




'Lt puis, 




De chambre en chambre, cherche 


Le 


miroir où 1 amour, en pleurant, ta 




[ souri ! 




*%~- 




1 lens, voici déjà la roumaine 




Avec sa vasque et son bruit doux; 




L-'Ourbe^foi, bois^y a genoux 


i^s&T 


la iorêt est vaste et 1 on y perd haleine 


A. marciier dans son ombre, niais avant 




C^ueille à la rive de 1 étang 


Un 


de ces roseaux droits pareil à celui 




[ même 



Dont la fige creuse te suffisait;, 
1 en souvient-il, te suffisait, 
O cœur en joie, ô cœur en peine, 
A raire cliant er la torêt ! 



de l'Académie Française. 





JLa lettre attend. 



ne 



LA GUIRLANDE 




Le carrosse aux 
deux lézards Verts 



Une espèce de dissertation littéraire sur 
la meilleure manière de traiter le sujet 




. La Nature a attaché sa malédiction à l'immobilité. » 
GŒTHE (Conversations). 

■ Ils n'ont pas Virgile, et on les dit heureux parce 
qu'ils ont des ascenseurs. » 

Anatole FRANCE (Le Jardin VEoicure). 



ES lecteurs, j'aimerais mieux bavar- 
der avec vous sans faire d'embarras, 
que de vous laisser tomber, comme 
la manne du haut des cieux, un récit qui n'aura 
peut - être aucun goût, mais se donnera des airs 
d'avoir été composé par un être sans âge, sans sexe, 
insoumis aux lois de la pesanteur et de la vie, et 



écrivant à la façon de Moïse, sous la dictée de 
l'Eternel. 

Car enfin, si un auteur ne cause pas tout simple- 
ment, c'est bien cette attitude surhumaine qu'il se 
donne. Je sais qu'il y a encore aujourd'hui nombre de 
gens à qui il ne répugne pas de se laisser duper par 
une autorité prétendue ; mais comment se fait-il que 
les mêmes soient acharnés, lorsqu'ils ont lu un livre, à 
obtenir mille renseignements sur la personne de 
l'écrivain ? Ce n'est pas la peine que celui-ci se 
soit fait passer pour un grand prêtre, un initié, un 
inspiré, si tout aussitôt il doit vous communiquer 
son état-civil, sa photographie, le menu de son 
repas, l'aveu de sa fleur préférée. Jeu cruel, qui 
consiste à se faire d'un homme, durant une heure 
ou deux, l'image d'une espèce de demi-dieu, et puis 
de le rabaisser aussitôt, voire de se délecter à ses 
petitesses ! 

La vérité est qu'il y a des hommes très grands qui 
sont plus simples que le premier venu. Les pensées 
profondes, la haute sagesse, les riches constructions 
de l'imagination sont l'apanage de bonshommes qui 
ressemblent à tout le monde, et vivent comme vous 
et moi. Méfiez- vous de ceux qui donnent à leur vie 
une tournure extravagante : ce sont probablement des 
farceurs, de creux comédiens avides de leurrer l'âme 
crédule, et qui se dégonflent un beau matin, comme 
des ballons remplis de vent. Souvenez-vous que 
Corneille portait de fort mauvaises chaussures, que 



Racine fut bourgeoisement le père d'une nombreuse 
famille, et Stendhal un petit consul ennuyé, à 
Civita-Vecchia. 

Nous n'écrivons pas dans les nuages. Un ange n'est 
point apparu pour me dire : « Prends ta plume et écris 
aux amateurs éclairés qui s'arrachent la belle Revue 
répondant au nom charmant de Guirlande. . . » 

Non. Voici comment les choses se sont passées. 

Je réfléchissais à un sujet de conte, choisi parmi 
ceux qui se rapportent le plus possible au temps 
présent, — on préfère une aventure du temps présent, 
je ne sais pas pourquoi — lorsqu'on vint m'annoncer 
la visite d'un jeune homme précisément tout à fait 
moderne. Il venait me confesser qu'ayant jusqu'ici 
ignoré mes livres, sous prétexte qu'il me tenait pour un 
monsieur « arrivé », — il paraît qu'il est tout à fait 
inutile de lire les ouvrages des auteurs qui se sont déjà 
fait une réputation — il avait été poussé à les lire par 
le mal extrême que l'on en disait, et, comme il était 
loyal, il désirait m'avouer que mes livres l'avaient 
touché ; seulement, et avec beaucoup de politesse et 
un entrain endiablé, il m'exprima aussi son regret 
sincère que je n'eusse point coutume de traiter des sujets 
plus « actuels ». — Qu'appelez- vous donc un sujet 
« actuel » ? lui demandai-je. — Comment ! Monsieur, 
dit-il, mais le monde est renouvelé par les décou- 
vertes scientifiques etc. Et le voilà à m'énumérer 

les toutes dernières merveilles : avions, torpilles, 
sous-marins, « sans fil » et les gaz asphyxiants 



récompensés par le prix Nobel. Bref, le roman, par 
exemple, des « Ondes hertziennes » traité par l'au- 
teur de La Jeune Fille bien élevée, lui paraissait 
désirable. Je trouvais ce jeune homme charmant; il était 
intelligent, informé, piqué par le goût de l'innovation, 
ce qui n'est pas pour me déplaire ; et, évidemment, 
seule lui échappait une expérience prolongée de la 
littérature. Je songeais : « A-t-il de la chance ! 
D'abord il est très jeune; et il attache à une décou- 
verte scientifique l'importance que je donnais, de mon 
temps, au « réalisme » dans nos parlottes de débutants ! 
Le « sans fil » va plus loin que le réalisme, je le 
reconnais ; mais que sont ces prétendus perturbateurs 
au prix d'une ode d'Horace, d'un vers de Ronsard ou 
d'une de ces nonchalantes réflexions de Montaigne qui 
s'enlacent autour de vos membres et vous pénètrent 
pour la durée de la vie, comme le lierre la muraille ? 
Il n'y a jamais eu, il n'y aura jamais qu'une sorte de 
littérature, c'est celle qui nous entretient de l'esprit et 
du cœur humains. Les accidents de l'état social ou des 
mœurs, comme l'esclavage antique, la féodalité au 
JVLoyen- Age, ou le merveilleux scientifique de nos 
jours, n'ont vraiment d'intérêt que dans la mesure où 
ils influencent notre manière de penser ou de sentir ; or 
les Dialogues de Platon, qui ne datent pas d'hier, n'ont 
jamais flatté davantage l'intelligence ; la femme de nos 
jours est aussi perfide que Circé ; et n'aime-t-on point 
encore comme faisait Didon ? Un monsieur qui nous 
eût raconté avec stupeur les premiers « chemins 
de fer » nous paraîtrait sans doute un peu coco. Je 



crois bien, moi qui vous 
parle et qui ai connu 
les diligences, avoir été 
un des premiers à rapporter 
un voyage en automobile ; je 
ne voudrais pas le relire à présent, 
tandis que l'émoi d'une jeune fille à 
1 éveil de la première tendresse, qui fut 
sincèrement écrit il y a soixante ou 
cent ans, il me semble qu'il a conservé sa 
fraîcheur malgré tout ce que l'ingénio- 
sité des hommes, à leurs moments perdus, 
a ajouté depuis lors aux arts chimiques 
et mécaniques. » 

Et voyez, s'il vous plaît, comment 
les choses arrivent, et les hasards sin- 
guliers qui déterminent nos écrits ! 
Pendant que mon jeune 
homme parlait et 







pendant que je faisais, à part moi, les précédents 
retours — que je me gardais bien de lui commu- 
niquer, parce qu'il se serait moqué de moi, vieille 
barbe — je prenais la résolution d'abandonner le 
projet de conte choisi, lequel me paraissait tout à coup 
encore trop rapproché du temps présent, quoiqu'il 
ne le fût certes pas assez au gré de mon visiteur, et je 
faisais le serment de conter quelque aventure qui, non 
seulement n'eût aucun caractère scientifique, mais fût 
aussi invraisemblable que possible. 

« C'est avoir le caractère mal fait, me direz-vous, 
c'est procéder par réaction. » Hélas ! je sais bien que 
nous n'agissons presque jamais d'autre manière ; mais 
ici, je jure que je ne pensais point à réagir; j'aurais au 
contraire aimé à contenter mon visiteur : j'étais 
pour lui plein de reconnaissance, car il venait de 
m'éclairer en me prouvant à quel point j'eusse été sot 
de donner dans les nouveautés. 

« JMais ce n'est pas une raison pour narrer une 
histoire invraisemblable !» Je vous demande bien 
pardon. A mesure que la littérature s'opposait pour 
moi, d'une manière définitive, à l'esprit scientifique, 
je reconnaissais que la véritable littérature était la 
littérature invraisemblable. Entendons-nous. 

Voyons, ne prenez-vous pas en pitié tous ces 
écrivains qui se donnent un mal affreux pour 
agencer d'une manière véridique des séries com- 
pliquées de faits, lesquels, si bien imbriqués qu'ils 
soient les uns dans les autres, ne signifient rien du 
tout ? Que m'importent mille faits ingénieusement 



combinés, qui ne fournissent aucune lumière à mon 
esprit, aucune émotion à mon cœur ? Je vous en prie, 
croyez-moi : ce ne sont pas les faits qui doivent être 
vraisemblables, c'est le sens qui se dégage des images 
présentées à vos yeux. Si je vous dis qu'aidé d'un 
Diable je soulève tous les toits de Paris ou de Madrid 
et vous montre la vie des hommes que ces couvertures 
abritaient, le fait est nettement incroyable, mais ne 
nuit en rien au caractère véridique de l'histoire. Il 
n'est pas vraisemblable que le « chêne » ait dit jamais 
quelque chose au « roseau » : trouvez-vous que la 
fable de La Fontaine pèche par la base ? Les 
péripéties de Candide sont insensées : il n'existe pas, 
à mon avis, d'ouvrage plus vrai. 

Ce qui est vraisemblable, hélas ! c'est que nous 
avons été de grands bêtas, en accordant une importance 
à des éléments qui n'en ont point, et en convertissant, 
comme nous-mêmes, la littérature au matérialisme. 
Les « faits », ce sont des « signes » comme les « mots ». 
Une littérature qui arrive à conférer des dignités 
excessives aux mots est proche de la décadence ; si 
pareils honneurs sont rendus aux faits, la pauvre 
littérature perd son cerveau ; c'est une folle, une 
innocente de village, et sa chair même n'est pas belle, 
car c est la vigueur spirituelle qui lui eût valu son 
principal agrément. 

Mais voilà trop de pédanteries et j'ai hâte 
d'entreprendre le récit d'une aventure à laquelle il me 
plaît, je vous en avertis, de donner les apparences de 
la plus extravagante folie et de la plus surannée. 



Je ne sais pas si vous avez lu les Contes de ma 
Mère l'Oye. On les connaissait de mon temps, et les 
grandes personnes n'en faisaient pas fi. Je n'en suis pas 
autrement entiché, mais leur absence de prétention, leur 
apparence de s'adresser aux enfants — comme l'œuvre 
de notre Fabuliste, qu'il faut être un grand sage pour 
comprendre — m'ont toujours plu. Il vaut mieux avoir 
l'air de chuchoter de toutes petites choses au niveau de 
l'oreille des fourmis que de simuler qu'on embouche les 
trompettes du Jugement dernier. Quelqu'un se trou 
vera un jour ou l'autre, pour juger la valeur des choses 
qui auront été dites ou d'aussi bas ou d'aussi haut. 

Veuillez me permettre de vous mener au cœur 
même d'une forêt, non dune forêt d'aujourd'hui, 
savamment exploitée, ou, hélas ! saccagée pour les 
besoins de la guerre ; au cœur d'une bonne forêt d'autre- 
fois où les arbres croissent à leur gré et ne meurent, 
la plupart du temps, que de leur mort naturelle. Cela 
ne forme pas un enlacement de troncs et de branches 
inextricable, car chaque plante se défend comme un 
homme, a horreur d'être incommodée par le voisin et 
tâche à être la plus forte afin d'exterminer qui la gêne. 
A défaut d'aboutir à cette extrémité toujours tentante 
pour un être vivant, eh bien ! l'on se retire sur soi- 
même, on raccourcit ses rameaux, on les dirige en 
hauteur, on se résigne à une taille fluette et un peu trop 
longue, mais du moins on est seul et ne se commet point, 
si l'on est bouleau, avec un sapin, si l'on est frêne, avec 
un cornouiller. Les chênes sont maîtres, cela va de soi, 
et étouffent la gent myrmidonesque, par la musculature 



yry***^ .^ rn ^^^ ^ 




de leurs bras et l'épaisse 
ampleur de leur ombre. 

Au beau milieu dune telle 
égétation, vivaient en bonne intelli- 
gence un bûcheron nommé Gilles et 
sa femme, qui, étant demeurés assez 
longtemps — à leur grand désespoir — 
sans enfants, furent tout à coup 
favorisés de deux filles jumelles, 
autrement dit « bessonnes » comme 
il était d'usage de s'exprimer dans 
^^ ce temps-là au fond des provinces. 
Le bûcheron Gilles et sa 
bûcheronne n'étaient pas gens à se 
mettre en frais d'imagination pour 
trouver des noms à donner à leurs 
filles : ils les appe- 
lèrent sans barguigner 
Gillette et Gillonne. 




Mais il s'agissait de faire baptiser les deux petites. 

Quand je vous ai dit que ce monde-là gîtait au 
beau milieu d'une forêt, cela signifie qu'il était très loin 
de tout hameau ou village. De la chaumière, on n'en- 
tendait pas les cloches les plus proches, même quand le 
vent portait. Aussi ce fut une expédition dans le genre 
de celle des Rois Mages, lorsque la mère, qui nourris- 
sait les deux marmots, étant relevée de ses couches, se 
jugea en état d'aller jusqu'à l'église métropolitaine. 

Il y avait bien quelques huttes de bûcherons dans 
les environs, où l'on ramassa un parrain et une 
marraine, peu reluisants, à la vérité, mais qui consen- 
tirent à faire la route — si l'on peut dire — à pied, et 
qui, entre nous, n'étaient pas fâchés qu'une occasion 
s'offrît à eux de voir des lieux habités. 

L'humble cortège se mit en marche, de très bonne 
heure, un beau matin, après avoir soigneusement 
verrouillé les portes. 

Nos bonnes gens étaient fort aises, parce que le 
jour qui commençait à poindre devait être celui d'une 
de ces fêtes de famille dont on se souvient. 

Mais ils étaient loin de se douter qu'ils devaient 
avoir sujet de se souvenir de cette fête-là longtemps. 

Après une heure et demie de pérégrination sur la 
mousse, les champignons et les aiguilles de pin qui 
rendent le pied glissant, ils s'assirent afin que la mère 
prît un peu de repos et donnât le sein à ses poupons. 
Et celle-ci donnait le sein droit et le sein gauche tout 
ensemble, afin de ne point perdre de temps ; et les deux 
jumelles emmaillotées, comme deux paquets croisés sur 



les genoux, s'accommodaient de cette double coulée et 
épuisaient gloutonnement les provisions maternelles. 

Gilles, pendant cette opération, s'était écarté avec 
le bûcheron qui devait remplir les fonctions de parrain 
et avec quelques autres qui les accompagnaient 
pour l'honneur ; et, tous, ils examinaient en connais- 
seurs les fûts des hêtres et des chênes, fixant le prix 
au cours du jour. 

Tandis qu'ils s'adonnaient à leurs calculs, ils furent 
distraits par des cris plaintifs issus d'un trou profond. 
Et, s'étant approchés de la margelle de ce puits, ils 
distinguèrent une vieille femme en haillons. 

— Qu'as-tu, la mère ? lui dirent-ils ; est-ce le fait 
d'une femme de ton âge de passer la nuit à la belle 
étoile ? 

— Hélas! mes bons messieurs, dit la vieille, je me 
suis laissée choir en ce maudit lieu à la tombée de la 
nuit, qui m'a paru longue, car je pense que j'ai une 
jambe cassée... Mais que doivent penser, eux, mes 
pauvres enfants qui me croient morte à l'heure 
qu'il est ? 

Les bûcherons se laissèrent glisser dans le trou 
et se mirent en devoir de tirer de là la pauvresse. 
Elle poussait des cris de renard pris au piège, à quoi ils 
reconnurent qu'elle pouvait, selon son dire, avoir 
quelque membre rompu ; et ils étaient très embarrassés, 
car enfin ils ne pouvaient pas l'emmener ainsi à la ville, 
ni chez le rebouteur qui habitait loin en arrière. Alors, 
sans réfléchir davantage, ils la menèrent vers la mère 
Gilles, car, bien que les hommes médisent ordinairement 



des femmes, ils vont d'instinct vers elles dès qu'il s'agit 
de prendre conseil. 

— Mon Dieu ! dit la mère Gilles, en apercevant 
l'antique percluse, il faut remettre le baptême : ce n'est 
pas chrétien que d'abandonner une si pauvre femme en 
plein bois ! 

Mais la vieille, à la vue des deux bessonnes, 
interrompit ses plaintes et dit : 

C'est à vous, Madame, ces deux gentilles 

petites créatures ? 

— Oui, fit la mère, et elles prennent bien, comme 
vous voyez : ce sont deux filles, pour mon malheur ; on 
a du mal à tenir cette engeance-là ; deux garçons auraient 
mieux fait mon affaire . . . 

— Ne vous mettez point en peine, dit la vieille; je 
vois que vous êtes de braves gens... 

A ce moment, — écoutez-moi bien ! — le jour parut 
dans toute sa splendeur, par Une trouée qui se fit soudain 
dans les cimes, sous l'influence de l'air matinal. Et nul ne 
sut jamais comment se fit la chose : les bûcherons furent 
allégés de leur fardeau. La vieille disparut. Tout 
gémissement s'éteignit. Et l'on vit, non sur le sol en 
vérité, mais bien au-dessus, à la hauteur d'au moins 
deux tailles d'homme, donc soutenue miraculeusement 
dans les airs, une dame d'une merveilleuse beauté. 

Et cette damé, aussi brillante et non moins belle que 
le jour, s'adressa de là-haut aux bûcherons et aux bûche- 
ronnes fort surpris — sa voix avait la douceur et le charme 
du vent qui chante dans les ramures des pins — : « Je suis, 
dit-elle, la Fée Malice. Mais n'ayez point peur de mon 



nom !... J'ai voulu éprouver votre cœur. Je vois qu'il 
y a encore, parle monde, quelques braves gens, du moins 
au fond des bois. Vous m'avez secourue : je ne demeu- 
rerai pas en reste avec vous, car, Dieu merci, je suis 
riche. Allez faire baptiser vos bessonnes, et, à 

rez une surprise... 
la Fée Malice dis- 
tôt, au gré de tous, 
q gens pré- 
vu jusqu'ici 
admirable, ni 
paroles s 
prononcées 
des bûcherons 
tège, fit mine 
tourner , sans 
vers les 
car il était 
connaître 
se qu'avait 
Fée. On 
par le fond 
pantalon, 
sant ob- 
la surprise 
pour lui 



.votre retour, vous trouve 
Ayant dit ces mots, 

parut, beaucoup trop . 

car nul, parmi le s \\5if^ 

sehts, n'avait 

une figure si 

entendu de 

suavement 
Alors un 

qui était du cor 

de vouloir re 

plus tarder, 

cabanes, 

anxieux de 

la surpri 

promise la 

l'arrê t a 

de son 

en lui fai 

server que 

n'était pas 




.&£ 8((R!ïlï« l-XO 



et que s'il n'assistait pas comme tout le monde au 
baptême, la Fée serait bien capable de lui poser une 
taie sur les deux yeux. 

Il suivit donc les autres pas à pas, mais en 
grommelant, et, au bout d'une autre heure de marche, 
ayant ruminé dans son esprit de bûcheron, il dit à ses 
compagnons qui s'entretenaient de l'événement : 

— Et alors, vous y croyez, vous ? 

— A quoi? firent-ils tous, hommes et femmes. 

— JMais, à la Fée. 

— Le farceur! Et il voulait retourner sur ses pas 
pour ne point la perdre ! 

— Je voulais retourner boire un coup, faute de 
quoi je me sens capable d'avoir encore des visions 
comme une fillette aux pâles couleurs... 

Les autres bûcherons furent choqués de son 
impertinence; mais ce n'est jamais en vain que l'on 
entend émettre une idée, si mauvaise soit-elle, et 
principalement une qui tend à détruire quelque 
chose. 

Un autre bûcheron dit : 

— C'est peut-être bien l'éclat du jour qui nous 
a éblouis, ma foi... 

— Eblouis ! éblouis ! dit la mère Gilles, et tes 
oreilles? et tes doigts? Est-ce que tu n'as pas touché la 
vieille? N'as-tu pas senti ses os pointus? Ne s'est-elle 
pas évanouie pour toi comme pour les autres dans le 
même moment où la belle dame a paru en l'air et a dit 
pour nous tous les mêmes choses?... Répète un peu ce 
qu'elle a dit ! 



L'un répéta ce qu'il avait entendu. Mais il fut 
contredit par un autre qui avait ouï différemment. 
Comme on ne réussissait pas à se mettre d'accord, 
l'incrédule bûcheron triomphait. 

— Moi, je sais bien une chose, dit la mère Gilles, 
c est qu'elle a promis de ne pas demeurer en reste avec 
nous, attendu qu'elle est riche, et, en désignant mes 
filles, elle nous a annoncé une surprise au retour... 

Mais il ne se trouva que son mari pour avoir 
entendu la même chose, car la bonne promesse 
s'adressait à son ménage et non point aux autres. Et à 
mesure qu'il s'accréditait que la surprise était réservée 
aux bessonnes, la croyance à la Fée faiblissait, et 
même elle était réduite à néant, avant que l'on eût 
atteint la ville. 

Tant et si bien que Gilles et sa femme eux-mêmes 
finissaient par concevoir quelque inquiétude. 

Cependant, il se produisit, en pleine ville, une 
chose étonnante. C'est qu'aussitôt les bessonnes 
présentées aux fonts baptismaux, les cloches sonnèrent 
à toute volée, bien que les pauvres parents n'eussent 
point eu le moyen de faire les frais du carillon, ce qui 
causa un grand émerveillement et attira fort concours 
d'oisifs à l'entour de l'église. Or, lorsque le cortège 
sortit, ne voilà-t-il pas que des gamins se trouvèrent là, 
assez proprement habillés, ma foi, et qui semaient des 
dragées à grands gestes, comme on répand le blé dans 
les sillons, et ces gamins tiraient ces sucreries de 
corbeilles toutes neuves, profondes, et que nulle 
prodigalité n'épuisait. 



On supposa que les bûcherons avaient de puissants 
protecteurs dans l'endroit; cependant on ne les vit ni 
monter au château, ni franchir le porche d'aucun hôtel 
opulent. Ils allèrent tout simplement à l'auberge du 
Cheval- Blanc, mangèrent et burent en gens économes, 



vif regret, à la 
voulant solder 



de quoi ils eurent 
vérité, quand, 
leur écot, ils 
que le 
était 
Je 
laisse à 
si tout 
d o n n a 
facéties 
des bûche 
dules, qui 
admettre quel 
cellerie, quoiqu'ils n'eussent point vu de sorcier, 
mais qui refusaient d'admettre la Fée que cependant 
ils avaient tous vue, touchée et entendue. 




(à suivre) 



de L'Académie Françaue. 




Certes, mon pays m'était cher; 

Mais l'amour m'a troublé la tête; 
J'ai traversé la mer, 
J'ai braVé la tempête, 

Pour toi, Bomba, fille aux yeux noirs ! 

Pour toi, Bomba, fille aux yeux noirs ! 



Voici mon cœur et des bijoux ! 
Voici de l'or et des richesses ! 

Je Veux tes seins si doux! 

Et je Veux tes caresses ! 
O toi, Bomba, fille aux yeux noirs ! 
O toi, Bamba, fille aux yeux noirs ! 




I >r» u;* 2 r* Pî-^¥3 




Laisse-moi m' étendre un moment 
Sur cette couche où tu reposes. 

Je Veux ton corps si blanc ! 

Je Veux tes lèvres roses ! 
O toi, Bomba, fille aux yeux noirs! 
O toi, Bomba, fille aux yeux noirs! 

Mais à mon étreinte d'amant, 
Si tu tentais de te soustraire, 

Maudit soit ton enfant! 

Et maudit soit ton père ! 
O toi, Bomba, fille aux yeux noirs ! 
O toi, Bomba, fille aux yeux noirs! 





Trémousse=toi, manchette ! 
Dans la Vigne, prends du raisin. 

Trémousse = toi, coquette! 
Cueille des fleurs dans le jardin ! 



Trémousse°toi, Planchette, 
Et chante-moi quelque doux chant. 

Trémousse - toi, coquette; 
Et mon cœur sera bien content ! 



Trémousse°toi, manchette ! 
'Dans les champs, cueille des melons. 

Trémousse - toi, coquette ! 
Aux citronniers, prends des citrons. 

Sa natte bien tressée 
S'est dénouée enfin pour moi ; 

Elle s'est trémoussée ; 
Et mon cœur en est en émoi. 

Trémousse'toi, TManchette! 
Cueille les fleurs de mes rosiers! 

Trémoussctoi, coquette! 
Mange les fruits de mes dattiers ! 



«3ear» srei mauom/i 




M^tLLl/CWv — 




*<&ef Co/vmbef fdtni/ièrcf. 



ïvobe du ôoir de chez Jenny 



LA GUIRLANDE 



jyLéditations 
sur la toilette 




LA M I S E 

EST L'HOMME 

\e n'est pas dans le luxe 
des vêtements, dans la 
richesse des bijoux, que consiste 
la toilette. Une élégance exquise, 
une parfaite harmonie, lui donnent 
seules du charme. 
Il y a des gens qu'un rien pare; d'autres se mettraient inuti- 
lement en quatre pour se distinguer du commun des mortels. 

La mode voulait, il y a quelque cent ans, à Londres, que 
l'on portât un habit râpé. Il y a bien peu de « f ashionables » 
capables de résister à un tel raffinement de toilette. 

« Un homme bien chaussé et bien coiffé peut se présenter partout. » 
Cet aphorisme est faux. On ne sera jamais bien mis, pour le fait 
seul d'être client de grandes maisons. C'est la tournure, la manière 
de porter la toilette, qui en fait tout le prix. 

En général, une grande simplicité dans la mise est préférable 
à toute recherche. Les plus beaux draps, les toiles les plus 
fines, gagnent, comme les bijoux de prix, à ne pas être chargés 




de travail et d'ornements. 
Jadis chaque état avait son 
costume spécial : la 
révolution a passé 
son niveau sur ce vieil 
usage. Le conseiller 
d'état se met aujour- 
d'hui comme l'avoué, 
le médecin comme le 
vaudevilliste ; celui 
qui a mauvaise grâce 
est exposé, comme 
certain personnage, 
à être pris pour son 
propre valet, et à 
s'entendre dire dans son 
salon : «Mon ami, une glace.» 
Depuis que l'on ne porte plus 
écrit sur la broderie de sonhabit 
le rang et l'état qu'on tient 
dans le monde, il devient plus urgent de soigner sa toilette. 
Il ne faut pas confondre le soin de soi-même avec la recherche 
de la coquetterie. 

Le jour de l'entrevue de Napoléon et d'Alexandre sur le Niémen, 
Murât et le général Dorsenne arrivèrent en même temps pour prendre 
place derrière l'Empereur : Murât, comme à son ordinaire, chamarré 
de broderies, de fourrures, d'aigrettes ; Dorsenne avec cette tenue 
élégante, recherchée, mais sévère, qui faisait de ce beau général le 
modèle de l'armée. Napoléon, s'adressant à Murât, lui dit : « Allez 
mettre votre habit de maréchal, vous avez l'air de Franconi ! » Puis 
il salua affectueusement Dorsenne. Cette leçon de toilette ne fut 
pas perdue pour l'armée. 

La mode est une vieille coquette qu'il serait dangereux de heurter 
de front, mais à laquelle cependant on ne doit pas faire trop de 
concessions. 

En dépit du proverbe, l'habit fait très souvent le moine. 
Chez les femmes surtout, les raffinements bien compris de la 



ÈONUtffe 




De I été à 1 auto 



roue 



PAR BARCLAY TAILOR 

Avenue de l'Opéra, Paru 



LA GUIRLANDE 



toilette prolongent la jeunesse et la fraîcheur. Plaire est l'unique 
affaire de leur vie ; un tact particulier, une espèce de sixième sens 
leur révèle tout ce qui peut les embellir. 

Pour la toilette comme pour l'esprit, l'affectation est mortelle. 
Tout l'art consiste à savoir allier à l'élégance une originale 
simplicité. 

Les modes ont eu leur révolution, leur anarchie, leurs catas- 
trophes ; mais la propreté a toujours été la base de la toilette. Les 
marquis de Dancourt, débraillés et barbouillés de tabac, n'ont jamais 
eu de modèle qu'au théâtre et à la taverne. 

Il semble que la mode qui nous régit soit éternelle car l'histoire 
nous apprend que la mode, de son essence capricieuse, ne dura jamais 
plus de 25 à 3o ans. 

De nos jours, d'ailleurs, on sent chez la jeune génération une 
certaine impatience de changement. La taille serrée et les revers 
onduleux attestent l'influence du Directoire. Certes, nous nous y 
acheminons peu à peu mais nous 
ne saurions brusquer les choses. 
Faut-il au moins que nous 

#4 



harmonisions notre 
avec notre fiévreuse 
vie moderne, faite de 
vapeur et d'électricité. 
Quant à nous, 
nous nous refusons à 
accorder notre crédit 
à certain tailleur de 
Londres qui 
veut révolu- 
tionner en 
vain la mode 
en réhabi- 
litant les 
capes et les 
dentelles. Ce 
n'est pas à 
une heure 




comme la nôtre où la vie est si complexe, qu'il est séant de marquer 
les différences sociales par le costume. 

A certains il paraît vain de parler toilette. Pour ma part, je 
ne le crois pas. Nous devons y penser sans en avoir l'air 
et concourir ainsi à l'esthétique générale. La mode française est 
un article d'exportation qui contribue à notre prestige national à 
travers le monde. 

Des milliers de nos ouvriers vivent de notre commerce 
de luxe. Ce point de vue économique et social mérite bien 
notre attention. 

On doit avoir bien mauvaise idée d'un homme qui néglige habi- 
tuellement sa toilette ; il faut être un La Fontaine pour 
se permettre de mettre ses bas à l'envers. 

Il n'est personne qui ne sente les avantages d'une 
mise recherchée dans une foule de circonstances 
importantes de la vie ; et, sans vouloir renouveler une 
vieille plaisanterie, nous pouvons dire que bien 
des gens ont dû leur fortune à leur habit. Places, 
mariages, avancement, que de choses l'on 
peut manquer par une négligence de toilette 1 
Il est bien peu d'hommes qui, au moins une 
fois dans leur vie, n'aient pas eu l'occasion 
de s'écrier avec Sedaine : «Ah 1 mon habit, 
que je vous remercie!» 




U4ldlJ Jt 





Roi Soleil 

Création de MELNOTTE -SIMONIN 
4, Rue de la Paix 



LA GUIRLANDE 




C»y AKKOuX 



-La oilk 



ouette 



LUtomnale 



RIEN de piquant à contempler comme la lutte actuelle des 
femmes entre les séductions de la nature, toute parée des 
splendeurs de l'automne, en ce radieux Septembre, et leurs instincts 
de coquetterie. 

Toutes, en effet, à pareille époque, éprouvent le besoin impérieux, 
irrésistible de venir respirer la mode à Paris. Les grands de la cou- 
ture n'ont-ils pas préparé à leur intention les plus raffinées surprises 
d'élégance et les champs de course, les thés mondains, sont-ils créés 
pour autre chose que pour servir de cadre à la silhouette nouvelle ? 

Aussi, dès le retour, ou même entre deux randonnées en auto, 
s'empressent-elles chez les maîtres de la Mode qui, depuis peu, 
consentent à laisser admirer leurs créations hivernales. Bien vite, 
elles se rendent compte que, sans s'être concertés, la plupart des 
créateurs se sont, tout naturellement, orientés vers les mêmes lignes 
et les mêmes harmonies. 

La silhouette moyenâgeuse, marquant la taille très au-dessous de 






sa place naturelle, ou plutôt enserrant câlinement les hanches en une 
sorte de pagne souple, lorsque ce n'est pas un haut galon brodé qui 
les précise, est très en faveur dans les grandes maisons des Champs- 
Elysées, où l'on drape volontiers le buste, en un souple enroulement 
tanagréen du plus artistique effet. 

La jupe s'allonge un tantinet mais, bien vite, rattrape cette 
concession à nos pudiques susceptibilités, en s'enlevant de côté, en 
un dalnty mouvement de draperie. 

Souvent une pente de broderie, partant de dessous le bras, 
descend jusqu'à cet amusant retroussis qu'elle semble fixer en un 
mouvement provoquant et charmeur, à la fois. 

Il n'est pas jusqu'à la robe de mariée qui, dans le grand temple 
de la Mode, ici en cause, n'esquisse ce mouvement plein d'esprit, 
faisant vibrer les lumineux reflets des satins, des lampas ou des 
voiles de soie, brodés d'adorable façon. 

A noter aussi, parmi les nouveautés vraies de la saison, les 
mélanges de fourrure et de -velours du ton, brodés de teintes très 
neuves, mélangées d'or patiné. 

Que dites-vous de ce manteau-douillette dont la partie supé- 
rieure, jusqu'à la taille, forme une demi- 
cape de kolinski, qu'une sorte de jupe de 
velours auburn, du ton seyant de la sombre 
fourrure, continue harmonieusement, parmi 
des broderies où les nuances diaprées des 
cachemires anciens s'atténuent d'un semis 
d'or bruni? Rien de chic comme ce savou- 
reux ensemble qui, malgré les précieux 
éléments dont il est composé demeure infini- 
ment discret. 

Le gris, en ses multiples expressions, 
variant du gris nuée, au sombre gris taupe, 
en passant par le gris ramier, le gris chin- 
chilla, le gris cendre et la délicate nuance 
perle grise, le gris, dis-je est le roi de la 
saison. Ajoutons vite que la vibrante nuance 
rouille, terra cotta, souci ou capucine en est 

Bertbe Hermance la. reine. 




! ^\ 




Robe de soie noire rehaussée oie dessins 

CRÉATION DE LA MAISON AINE 
26, Rue du Sentier 



LA GUIRLANDE 



Il n'est guère de composition nouvelle, en effet, où une touche 
de cette teinte vibrante n'intervienne sous forme de garniture, tout 
au moins. Bien dosée, la nuance en vogue donne les plus sédui- 
sants effets. Chez Jenny où on lança, il y a quelque temps déjà cette 
chaude nuance, dont tant d'autres créateurs après elle, se sont 
emparés, on aime encore infiniment ces merveilleux coloris, teintés 
d'orientalisme un peu, et si seyants, aux beautés brunes, surtout. 



EL 



eçances 



■$ 



1 héâtral 



es 




Cora Marron 



Dans la nouvelle pièce du Vaudeville, 
L'Enfant JfiaîLre, nous voyons un reflet de 
ces tendances caractéristiques. Mademoi- 
selle Roggers, chargée, ainsi que ses talen- 
tueux camarades, de défendre une pièce 
au-dessus de la modeste compréhension 
du public, a pu, du moins satisfaire nos 
curiosités d'élégance, en faisant valoir 
par sa grâce onduleuse quelques créations d'un charme rare. 

Sa robe de crêpe marocain d'un ton sorbier, apaisé et fondu 
reflété de rouille, s'allure, aux deux, d'une souple cape de la même 
nuance, très neuve, doublée de satin noir. Avec l'addition du petit 
Napoléon de satin noir qu'Esther Meyer créa pour parfaire l'har- 
monie de la silhouette, signée Jenny, la distinguée comédienne 
nous offre là, un ensemble très délicat à retenir. 

Mademoiselle Sylvie, blonde et fine, et si délicieusement amou- 
reuse, en son rôle difficile de Sylvette, après un tailleur noir 
allure d'agnella gris ramier, que complète, très en chic, un amusant 
marquis du ton, nous révèle sous la cape enlevée d'un geste joli, 
une nimbeuse robe de tulle mauve glycine, soulignant très heureu- 
sement son teint de keepmke. 

Puis, c'est sa robe de lamé argent, rehaussée d'un soupçon de 
zibeline qui, sur le ton vibrant du décor bleu Japon, met une tache 
lumineuse et jolie. 



Très peu banal, en son modernisme de haut ton, ce boudoir 
oriental, où des capricieuses arabesques d'or et d'argent s'exaltant 
des draperies de satin noir, forment avec les laques japonaises et les 
coussins de fourrure, fusant ici, en un voluptueux pêle-mêle, un 
ensemble du plus artistique effet. 

Dire que dans un intérieur aussi ravissamment composé, tant 
de choses effarantes se passent, achevant de troubler les cervelles 
les mieux préparées, dès le premier acte, à accepter les pires éven- 
tualités... Mais je m'égare... et, craignant qu'on ne me renvoie à 
mes chiffons, où d'ailleurs je me sens plus à l'aise, 
je dois remettre à ma prochaine causerie les mille 
révélations jolies appelées à combler les curiosités 
d'élégance des raffinées lectrices de cette revue" 
de grand art. 





Eotbtr JHeyer 




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OU PAR DELA LE BIEN ET LE MAL 

(CHAPITRE VI) 

Conte moral, en prose, par Monsieur ABEL HERMANÏ 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

J^e carrosse aux deux lézards verts 

Conte de fée par Monsieur RENÉ BOYLESVE 

(de l'Académie Française) 
Illustrations de Monsieur George Barbier. 

Vœux et Choix 

Poème par Monsieur PAUL FORT 

Dessins de Monsieur Stab. 

Le Client JMartyr 

Par Monsieur CLÉMENT VAUTEL 

Illustrations de Monsieur Mahias. 

V^uelques JV^Lystères de la jMlode 

Propos par Monsieur F. de MIOMANDRE 

Illustrations de Monsieur George Barbier. 

A. propos de JDandysme 

Chronique par Monsieur ANDRÉ DE FOUQUIÈRES 

Illustrations de Monsieur Bonnotte. 

HORS- TEXTE 

Concert, dessin inédit de Monsieur BRUNELLESCHI. 
La Jolie Cueillette, dessin inédit de Madame Gerda Vegener. 

Alodeles des Grands Couturiers 
exécutés par les Artutes collaborant à la Revue. 




PHILI 

OU PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL 



VI 



-La question dardent 

LE merveilleux privilège de l'adolescence est 
qu'elle n'est blasée de rien, même des choses 
désagréables. Les accidents les plus fâcheux, 
parce qu'elle les essuie pour la première fois, la 
charment au moins par leur fraîche nouveauté. Jamais 
encore une femme n'avait demandé d'argent à Philippe- 
Egon. L'amour, dans le grand-duché, ou dans la 



république de Silberberg, était revenu à sa pureté 
primitive. C'était l'innocence de Tahiti ou de 
TOaristys ; et comme les amants, soit de l'un ou de 
l'autre sexe, n'avaient que l'embarras du choix, comme, 
de part et d'autre, si l'on ose emprunter aux économistes 
cette expression, l'offre était infiniment supérieure à la 
demande, l'idée ne venait à personne de mêler aux 
soins de l'amour ceux du vil intérêt. 

Mais, dira-t-on, comment donc les citoyens de 
Silberberg pouvaient-ils vivre, tant les hommes que les 
femmes, dans un pays ruiné par la guerre, où le 
commerce et l'agriculture, ces deux mamelles, étaient 
probablement taries ? On oublie que les préjugés y 
étaient aussi vaincus, et d'abord celui de la propriété. 
Rien n'est à la fois si aisé et si difficile que de subsister 
dans un Ktat où la distinction du tien et du mien est 
abolie et où ce n'est plus un crime de déplacer le dieu 
Terme. Les gens honnêtes ou superstitieux ne savent 
comment se tirer d'affaire; le grand nombre, en 
revanche, n'a désormais aucun souci. 

Les femmes que pratiquait Phili sur ses domaines 
n'avaient donc jamais eu sujet de le solliciter d'un 
pfennig, encore qu'il fût bien assez riche pour les 
combler d'or ou de papier. Madame la grande-duchesse 
avait sa cassette particulière. Mignon était défrayée de 
tout et ne comptait pas avec le grand-duc. Quant aux 
maîtresses de passage, elles se croyaient assez payées 
par le plaisir d'avoir tenu quelques instants entre leurs 
bras le plus joli garçon de la contrée. Ces mœurs, par 
certains côtés patriarcales, ont leur agrément, et Phili 
savait les apprécier. Cependant, lorsque la comtesse 
Tatiana Schmuck lui demanda négligemment « une 



dizaine de milliers de marks, » il crut sentir un frisson 
nouveau, et sa conscience l'avertit qu'il devenait 
homme tout de bon. 

Les réactions de Phili étaient instantanées : cette 
particularité n'eût point échappé à un physiologiste. 
La comtesse Tatiana Schmùck achevait à peine sa 
phrase qu'il bondit hors du lit. Elle se méprit au sens 
de cette manifestation : son erreur, si l'on y veut bien 
réfléchir, était plausible. Elle crut que, choqué de sa 
requête et résolu de n'y pas donner suite, il se dérobait 
précipitamment. Ce qui rassura la comtesse fut que, 
dans la tenue où il se trouvait, Philippe-Egon aurait pu 
à la rigueur monter sur une scène et se faire voir à 
deux mille personnes s'il eût été danseur, mais il ne 



pouvait pas ou 
traverser le 
lui dit, d'un ton 
dédain et de 

— Mon pi \ 
vait assez le 
sentir que le 
heureux, elle se 
petite âme, est- 
n'avez pas cette 
rable ? 

— Sur moi, 
grand-duc en 
l'armoire à glace 
nerie cynique ; 
porté de Silber 
d'argent, et je 
cher ces quel 




vrir la porte et 
couloir. Elle 
inimitable de 
nonchalance : 
geon... (Ellesa- 
français pour 
mot était mal- 
reprit.) Ma 
ce que vous 
somme misé- 
non, répondit le 
louchant vers 
avec une gami- 
\ \ mais j'ai em- 
berg des tas 
vais vous cher- 
ques sous. 



\> 



— Laissez donc ! fit, d'une voix mourante, la 
comtesse Schmûck décidément rassurée. N'avons-nous 
pas mieux à faire et n'êtes-vous pas le seul trésor que 
je désire pour le moment ? Ce gueux d'hôtelier a bien 
attendu deux mois, il peut attendre deux heures comme 
de raison. Mais, soupira- t-elle, dans mon émoi, je ne 
vous avais donc pas regardé ? Monseigneur, quelle 
beauté idéale ! 

Elle ajouta, au comble de l'exaltation : 

— Je vois Dieu ! 

Il le lui laissa voir de plus près, et bientôt elle ne 
le vit plus qu'en rêve. La fatigue d'une nuit blanche, la 
danse, le reste l'avaient si bien rompue qu'elle s'endor- 
mit profondément. Phili, que tenait éveillé le désir de 
lui apporter dix mille marks, se leva, se vêtit sommaire- 
ment, et fut demander au bureau, où il trouva « un 
veilleur de jour », le « numéro » de S. E. M. Otto 
Mùller, ministre plénipotentiaire de la république du 
peuple de Silberberg. Un groom le conduisit. On 
heurta à la porte à grands coups de poing sans obtenir 
de réponse. Phili ordonna au groom d'ouvrir et 
d'éclairer ; car, dans cet hôtel où nul ne reposait que de 
jour, les fenêtres étaient curieusement calfeutrées et 
l'on n'y voyait goutte en plein midi. Le brusque 
allumage de quatre appliques et d'un lustre ne troubla 
pas le sommeil d'Otto. Phili, à la vue de son frère de 
lait qui dormait seul et de tout son cœur, eut le 
sentiment d'être étonné. Il ne perdit point le temps à 
se demander qui pouvait causer cet étonnement, mais 
répondit sans y prendre garde à cette énigme de 
psychologie qu'il n'avait point explicitement posée. 



— Otto!... cria-t-il. Otto!... Eh 
bien, et Mignon ? Où est-elle ? 

— Où est-elle? répéta Mùller dans 
la franchise du premier réveil. 

Et il semblait la chercher autour de 
lui. IVLais il recouvra sa présence d'esprit 
et le sentiment des bienséances. 

— Comment, dit-il, veux-tu que je 
sache où est passée Mignon ? Votre 
Altesse ne me l'a pas donnée à garder. 

— Naturellement, dit le grand-duc 
avec hauteur. Il ne s'agit pas d'elle. 

— Alors pourquoi me réveilles-tu? 
C'est toi qui as l'argent? 
Sous mon oreiller. 
Donne-moi dix mille marks. 
Je ne vous pose pas de questions. 
Je n'ai pas de secrets pour 

La comtesse Tatiana Schmùck 
payé sa note depuis deux 
elle m'a demandé ce petit 

comprends à demi-mot, 




repartit Otto Mùller avec une finesse allemande. 
Daigne agréer mes félicitations. 

Phili continua de n'avoir point de secrets pour 
Mûller, et lui dit à demi-mot, en mettant les points 
sur les i, toutes les raisons qu'il avait de reconnaître 
par un cadeau princier les complaisances de Tatiana 
Schmuck. Otto, en l'écoutant, y croyait être lui-même, 
et se forgeait déjà une félicité semblable, selon la règle 
de partage qui était le principe de leur amitié. Il 
faisait aussi réflexion que, tenant la caisse, il pourrait 
à son tour, le moment venu, faire un cadeau princier à 
l'épouse morganatique, mais légitime, d'un Romanov. 
Il tira de sous l'oreiller une valise de cuir souple fort 
bourrée, compta exactement et recompta dix billets de 
chacun mille marks, et les remit au grand-duc avec 
l'air de dignité d'un père dupe, à qui son garnement de 
fils vient d'arracher une grosse dent. Phili, à rebours, 
les empocha avec l'indifférence d'un joueur qui n'a 
aucune notion de la valeur de l'argent. Mais ensuite il 
remercia Otto avec cette gentillesse puérile qui était 
son charme, et comme si en effet le ministre 
plénipotentiaire lui eût fait sur sa propre caisse un don 
gratuit. Il s'excusa d'avoir interrompu la sieste de 
Son Excellence pour une telle vétille, lui souhaita 
de retrouver le sommeil et la borda même dans son lit 
d'une main diligente. Il éteignit toutes les lumières et 
sortit sur la pointe du pied. 

Il se dirigeait vers la chambre de JVL me la comtesse 
Schmuck. Il goûtait, par une sorte de prélibation, 
l'immense plaisir qu'il se flattait d'éprouver tout à 
l'heure, lorsqu'il éparpillerait ces dix coupures sur 



les draps. Jupiter n'était pas son cousin — le Jupiter 
qui se répandit en grêle d'or parmi la couche de 
Danaé. JMais il se demanda soudain si l'étiquette en 
ces occasions est bien la même pour les dieux et pour 
les princes exilés, ou, plus simplement, « si cela se 
fait ». Il n'avait pas la même indépendance à l'égard 
des usages qu'à l'égard de la morale éternelle, et rien 
ne l'eût mortifié davantage que de trahir son 
inexpérience aux yeux d'une femme probablement fort 
expérimentée. 

— Qui me renseignera? se dit-il. Parbleu! Fritz, 
qui sait tout ! 

Il appela de nouveau le groom, et se fit mener à la 
chambre de Frédéric Mosenthal. La cérémonie du 
réveil fut aussi laborieuse que chez Otto Millier, 
mais l'accueil du précepteur fut 
plus rude. 

— Tu pourrais me laisser dor- 
mir, dit ce philosophe sans aménité. 
As-tu besoin de moi pour comprendre 





que le plus grand plaisir qu'on puisse faire a. une 
femme qui sollicite de l'argent est de lui en 
donner ? 

T'imagines-tu comme les Français que « la façon de 
donner vaut mieux que ce qu'on donne » ? Deux thalers 
mal donnés valent mieux qu'un seul présenté 
avec grâce. La question d'argent est purement 
quantitative. 

Frédéric Mosenthal se retourna vers la ruelle 
et grogna: 

— Eteins ! 

Philippe-Egon n'était point ferré sur les catégories 
et n entendait rien au didtinguo du quantitatif et du 
qualitatif. Son doute l'intimidait si fort qu'il n'osait 
plus rentrer chez Tatiana. Il errait comme une âme 
en peine devant la porte de cette chambre où il venait 
d'être si heureux. 

La Providence le prit en pitié, et tandis qu'il 
rôdait dans le corridor, y fit passer M me la baronne 
de Krakus. 

— Ah! s'écria-t-il, chère baronne, c'est le ciel 
qui vous envoie ! Et moi qui ne songeais pas à 
vous ! 

— Monseigneur, fit-elle en esquissant, malgré 
la banalité du lieu, une révérence de cour, serais-je 
si heureuse de pouvoir me rendre encore utile à Votre 
Altesse Sérénissime ? 

— Oui, madame, et toujours pour la même 
affaire... A propos, je vous dois les plus vifs 
remercîments. Veuillez les recevoir... .Mais j'arrive 
au fait. M me la comtesse Tatiana Schmiick vient de 



me confier qu'elle n'a pas payé sa note d'hôtel depuis 
plusieurs semaines et qu'on la chicane, croiriez-vous ? 
Cette ardoise est d'environ dix mille marks. Les voici. 
J'étais sur le point de les lui remettre moi-même, 
de la main à la main; mais j'ai peur que cela ne 




soit... comment dire?... bien goujat. Qu'en pensez- 
vous ? 

— J'avais donné à entendre à Votre Altesse 
Sérénissime qu'elle faisait fausse route, dit gravement 
la baronne de Krakus. 

— Quoi? Quoi? Fausse route ? dit Philippe-Egon. 



Qu'est-ce que vous chantez ? M rac la comtesse Tatiana 
Schmûck m'a fait un grand honneur en me demandant 
ces dix mille marks, et j'éprouve, moi, un grand 
plaisir à les lui accorder. Mais je veux les lui 
présenter comme il faut. La façon de donner vaut 
mieux que ce qu'on donne, disent les Français. 
N'est-il pas mieux que je vous confie ces billets, et 
que vous alliez, en mon nom, les remettre à la 
comtesse ? 

— Monseigneur, je craindrais que cela ne fût... 
encore plus... comme vous dites. 

— Comme je dis ? Qu'est-ce que je dis ? 

— Encore plus... goujat. 

— Evidemment !... Eh bien, j'ai... une autre 
idée... Si vous alliez payer cette note et me la 
rapportiez avec l'acquit?... Je vous attends là. Je me 
glisserai dans la chambre de M me la comtesse Tatiana 
Schmûck, qui doit dormir, et comment ! Pauvre 
ange!... Je placerai la note acquittée entre les doigts 
de la belle dormeuse et, quant elle s'éveillera, elle 
aura la surprise. 

Cela n'est-il pas ingénieux, madame la baronne 
de Krakus ? 

— Très ingénieux, Monseigneur, et je reconnais 
la délicatesse de cœur de Votre Altesse Sérénissime. 

La baronne prit les dix billets de mille marks et 
descendit au bureau. 

Son absence fut de courte durée. Quand elle 
reparut, elle avait une expression de physionomie 
si singulière que Phili ne put démêler si elle était 
triomphante ou déconfite. 



— Monseigneur, dit-elle, c'est bien dix mille marks 
que doit M me la comtesse Tatiana Schmûck, mais 
dix mille marks or, soit douze mille cinq cents francs. 
Au change du jour, les dix mille marks papier de 
Votre Al- 
tesse Sérénis- 
sime valent 
trois mille 
cent vingt- 
cinq francs. 
Il en faudrait 
donc ajouter 
trois fois 
autant. 



— B 



on 



! 




dit le grand- 
duc. Je cours 
chercher l'ap- 
point. 

— Votre 
Altesse veut 
rire... 

Mais 
Phili ne 
l'é c ou tait 
plus. Il était 

déjà dans la chambre d'Otto Mûller, qui cette fois se 
réveilla en sursaut. 

— Mon vieux, lui dit-il, pardonne-moi de te 
déranger encore. Il me faut tout de suite trente 
mille marks. Passe-moi la valise. 



Mais Otto ne la passait point. Il s'était dressé 
dans son lit, tout ébourifïé, et regardait Philippe-Egon 
avec effarement. 

— Tu n'es pas fou?... murmura- t-il. 




(à suivre) 




c^syujw^- 




onceri 



LA GU1ELAWDE 




Le carrosse aux deux lézards Verts 

II 

La surprise 




UE la mémoire des hommes est donc 
courte ! 

Nos gens n'avaient pas fait 
quatre lieues sur le chemin de 
retour — songez que l'on se relayait 
pour porter les marmots — et juré 
une bonne douzaine de fois le nom 
du Seigneur, à cause du sol rocailleux, des éboulis et 
des ornières profondes, qu'aucun d'eux ne se souvenait 
de ce qui était arrivé durant le séjour à la ville, ni de 
la discussion sur la croyance à la Fée ou à, la sorcel- 
lerie, ni même enfin de la Fée!... 

Ils pensaient à la fatigue de leurs membres et à la 



nuit qui, à leur gré, tombait un peu trop vite. C'est 
qu'il leur faudrait tantôt se diriger sous bois. 

La nature humaine est curieuse aussi, reconnais- 
sons-le ! Voilà de pauvres hommes ruraux à qui est 
échue aujourd'hui l'aubaine d'un secours extraordi- 
naire : ne point avoir à solder les frais de leur petite 
ripaille ! Eh ! bien, ils se trouvent, les ténèbres tombées, 
dans un chemin malaisé : pas un d'eux à qui vienne 
l'idée qu'un véhicule pourrait paraître tout à coup et 
les transporter commodément au logis. Ils sont si peu 
accoutumés aux gâteries du sort que, lorsque celui-ci 
par hasard leur sourit, ils en demeurent plus stupéfaits 
que reconnaissants, et, ne pouvant s'expliquer l'acci- 
dent heureux, ils le nient. 

Bien leur prit, d'ailleurs, de ne point s'attendre à 
des merveilles ce jour-là, car il ne s'en produisit aucune. 
Les bûcherons eurent beaucoup de mal à rentrer chez 
eux ; ils s'égarèrent plusieurs fois ; les femmes épuisées 
durent s'asseoir tandis que le temps précieux s'écoulait 
et faisait grommeler les hommes rudes. 

Quand le père Gilles, sa bourgeoise et les deux 
nouvelles chrétiennes franchirent enfin le seuil de leur 
cabane, rien n'y était changé, et ils s'endormirent sim- 
plement, du sommeil qui suit les journées de fatigue. 

Et le lendemain, le travail reprit, tout comme à 
l'ordinaire. 

Et il en fut de même pendant plusieurs années. Je 
dis bien : plusieurs années. 

De sorte que, si, par hasard, à la veillée, les 
bûcherons voisins se réunissaient et se prenaient à 
deviser sur les choses passées — car celles-ci reviennent 
au coin du feu taquiner la mémoire paresseuse, — qui 



donc, s'il vous plaît, se trouvait avoir raison ? C'étaient 
les sceptiques. Aussi, que de gorges chaudes au sujet de 
la prétendue Fée Malice, et du carillon et des dragées 
et du déjeuner aux frais de la princesse ! N'y a-t-il pas 
partout des farceurs, disaient-ils, et des gens fortunés 
qui se plaisent à jouer des tours, même favorables? 

A la vérité, le père et la mère des deux petites 
filles avaient le dessous ; et, bien que les promesses 
féeriques eussent été faites en leur faveur, ils n'y 
ajoutaient plus aucune foi. 

Cependant, il se passait, sous la hutte, des choses 
qui, pour minces qu'elles fussent, ne laissaient point 
d'être notables en un ménage qui gagne sa vie pénible- 
ment et pour qui un sol est un sol. 

C'est que, tout justement, quand la mère Gilles 
en était au chapitre de ses comptes, il arrivait, ce qui 
est bien aussi étrange qu'un carillon gratuit ou la visite 
d'une Fée, que ses comptes se réglaient par un excé- 
dent de recettes et jamais par un déficit. 

La première fois qu'elle en fit la remarque à son 
homme, celui-ci n'en fut point du tout si content que 
vous pourriez croire, et il obligea la malheureuse à 
recommencer dix et vingt fois ses calculs, et il les fit 
lui-même. Les piécettes d'argent étaient là ; non qu'il 
plût, à vrai dire, des sacs d'écus dans les armoires ; 
mais, sou par sou, l'un arrondissant l'autre, le magot, 
au bout d'un temps, représentait de belles et bonnes 
économies. Et ceci ne s'était encore jamais vu, de 
mémoire d'homme. 

Mais comme ces bénéfices extraordinaires ne se 
réalisaient, à chaque coup, que sous les apparences 
d'une somme minime, on ne leur attribua aucun carac- 



tère inquiétant ; mieux même : on en vint à s'y accou- 
tumer si bien qu'à supposer que l'excédent indu se fût 
trouvé inférieur, c'eût été ce dernier cas qu'on eût 
jugé suspect. 

Gilles usait sagement de ses écono- 
mies. Il acheta quelques lopins de terre 
qui se muèrent bientôt en arpents ; et il 
allait de temps en temps à la ville, et plus 
volontiers seul qu'en compagnie, afin d'y 
faire des prêts au denier dix. 

Ne parla-t-on pas d'un procès qu'il 
eût eu à soutenir pour avoir été seulement 
frustré de quelques livres tournois, et qu'il eût 
gagné d'ailleurs, car il y avait dès ce temps-là 
une justice? 

Toujours est-il que Gilles fut mis, à 
cette époque, en grand émoi, d'abord parce 
qu'il n'admettait pas qu'on lui dérobât don 
argent, ensuite parce que cette sotte affaire 





F\ 



le dénonçait dans le pays comme détenteur dune petite 
fortune, ce qui pouvait tenter les voleurs et détrous- 
seurs de chemins. • 

Quoi qu'il en soit, la chose était désormais notoire : 
le bûcheron avait du bien, ce qui, de tout temps, excita, 
en même temps que pillerie et convoitise, la considé- 
ration des hommes. 

Et l'on venait, de plusieurs lieues à la ronde, visi- 
ter les époux Gilles, le dimanche. 

Ces réunions étaient composées d'hommes maniant 
la cognée, de leurs compagnes et d'une nombreuse 
marmaille. On leur distribuait du lait, du vin blanc, 
des rôties : la mère Gilles excellait à faire ce qu'on 
appelle du « pain perdu ». Son mari trouvait que cela 
lui coûtait cher, et elle avait beau lui prouver après 
coup que, quelle que fût la dépense, le petit excédent 
à son avantage était le même le dimanche que les autres 
jours, le bûcheron lui répliquait : 

— Alors il faudrait voir si, ne faisant, le dimanche, 
nulle dépense, l'excédent ne serait pas beaucoup plus 
fort ! . . . 

Et ils essayèrent, un dimanche, de simuler qu'ils 
n'étaient pas là; ils enfermèrent les bessonnes au cellier, 
clôturèrent portes et fenêtres et dormirent tout le jour. 

Le soir on fit ses comptes. En effet, la somme que 
l'on eût pu passer ce tantôt au chapitre des générosités 
amicales, était là, bien là, sonnante et trébuchante, 
avec le petit excédent en outre. 

— Tu le vois, ma femme ! Ne te l'avais-je pas dit? 
Et il suffisait d'avoir un peu de bon sens pour en être 
assuré... 

Il trouvait la chose logique et naturelle. Et l'avan- 



tage, il le tenait, désormais, comme à lui dû person- 
nellement. 

Mais, voici qu'il ne voulait plus, à présent, 
entendre parler de servir à ses compagnons et voisins 
le lait, le vin blanc, les rôties et le pain perdu ! A cette 
lubie, sa femme, heureusement, mit le holà : elle était 
moins intéressée que lui ; de plus, elle aimait la compa- 
gnie ; enfin elle affirmait que ses filles étaient d'âge 
maintenant à ne point vivre en recluses ou comme des 
lapins sous leur toit : elles auraient un jour une dot! 

— C'est vrai, dit l'heureux père. 

Et il se prit, dès cette heure, à regarder ses filles 
d'un œil nouveau. C'étaient des filles de bûcheron, oui, 
mais qui, par le diable, auraient une dot. Et il décida, 
quoique les petites fussent bien éloignées de cette 
échéance, qu'elles ne se marieraient point avec des gars 
du voisinage, mais avec deux beaux jeunes gens de la 
ville. 

— Tu me fais rire, dit la mère : elles vont tout 
juste sur leurs six ans !... 

— Je veux, déclara le père, qu'elles sachent lire. 

— Et écrire aussi ! pourquoi pas ? dit la mère en 
se tenant les côtes. Feraient-elles pas mieux, je te le 
demande, de rester honnêtes ? 

— Elles sauront lire et écrire ! s'écria le père. 
Et il n'en démordit pas. 

Tel fut, dès lors, l'objet de son souci. 

Mais comment deux filles de bûcheron, vivant au 
centre d'une forêt immense et ne fréquentant que des 
ignares, pourraient-elles devenir savantes ? Il n'y avait 
pas un monastère à moins de dix lieues de là, encore 
était-il d'hommes. 



^^ Voilà à quoi 

jft songeait le papa 

Gilles, un jour, ^ 
assis sur une bille de chêne qu'il débi- 
tait, non loin de sa cognée au tran- 
chant courbe et brillant. 

Et tandis que son regard était 
attiré par le foyer lumineux que formait, 
frappé par le soleil, son fidèle instru- 
ment de travail, il entendit, pour ainsi dire 
à ses pieds, une petite voix toute 
menue qui disait : 

— Es-tu bête!... Corni- 
chon... Es-tu bête !... 

Il se retourna vivement, 
ne pouvant avec vraisemblance 
attribuer ce propos qu'à sa 
femme. Cependant celle-ci 
n était point dans les environs, 
non plus qu'aucun être humain. 
Mais il vit un petit lézard, le 
cœur essoufflé sans doute 
d avoir à traîner une queue si 
longue. 

— Tu te chagrines, reprit la 



H 



J 



ù.B i?eo\ 



voix menue, comme tous les gens qui ont trop de chance. . . 

— Ah, çà, est-ce toi, Lézard, fit le bûcheron, qui 
te mêles de m'adresser la parole ? 

Aussitôt le lézard disparut sous la grosse bille de 
bois. 

Le bûcheron se prit à réfléchir. 

Kt voyez comme les choses s'arrangent ! Tandis qu'il 
songeait à la petite bête à longue queue, voilà qu'il vit 
au loin, sous bois, du côté du soleil couchant, non 
seulement le plus étrange spectacle imaginable, mais un 
spectacle qui rappelait l'objet de sa pensée vagabonde. 

C'était, s'il vous plaît, un carrosse ! Un carrosse, 
oui, en pleine forêt, ce qui est déjà peu croyable ; et un 
carrosse attelé, non pas de chevaux, mais de lézards 
verts, fabuleux, grands comme des percherons. 

Gilles se frotta les yeux, car il croyait rêver. Mais 
les ayant promptement ouverts de nouveau, son ouïe 
vint confirmer ce que lui affirmait sa vue folle. On 
n'entendait point les sabots d'un attelage qui d'ailleurs 
filait à une allure inusitée, mais l'on distinguait nette- 
ment les sauts et soubresauts des grandes roues ferrées, 
sur le sol inégal et sur les brindilles pétillantes. Com- 
ment un tel équipage ne se brisait-il pas aux mille 
détours nécessaires pour éviter soit un tronc, soit un 
bouquet de baliveaux ou bien un entonnoir tel que 
celui d'où jadis avait été retirée la Fée sous figure de 
vieille? C'était miracle assurément ; mais cela tenait 
aussi à l'extrême dextérité de cette paire de lézards 
géants qui se faufilait dans la forêt aussi aisément que 
fait un ordinaire lézard parmi la pierraille. 

Ces lézards, ai-je dit, étaient verts, d'un vert que 
je ne saurais que ternir par la plus flambante épithète, 



disons : du plus beau des verts. Ils dressaient leur 
fantastique queue, avec quelle habileté, je vous le laisse 
à penser, car il s'agissait pour ces monstres de ne 
point la laisser écraser sous les roues. Ah I par 
exemple, ne se privaient-ils pas d'en battre les grosses 
joues et le nez rougeaud du cocher qui s'efforçait de rire 
mais transpirait; il eût eu chaud à seulement assujettir 
son chapeau que les queues fouettaient par cruelle 
facétie, eut-on dit. 

Quant au carrosse, il était superbe. C'était un 
carrosse du genre de ceux qu'aimait mon cher et regretté 
ami, le peintre La Touche, mais ce carrosse- ci était de 
jade et d'émeraude. Et la quantité de ces verts, et ces 
formes baroques et admirables, parmi les verts, infini- 
ment variés de la forêt caressée d'en haut par la lumière 
d'été, composaient un spectacle de nature à émouvoir 
un bûcheron rêvasseur, ami des sous-bois, troublé de 
vivre à l'heure où les bêtes parlent, et, par-dessus tout, 
piqué du souci de la future grandeur de ses filles. 

Il ne vit pas approcher de lui un objet aussi peu 
coutumier, sans tendre sa main vers la fidèle cognée 
appuyée comme lui-même à la bille de bois. Il savait, 
tudieu ! manier l'instrument qui met à bas les plus 
puissants chênes, et, ma foi, il ruminait dans ce moment- 
ci de trancher pattes et queues à ces lézards démesurés 
qui, aussi bien, commençaient déjà à lui donner de 
l'humeur. 

Il l'eût fait si le satané attelage n'eût couru un train 
hors de toute mesure avec la vitesse que l'esprit d'un 
homme sensé peut concevoir. En effet le carrosse et son 
attelage soufflant étaient déjà là, mais là, ce qui s'appelle 
là, à cinq ou six coudées devant la bille de bois, et, de 



l'intérieur du carrosse sortait une voix, ou plus exacte- 
ment sortaient deux voix de femmes qui, tout en se 
contrariant, comme deux notes de musique moderne, 
disaient exactement la même chose, à savoir : 

— Bonjour, Gilles, notre cher voisin ! 

Le carrosse était trop beau, les dames trop polies. 
Nonobstant les lézards, Gilles ôta son chapeau. 

Le valet de pied avait sauté à la portière. Une des 
dames descendit. Elle était fort bien mise et vêtue d'une 
robe et d'un chapeau rappelant les couleurs éclatantes 
du jour. L'autre, au contraire, 
et qui paraissait du même âge, 
affectionnait les teintes plus 
effacées. Ni l'une ni l'autre 
n'étaient vieilles, et elles 
n'étaient pas non plus jeunes. 
Elles s'étaient prises de bec dans 
la voiture, cela 
était évident à 
leur teint ani- 
mé, à leurs 
regards acérés, 
m ais e lie s 
appartenaient non moins certainement à la meilleure 
compagnie et, vis-à-vis de l'étranger, elles savaient 
présenter les figures les plus avenantes. 

La première dit : 

— Nous venons défaire un voyage exquis. 

— Le voyage que nous venons d'accomplir, dit 
l'autre, ressemble à la plupart des voyages : il n'a pas 
été sans agréments ni sans incommodités. 

Le bûcheron les considérait, tout en faisant 



ça 




tourner son chapeau. Elles l'avaient nommé chacune 
« mon cher voisin » !... Elles lui rendaient compte d'un 
voyage qu'il ignorait totalement. Il pensa avoir affaire 
à des femmes démentes. 

L une d'elles fit au cocher rougeaud : 

— Allez! 

Et ce ne fut ni sans satisfaction, ni toutefois sans 
angoisse, que Gilles vit s'éloigner l'attelage diabolique, 
à une allure vertigineuse. Ne plus sentir si près de soi 
les lézards aux goitres haletants et à la queue de dragon, 
c'était certes délivrance ; mais est-ce 
que ces deux pécores à présent, 
allaient lui demeurer sur les bras ? 

Mû plutôt 
par le senti- 
ment de l'in- 
térêt que par 
celui de la 
politesse, le 
bûcheron dit 
aux deux fem- 
mes : 

— Quoi! 

Mesdames, vous donnez congé à votre équipage?... 

— Peuh ! firent-elles, ne sommes-nous pas à deux 
enjambées de chez nous!... 

Gilles laissa tomber sa cognée qu'il avait jusque 
là tenue par le manche, et il se pinça fortement pour 
savoir s'il était vivant : 

— ... A deux enjambées? répéta- t-il. 

— A combien estimez-vous, cher voisin, la distance 
d'ici à nos deux pavillons?... 




— ... Deux pavillons !... répéta, comme un écho, 
le bûcheron complètement ahuri. 

Et, ce disant, il se retourna, regardant du côté de 
sa propre demeure que les dames semblaient désigner 
du geste. 

Et il vit, en effet, à quelque deux cents pas de sa 
chaumière d'où une fumée bleue s'échappait, deux 
pavillons, deux pavillons voisins sans qu'ils se pussent 
confondre, deux pavillons cossus, non pas tout à fait 
semblables, mais d'importance égale, deux pavillons 
qui n'avaient pas l'air de dater d'hier, car la belle 
patine du temps dorait la pierre meulière dont ils 
étaient construits ; et une fine mousse bleuâtre agré- 
mentait l'ardoise des toitures et les petites lucarnes 
percées en œil-de-bœuf. 

Cet homme robuste crut s'évanouir. Jamais la 
forêt n'avait été habitée par une personne de qualité, 
et il n'avait été construit sous bois d'autres demeures 
que les huttes couvertes de bruyères. Cependant les 
deux pavillons étaient là ; ils lui crevaient les yeux, si 
l'on peut dire; et c'étaient deux maîtres pavillons ! 

Gilles ne poussa pas un cri, ne hasarda pas une 
parole de nature à laisser accroire qu'il ignorait les 
pavillons. La main en abat-jour sur les yeux, il dit : 

— En effet!... en effet!... Ces dames n'ont que 
deux enjambées à faire... 

— Nous ne voyons pas assez vos bessonnes, dit 
l'une des dames, il faudra nous les envoyer : que diable ! 
les voilà d'âge à apprendre à lire et à écrire... 

Le pauvre bûcheron, ébaubi, saluait, saluait les 
deux fantômes qui trottinaient sur les aiguilles de pin. 



Il crut fermement qu'ils allaient s'évaporer comme une 
brume. 

Le carrosse avait disparu aussi rapidement qu'un 
mulot ordinaire sous la brande. Et Gilles croyait voir 
bientôt rentrer sous terre les deux pavillons, aussi vite 
qu'ils en étaient sortis. Point du tout ! Les dames dimi- 
nuaient à ses yeux exactement comme des personnes 
réelles qui s'éloigneraient à petits pas ; et il les vit 
nettement pénétrer, chacune en son pavillon, comme 
une poupée dans sa maisonnette. 

Et une demi-heure, et une heure après, les pavillons 
étaient encore là, debout, solides et d'aplomb ; même, 
un rayon du soleil baissant, qui frappait une de leurs 
vitres, reflété par elle, illuminait toute la région 
forestière. 

Quand l'heure de rentrer fut venue, non pas 
auparavant, malgré la tentation qu'il en eut, le 
bûcheron rentra chez lui pour souper. 

Il dit à sa femme : 

— Mes filles sauront lire et 



écrire I 




La mère haussa les épaules : 

— Et qui c'est-il, fit-elle, sur un ton de dérision, 
qui leur apprendra ces belles choses ? 

— Elles auront, chacune, une maîtresse, comme 
des filles de roi ! . . . 

— Mon homme, tu n'es plus bon qu'à mettre à 
l'asile, c'est certain. Mais, je me souviens, à propos, 
ajouta-t-elle, n'est-ce pas toi qui, jadis, crus, de tes 
yeux, voir une Fée?... 

— Ça, c'étaient des lubies, dit le bûcheron, mais, 
n'empêche que mes filles auront, dès demain, chacune 
pour maîtresse une dame de grande naissance. 

— Mange ta soupe, pendant qu'elle est chaude, 
mon pauvre vieux, dit la mère... Tu as trouvé des 
dames de grande naissance sous ta bille de bois ! . . . 

— J'ai reçu des propositions, dit Gilles, en se 
rengorgeant. 

— D'un picvert ou bien d'une merlette, sans doute? 

— Non, mais des deux dames, nos voisines... 

— Nos voisines?... 

— Enfin, celles qui habitent les pavillons... 

— Les pavillons? 

Et cette fois, la mère Gilles s'écarta de son mari et 
eut peur. Les deux bessonnes elles-mêmes s'arrêtèrent 
de mordre leur tartine, et, la bouche ouverte, elles 
avaient des moustaches de fromage blanc, montant 
jusqu'aux pommettes. 

— Eh bien ! fit le bûcheron, qu'est-ce donc que 
j'ai dit? 

— Tu as dit « les pavillons » , mon pauvre homme ! 

— Oui, je l'ai dit. Je ne peux pas dire : les 
taupinières ! . . . 



La mère fit signe qu'elle ne parlerait pas plus 
longtemps de ce sujet et elle commanda à ses filles de 
se tenir convenablement, car les bessonnes commen- 
çaient à se moquer de leur père. 

Quand celui-ci eut fini de souper, il essuya son 
couteau, le ferma et le mit dans sa poche, selon la coutume 
des hommes de la campagne, et il dit à sa famille : 

— Allons faire un tour à la brune. 

— Vas-y avec les fillettes : ce n'est pas prudent 
d'abandonner la maison. 

— Je tiens, dit le père, que chacun ici mesure 
exactement le temps qu'il faut aux petites pour se 
rendre à l'école. 

Plus morte que vive, assurée d'avoir affaire à un 
homme perdu quant à l'esprit, la bûcheronne, après 
avoir soigneusement essuyé la bouche des bessonnes, 
ferma son huis avec l'attention qu'elle apportait à toute 
chose. Et, résignée aux pires extrémités, elle suivit son 
maître avec ses enfants. 

La nuit, même en forêt, n'était pas complètement 
répandue. Deux minutes étaient à peine écoulées, que 
la mère Gilles tomba sur son derrière sans pousser un 
seul cri. Et elle s'obstinait à ne pas regarder dans une 
certaine direction, et elle voulait à toute force revenir 
vers sa chaumière. 

Mais les bessonnes, comme leur maman, avaient 
aperçu les deux pavillons, et, elles, au contraire, 
émerveillées, voulaient aller vers ces jolies demeures. 
Elles tiraient leur mère par les bras. 

On arriva rapidement au pied des pavillons. La 
mère était muette, les fillettes enthousiasmées comme de 
toute nouveauté. Le père toucha du doigt le flanc des 



murailles et voulut que sa femme fît comme lui. A ce 
moment on entendit un chien aboyer derrière les grilles, 
et un autre chien répondit du pavillon voisin. On 
distinguait, entre les volets rabattus, sur la cour, à 
plusieurs fenêtres, une raie lumineuse. 

Entre les barreaux de la grille, une grosse balle 




fois pesante et 
cha et tomba 
famille : 



c'est Minou! 
maman, c'est 



d'étoupe, à la 
molle, se déta 
aux pieds de la 

— Mais, 
Regarde, 
Minou!... 

C'était le "" ^J fT^<^C\ chat de la mai- 
son, qui ondu kj/ ^ a ^ de ^ a tête 

au bout de la queue, et offrait son échine aux caresses. 

— Et dire qu'on se demandait où le vaurien 
passait la nuit ! 



(à suivre) 



de L'Académie Française. 




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LA GUIRLANDE 





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V 



œux et 



l^hoi 



x 

A René Boyledve. 



C^ui m entraîne vers le Dunois f 1 amour de 
irance ( un Irais Avril en ses premiers jours 
d innocence f le rêve d opposer ma main 
liévreuse encore à leau glacée ou .Loir sous 
une vapeur o or 



si line que, tremblants, coteau, cnâteau se 
mirent au pied du saule et tout Cnâteaudun f 



' e ne sais. 



v 



ceu de guérir 



en volupté f 
doux enoix lrançais f plaisir ayant la mort 
dy rajeunir ma lyre f 



qui m entraîne vers le Dunois f... -M_on 
espérance d aimer en un gentil pays d un 
cœur gentil (plus et toujours I) 1 amour qui 
toujours me liance au JtLenouveau, sans être 
jaloux f — ce CJier petite 

» allons vite éprouver, connue on touche au 
doigt, la vraie âme de Trance au CJiâteau 
de Dunois et — tel un soir limpide où 
Motte 1 étendard de la lune — haut et lin, 
l esprit clair du Bâtard ! 



» J e te suivrai ! — J irai guérir aux plus 
beaux jours sur les coteaux ileuris où déjà je 
m élance ! » V^ui m entraîne vers le JDunois '. 
L amour de il rance i Oui, c est 1 amour de 
France et 1 amour de 1 Amour. 





-Le JVLalade de V^hâteaud 



un 



-M.oi, jeune et souple et vil et plein 
d audace et a art, plus vigoureux que le 
pigeon missionnaire, moi, 1 être ailé, chuter au 
valétudinaire et toussoter ma vie sur le banc 
des remparts s 



^M.oi, ce génie du libre espace aérien dont 
1 âme s envolait parmi les vents neureux 
— malade f 11 ne se peut. Je rêve. Je nai 
rien. J e bois 1 air à la grande tasse du ciel bleu. 



Ëternité du jour ! Y boire une lumière 
qui ne cessera pas, numer a petits coups 1 éter- 
nelle clarté ravigorant les sphères... .Las ! las ! 
voici le soir et j ai numé beaucoup. 



X!/nterrement du jour. JNÂ_on âme y tient 
le poêle. Adieu... JN on ! sur ces toits aux noirs 
manteaux de lierre, cheminées en gibus, méde- 
cins de ^lolière, vos doctes assemblées lont 
rire les étoiles ! 





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*& 


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"ZSM.'SÊd: 




Vieux* 

Client, 
martyr 



Nous venons d'enterrer le Vieux-Client. 
Oh! Il n'y avait pas grand monde... Nous étions tout 
juste, en me comptant, une douzaine à l'accompagner jusqu'au 
cimetière. J'ai reconnu dans ce groupe mélancolique le doyen des 
abonnés de l'Opéra, deux ex-habitués de feu le Café Anglais, un 
fidèle lecteur du Figaro et le dernier survivant du " Cercle des 
Parisiens qui ont assisté à la première de la Belle-Hélène ". 

En d'autres temps, la mort du Vieux- Client eut été, si j'ose dire, 
un gros événement de la vie parisienne. Les rubriques mondaines en 
eussent longuement parlé... Hélas I le pauvre homme a fait sa sortie 
sans rien obtenir de la claque. Personne n'a signalé son départ vers 
l'au-delà, — cet au-delà où, j'espère, la tradition des bonnes maisons 
n'est pas complètement perdue. 

Pendant le funèbre trajet, nous n'avons échangé que de rares 
propos. Nous étions oppressés... En traversant ce Paris tumultueux 
et bruyant nous nous sentions cruellement isolés et il nous semblait 
que nous allions nous enterrer nous-mêmes. 

— Nous avons l'air de fantômes ! déclara le doyen des abonnés 
de l'Opéra. 

— Nous avons trop vécu! soupira le survivant du C. D. P. Q. 
O. A. A. L. P. D. L. B. H. 

Bien qu'appartenant à une classe sensiblement moins ancienne, 
je fis chorus en disant : 



— Nous sommes des fossiles!... 

Le fidèle lecteur du Figaro s'exclama : 

— Pauvre Vieux-Client! Déjà oublié... Lui qui, autrefois, était 
recherché, courtisé, adulé, lui qui donnait le ton et faisait la loi!... 

— Sic Lrânéti..., crut devoir ajouter un des anciens habitués du 
Café Anglais. 

Je risquai une question qui me brûlait la langue: 

—* Et Ferdinand? Pourquoi n'est-il pas là, Ferdinand, le fidèle 

valet de chambre, le vieux serviteur du répertoire, en tous points 

digne du prix Montyon? 

— Ferdinand? fit le doyen des abonnés de l'Opéra... Mais lui 
aussi l'avait renié! 

— Est-ce possible? 

— Ferdinand a dit, comme tout le monde, à notre pauvre ami : 
« Vous êtes trop difficile... Vous croyez donc qu'il n'y a que vous? 
J'en ai assez... A la gare!... » 

■ — Ferdinand a dit cela? 

— Parfaitement. Cela vous étonne ? 

Je ne répondis pas, mais je frémis à la pensée de tout ce que ce 
pauvre Vieux-Client avait dû endurer pendant ces dernières années. 
Et des larmes, je l'avoue, me perlèrent aux yeux... 



Arrivés au Père-Lachaise, nous n'étions plus que trois. Il était 
écrit que le Vieux-Client connaîtrait, même après sa mort, les 
lâchages et les mufleries. Seuls avaient tenu jusqu'au bout le doyen 
des abonnés de l'Opéra, le fidèle lecteur du Figaro et un ex-habitué 
de feu le Café Anglais. 

L'ordonnateur des pompes funèbres nous lança : 

— Pressons-nous un peu. . . Je n'ai pas l'intention de moisir ici !.. . 

Décidément, le Vieux-Client ne pouvait plus être servi avec 
des égards. 

Tout de même, nous ne pouvions pas l'abandonner ainsi, sans 
quelques phrases d'adieu. Et c'est pourquoi, m' approchant du fossé 
où il allait disparaître à jamais, je prononçai cette oraison funèbre : 

« Cher Vieux-Client! 

« Une voix plus autorisée que la mienne aurait dû s'élever ici 
pour retracer ta carrière, célébrer tes vertus, dépeindre ton martyre... 



Hélas ! nos temps sont oublieux : les morts d'aujourd'hui vont si 
vite qu'ils battent tous les records I 

« Tu as connu ces heureuses années où les habitués, les abonnés, 
les vieux clients enfin jouissaient des privilèges bien dus à leur fidélité. 
Alors, tu avais ta place réservée aux répétitions générales, chez le 
restaurateur à la mode, dans la loge de la divette; le contrôleur 
t'adressait un sourire, le gérant te donnait des conseils désintéressés 
sur le menu du jour, l'artiste applaudie s'enivrait de tes éloges 
et faisait profit de tes critiques. 

Le libraire du Ê^^^ > boulevard t'ac- 

cueillait dans sa / / ~~/^!L ^K~~V V\3/ boutique avec 

une respec \/V j p i^ y /"\ tueuse familia- 

rité, discutait Kr^^im^/n m avec toi des 

qualités et des lf\\?f\ lu I^^^bV I ' défauts du ro- 

man à succès; M xXKT^ >~ -rttSJUjb/ / ^ a fleuriste 

s'intéressait à J^^T^^^^à^^^l^n À ^ es amours en 
c o m p o /vLd*m If^^fc^^JLjMÏ/ 1 1 A sant la gerbe 

que tu /<dfc £^^^t§vB H TTuT destinais à 

Célimène; Vj^ A ff^ % ^fSS I \w^\ ^ a buraliste te 

réservait WÊkj ffT M Vfl f H ) J les cigares que 

tu préfé n/^É^wj^M ^ /; ! \x--M, rais; le coiffeur 

te faisait ^■^^__^^^^^ H HrA ^ a barbe avec 

d'amicales uj H || U prévenances et 

en te donnant / |\| j son précieux avis 

sur le favori ou II M rf ni tf la question 

d'Orient ; le , tCA^ ^f ¥ S^^» masseur s'inté- 

ressait à ta lutte {gj\A^ ÙLs*-'' c ourageuse 

contre les empié tements de la 

graisse et la dame qui t'offrait, à prix fixe, certains après-midi, les 
caresses de la brune ou de la blonde te traitait avec la bonne 
grâce des douairières de l'ancien régime... Tu étais le Vieux-Client, 
tu connaissais, entre tous, la douceur de vivre 1 .... 

« Et soudain tout a changé pour toi. Une horde de nouveaux 
riches, d'inconnus opulents et grossiers t'a supplanté, t'a détrôné, t'a 
chassé. Victime à ton tour de cette révolution qui a fait le tour de 
l'Europe, tu perdis ton strapontin, ton bout de banquette, ton petit 
coin, tout ce que tu avais mis tant d'années à conquérir. Le théâtre 
où tu étais chez toi fut envahi par des rastas et des imbéciles, et 
d'ailleurs on n'y joue plus que des pièces stupides; dans ce restaurant 
où l'on te choyait, tu ne fus plus que le « Monsieur du deux » ; 



te plaignais-tu d'un détail du service? le gérant te rembarrait en 
disant : « Si vous n'êtes pas content, videz la place ! »; la divette à 
la mode se mit à chanter en anglais et sa loge fut prise d'assaut par 
les Américains... Le libraire, la fleuriste ne te connaissaient plus. La 
buraliste, jadis souriante, te répondait avec morgue : « Rien pour 
vous, mon bonhomme»; le coiffeur t'écorchait deux fois, le masseur 
te sabotait et la douairière, jadis si accueillante, te recevait comme 
un importun en disant : « Vous comprenez, toutes ces dames ont 
leurs alliés ] » 

« Cher Vieux-Client, tu ne fus peut-être pas un petit saint, 
mais tes dernières années furent celles d'un martyr. 

« Tu connus toute l'ingratitude humaine et c'est sans doute 
l'injustice de ce destin qui précipita ton trépas. 

« Nous qui connaissons tes souffrances pour les avoir si souvent 
partagées, nous t'apportons ici l'hommage de notre indéfectible et 
fraternelle affection. 

« Puisses -tu reprendre là -haut tes chères petites habitudes 
et y trouver un personnel stylé qui te traite, dès les premières 

heures, en Vieux - Client. 






f®fe^ 



Adi 



ieu, 



cher 




Adie 



ami, 



Nos larmes arrosèrent 
la terre indifférente. Puis, 
en proie à une indicible 
tristesse , nous rentrâmes 
dans ce Paris hostile, ce 
Paris implacable, ce Paris 
nouveau-jeu où les Vieux- 
Clients ne sont plus que des 
importuns et des raseurs... 



OÙ^4A^r^^^cZ^ 




^K/wma***** . 



LA GUIRLANDE 




i^uelques jCv^ystères Je la JMLode 

Lorsqu'une femme vient de se faire faire une robe nouvelle et qu'elle 
appelle son mari, ou son amant, pour la lui montrer et lui demander 
ce qu'il en pense, il y a tout d'abord entre ces deux êtres un long- 
moment de silence. 

Le monsieur, effaré, inquiet surtout de ne rien penser, tourne autour de la 
dame d'un air important, afin de dissimuler le vide de son esprit. Il sait d'avance 
ce qu'il dira, mais il cherche le moyen d'en varier l'expression. Tant de ménages 
ont été détruits, parce que l'époux, à court d'imagination, n'avait trouvé d'autre 
formule que celle-ci : € Tu n'as jamais été mieux qu'avec cette robe ». A la 
douzième toilette, l'épouse avait éventé la piètre ruse. « Il ne sait rien », 
s'était-elle dit, méprisante. 

Mais dd ne savent jamais rien. Voilà bien ce qu'il faut se dire. Et même 
ceux q\ù inventent des formules exquises et raffinées, eux non plus ne savent rien. 
Ils sont devant les ajustements féminins comme des enfants qui ouvriraient un 
livre de géométrie descriptive. C'est joli à voir, mais ils ne comprennent jamais 
pourquoi. 

Axiome. — Le mystère de la mode est un abîme entre l'esprit de l'homme 
et celui de la femme. 



Mais alors, si les femmes connaissent cette incompétence absolue de leurs 
compagnons, pourquoi diable s'obstinent-elles si âprement à leur demander leur 
opinion ? 

Nous touchons ici, je pense, à une des énigmes les plus profondes de leur 
coeur déjà pas mal insondable. 

Quoi capila, toi éenéiur, si j'ose dire. Il y a la dame affolée. Dans son nouvel 
accoutrement, elle se noie, elle tend une main imploratrice, au hasard. Le 
premier roseau qui se trouve là, elle le saisit. Triste roseau conjugal, dérisoire 
planche de salut ! c'est à peine s'il la porte quelques instants sur les ondes du 



doute. Mais enfin, il était là, n'est-ce pas ? il aura donné deux ou trois minutes d'illusion. 

Il y a la dame méprisante. Elle n'est pas fâchée d'offrir à qui de droit une magnifique occasion 
d'étaler son irréductible, son absolue sottise. Lui, naïf, espère, à chaque fois nouvelle, trouver 
quelque opinion juste et pénétrante, qui frappe l'adorée d'étonnement heureux. Mais il ne la 
trouve jamais et s'enfonce sans cesse dans son impopularité. 

Il y a la perverse, enchantée de faire dire une bêtise à un pauvre homme, dont ensuite on 
rira bien, entre amies, au thé de cinq heures, ou à quelque porto plus coupable encore. 

Il y a la consciencieuse, qui collecte les avis, sans autre arrière-pensée. Celui du mari fait un 
de plus. Voilà tout. 

Et tant d'autres types, que j'oublie. 

Mais aucune, aucune, jamais, n'est disposée à tenir compte de l'opinion du pauvre sire. Un 
peu moins certes que de celle de la femme de chambre. 

Axiome. — L'homme est ici comme un miroir de renfort, un miroir opaque. 

Et cependant, vous entendez à tout instant les femmes dire, d'un petit air martyrisé : « Ce que 




nous endurons, tout de même ! Quel trav ail ! Quel souei constant! Et penser que c'est pour vous plaire » . 

Elles le croient quelquefois, en effet, par exemple quand elles veulent séduire quelqu'un et qu'elles 
s'imaginent ajouter quelque chose à leur séduction par un détail ingénieux de parure. Mais la vérité 
ordinaire, habituelle, c'est qu'elles s'habillent pour s'étonner réciproquement. La joie suprême 
procurée par un beau manteau, une robe ravissante est d'écraser une rivale, laquelle aura 
d'ailleurs sa revanche la semaine suivante, dût-elle faire mille folies pour y arriver. 

Les femmes d'esprit simple croient gagner la partie à coups de billets de mille : et elles arborent 
perles, diamants, tissus d'or, plumes, chinchillas, formes extravagantes. Celles qui sont plus 
fines se rabattent sur des virtuosités de coupe. Mais le but est toujours le même. Vaincre. 

Axiome. — La femme ne s'habille pas pour plaire à l'homme (car tout est assez bon pour 
lui). Elle s'habille pour vexer les autres femmes. 

Comment expliquer que les femmes, qui manifestent un tel mépris de l'opinion masculine au su jet de 
leur toile tte faite, s'adressent justement à des hommes quand il s'agit d'une toilette à/aire? Les maîtres 
de la couture appartiennent, en effet, pour la grande majorité, au sexe fort. C'est encore un mystère. 




Car enfin, c'est à ces êtres absurdes qu'elles confient le soin de créer les formes 
de leur ajustement, à chaque saison. Et une fois ces formes créées, elles ne discutent 
pas. Elles obéissent, avec une ponctualité militaire. Rien ne les rebute. Elles se feront 
la tête de Napoléon, le ventre d'Isabeau de Bavière, les jambes d'un mousquetaire, 
les bras de Jacques Cœur, les pieds d'Aspasie, si le décrète ainsi un monsieur 
du huitième arrondissement, au nez de qui elles éclateraient de rire s'il était leur 
mari, et dont elles savent qu'il s'habille lui-même généralement comme un compère 
de revue. .. 

Mystère ! Mystère ! vous dis-je. 

Axiome. — La femme n'a aucune logique. 

Autre axiome. — Peut-être aussi qu'un couturier n'est pas tout à fait un homme. 

Et avec cela, mélangeant tous les styles, osant les pires excentricités, Elle trouve 
moyen d'être délicieuse, de réaliser une harmonie. Et elle le sait bien la coquine. 

Axiome final. — Les femmes peuvent faire tout ce qu'elles veulent. 



C^Cj-^O-^cA* 








An Fumoir 



HABILLÉS PAR BARCLAY 



LA GUIRLANDE 




A 



propo. 



Je _Dand 



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UE voilà une question délicate 1 

Le Dandysme, s'il faut le définir, c'est celui de 
George Brummel, lorsqu'il l'inventa, en quelque sorte. 
Et vous trouverez le portrait du dandy dans les 
Mémoires d' Outre-tombe : « Le dandy décèle la fière 
indépendance de son caractère en gardant son chapeau 
sur la tête, en se roulant sur les sofas, en allongeant ses bottes au 
nez des ladies assises, en admiration, sur les chaises, devant lui ; il 
monte à cheval avec une canne qu'il porte comme un cierge, indif- 
férent au cheval qui est entre ses jambes, par hasard... On dit qu'il 
ne doit plus savoir s'il existe, si le monde est là, s'il y a des femmes 
et s'il doit saluer son prochain. » 

Voici donc le dand3^ tel qu'il fut, en Angleterre, au début du 
XIX e siècle. Mais si vous me demandez ce que j'entends par dandysme 
— conservons le mot : il est charmant, délicat, presque puéril — je 
vous dirai que je déteste les dandys qui firent les beaux jours du 
Watier's et que, pour moi les vrais dandies furent les Richelieu, 
les Grammont et les d'Orsay. Oui, malgré ses prodigieux gilets et 
son admirable tenue, je n'aime point le « sublime dandy » qui 
confondit l'impertinence avec le manque de tact et l'esprit avec l'inso- 
lence. Combien je préfère ce roué de Lauzun, ce fort de Richelieu, 




— j entends le maréchal-duc — et ces écervelés de 
1840 les Beauvoir, les Houssaye, les Daru, sédui- 
sants et séducteurs, ironiques et joyeux de vivre, 
à tous les égards compassés, guindés, roides, imper- 
sonnels comme des mannequins, et qui laissaient 
tomber du haut de leur cravate savante quelques 
froides sottises très admirées. 

Quand je pense qu'on a comparé Brummel à 
Napoléon 1 On raille notre snobisme actuel, mais 
il est plus joli, plus plaisant que l'étrange servitude 
que s'imposaient les tristes dandies londoniens. 
Ce que nous aimons et ce qui leur manquait, 
c'est l'enthousiasme, • — l'enthousiasme qui fait chérir 
1 action et l'héroïsme, le panache enfin. Imaginez Cyrano de Bergerac 
représenté devant un public de « bucks » et de « Macaronies » (noms des 
dandies) sous George IV. Quel silence glacial eut accueilli chaque 
tirade !... et pourtant les mondains de France ont subi cet engouement 
anglo-saxon, ils ont tâché ■ — ■ heureusement sans y parvenir ■ — à imiter 
cette froideur correcte et ce dédain de l'émotion qui caractérisaient 
le vrai gentleman. C'était renier des siècles de tradition, de fantaisie 
et de courage. Un vrai dandy devait avoir la haine du mouvement 
et juger le sport comme un plaisir indigne. La haute canne et la cra- 
vache empesée des dandies remplaçaient la fine épée de nos roués, 
épée prompte à jaillir du fourreau, et le jabot de dentelles qu'on 
époussetait d'un doigt nonchalant. 
A vrai dire, il n'y a pas un 
Français qui a\t été un dandy sui- 
vant la formule anglaise et peut-être 
n'y a-t-il eu que Brummel. Byron 
et Musset admiraient le « sublime 
dandy » et sans doute firent-ils ce 
qu'ils purent pour l'égaler, en vain. 
Ce sont là des erreurs du génie, et 
le génie ne se « porte » pas chez un 
dandy. Barbey d'Aurevilly, lui- 
même, crut approcher son modèle. 
La silhouette sympathique et 
attendrissante du « connétable des 
Lettres Françaises » avec son man- 
teau doublé de soie rouge et son 







chapeau large 

bordé de ve- •» 

lours cramoisi 

est d'un raffiné 

charmant, 

d'un illuminé délicieux, d'undandyde France. x 

Rappelez-vous son portrait du dandy 
dans le premier conte des « Diaboliques ». 

Quelle différence avec son Brummel de 
l'« Essai sur le Dandysme »; le vicomte de 
Brassard est de chez nous. D'Orsay fut, à 
mon sens, le plus parfait des dandies, parce 
qu'il sut séduire par sa grâce et charmer par 
son esprit, et parce qu'il chercha plus à plaire 
qu'à étonner 

Existe-t-il encore à notre époque trace 
de cet état d'âme ? 

Je ne crois pas qu'il 
y ait jamais eu un pareil 
retour vers les mœurs 
des contemporains de 
George IV. La nouvelle 
génération — il faut bien 
se décider à n'en plus être 
— est assez anglomane 
bien que sa froideur sem- 
ble être toute convention- 




nelle. On peut dire que ce dandysme-là n'est pas un mal lorsqu'il séduit 
la jeunesse, qu'il aide à développerl'esprit d'analyse au détriment de la 
sensibilité excessive, qu'il ne tue pas l'enthousiasme, bien au contraire I 
Mais que celui-ci devient plus discret dans ses manifestations, il 
n'en est pas moins profond pour ne pas être désordonné. Je conçois le 
raisonnement et j'admets que l'impassibilité obtenue rend les élans 
d'émotion plus touchants et plus sincères. Elle enseigne à réfléchir avant 
de s'engager dans une aventure hasardeuse, à exercer la volonté, à 
obtenir la confiance en soi. Mais je déplore qu'on s'y entraîne trop tôt, 
à un âge où il est charmant de s'abandonner à sa nature juvénile. Et 
puis où est la « politesse exquise » des Français ? Le jeune homme actuel 
éprouve une insurmontable peine à enlever son chapeau, il le garde 
sur sa tête pour parler aux dames, prend une attitude impertinente et 
détachée, et ceci ne me plaît point, et je serais surpris que les dames de 
bon ton y trouvassent leur compte. Et parfois ces Messieurs, en veine 
de politesse, se hasardent à baiser la main sans discernement et sans 
nuance d'une grisette et d'une douairière sur un trottoir à onze heures 
du matin. C'est peut-être d'un dandy, ce n'est pas d'un gentilhomme. 
Brummel ne saluait guère 

etil avait d'ex >^tfj — ' " ~— ~^^^ cellentes rai- 

sonspourcela: s^ *^_') ^ VVv \ son chapeau 

était posé sur / WV/^^À \ sa tête avec 

une précau ^^L ^wÊtek^^L \* ' i^^^ ) tion infinie : 

jeune, il ne \ JH ^^^IPSw^^^^ I ^v pouvait expo- 

ser au vent ^^ï ^^^ dimÉ^Ê \ P ^^^^^ irrespectueux 
sa chevelure ^^^~~- ^fTW(\\ ^-^^^^ laborieuse- 

ment harmo nieuse ; vieux 

il redoutait d'enlever son « toupet » dans un geste imprudent. Mais nos 
jeunes gens n'ont pas de ces excuses, et ce qui n'est ni galant ni poli, n'est 
pas de chez nous. Il nous manque un peu de cet esprit pétillant et mous- 
seux comme le champagne, qui fut l'apanage des jeunes beaux. On a le 
temps de devenir grave et austère. Ce qui convient à l'âge mûr, me 
choque chez les adolescents. Reconnaissons d'ailleurs que notre 
chorégraphie moderne n'engendre pas la joie I 

Le goût du sport triomphe heureusement de nos jours 1 II sera la 
régénérescence de la nation française ! 



U/fljUâ Jt 





p 



oiir rêver un peu 



MERCIER FRÈRES, Tapissîers-Décorateurs 
100, Faubourg Saint-Antoine, Parié 



LA GUIRLANDE 



f Fascicule Exceptionnellement 

Exemplaire spécial de Noël Prix : JO francé 



\-j2l ijuirlande 

ALBUM D'ART 
ET DE LITTÉRATURE 



Sous la direction littéraire 
Je 

Monsieur Jean HERMANOVITS 

Sous la direction artistique 

Je 

Monsieur BRUNELLESCHI 



SE TROUVE : j, RUE DE CHAILLOT 

PARIS 



Lie tirace de cet Album est -*. t / ' -, _ ^^ 

. v 'o 1 • JMumero : n4v 

restreint a ftnn p/jrerrmlaires *■* -*■ ■ 



restreint à 800 exemplaires 



l^onte de iNoël 
Par Madame LUCIE DELARUE-MARDRUS 

Illustrations de Monsieur Jean Ray. 

.Le carrosse aux deux lézards verts 

Conte de fée par Monsieur RENÉ BOYLESVE 

(de L'Académie Française) 
Illustrations de Monsieur George Barbier. 

L^nant des xèlerms 

Adapté de l'Arabe par Monsieur JEAN HERMANOVITS 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

Pkili 

OU PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL 

Conte moral, en prose, par Monsieur ABEL HERMANT 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

_L Aflaire des xourrures 

Fantaisie en vers par Monsieur MIGUEL ZAMACOÏS 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

.Le JYLalade de LJiâteaudun 

Poème de Monsieur PAUL FORT 
Illustrations de Monsieur Stab. 

vJxroniqiie sur 1 élégance 

par Monsieur ANDRÉ DE FOUQUIÈRES 

Illustrations de Monsieur Zinoview. 

JLa JVxode à la Ville et au xnéâtre 

Par Madame de MIRECOURT 

Illustrations de Mademoiselle Lucienne Martin. 

HORS- TEXTE 

La Femme à l'éventail, eau-forte rehaussée au pochoir de Monsieur Brunelleschi. 

Etude de Femme, composition inédite de Monsieur J.-G. Domergue. 

Un peu de musique da/u un parc, dessin inédit de Monsieur Cadogan. 

La neige au Japon, dessin inédit de Monsieur E. Blanche. 

Romanesque, dessin inédit de Monsieur Brunelleschi. 

Voici L Hiver, dessin inédit de Monsieur Bonnotte. 

Une création de Melnolte-Simonin, par Mademoiselle A. Rome. 




ISABELLE berçait son petit garçon, gentiment, sur 
ses genoux, au coin du feu, trois bûches dans 
l'étroite cheminée. La lampe basse éclairait leur 
"réveillon. Une neige assez épaisse, tombée le matin, 
mettant sa couche de silence autour de la petite maison 
isolée dans son jardin minuscule. 

Pauvre villa de banlieue, image même de la 
médiocrité, que tu semblés belle, ce soir, à celle qui va 
te quitter pour entrer dans la misère ! 

Isabelle, jeune fille de luxe, mariée par amour, a, 
depuis cinq ans, descendu rapidement l'échelle haute 
de son bonheur. 

L'homme pauvre qu'elle a, contre le gré de ses 
parents, choisi pour son charme et sa belle figure : un 
monsieur louche. Elle ne s'en est aperçue que tard. 
L'enfant était né, les parents morts. Orpheline et 
mère presque en même temps, la 
jeune femme, entre ce chagrin-ci et 
cette joie-là, a, cette même année, 
vu commencer l'extinction d'un 
mirage. 

Un matin, c'est la révélation 
d'une colossale dette de jeu. Un 





soir, c'est la découverte de 
basses débauches. Que de 
larmes ! La fortune d'Isabelle 
s'en va, son cœur se meurt. 
Après le bel appartement 
de Paris et les parcs et 
châteaux d'été, cette unique 
petite bicoque en banlieue 
est tout de suite remplie 
par des chagrins immenses. 
L'homme, qui s'est mis à 
boire, au cours de scènes 
inqualifiables frappe sa 
femme et son enfant. Et 
voici maintenant le dernier 
échelon. Sans autre expli- 
cation qu'une horrible lettre laissée sur une table, il 
est parti depuis huit jours, emportant le reste de 
l'argent. 

Isabelle, outre le scandale et le désespoir, a 
compris sur le coup qu'aban- 
donnée et ruinée, elle était 
seule en face de ' la misère 
immédiate, avec un enfant à 
élever. 

Il lui reste en tout deux 
cents francs... et son courage. 
Son courage, c'est ce petit 
qu'elle berce contre elle. C'est 
si fort une mère qui serre son 
enfant sur son cœur. 

Elle a mis de la méthode 




dans la cata- 
strophe. De- 
puis hier un 
écriteau se ba- 
lance au vent 
sur la villa. La 
sous-location 
sera son seul 
moyen d'exis- 
tence jusqu'à ce 
qu'elle trouve, 
comme on dit, 
une place. Une 
place de quoi ? 

Etre secré- 
taire de quel- 
qu'un, ce serait 
trop beau, em- 
ployée de ma- 
gasin très bien 
encore. « Faudra-t-il devenir femme de ménage?... 
Soit ! » 

Elle se penche pour prendre une bûche et la jeter 
dans le feu mourant. L'enfant, qui s'était endormi, se 
réveilla. 

— Maman ! . . . 

Oh ! cher petit mot grand comme le monde ! 

— Maman, raconte-moi encore, comme tout à 
l'heure ! 

Elle l'embrassa, parvint à sourire. Et sa voix, 
pour évoquer la belle image de Noël, se fit charmante 
et douce comme celle d'une femme heureuse. Ne 




fallait-il pas, autant que possible, que l'innocent 
ignorât des déboires qui n'étaient pas à sa taille? Lui 
ménager une enfance à peu près heureuse, remplacer 
par du charme toutes les gâteries qu'il ne connaîtrait 
pas, c'était son rêve, son petit rêve sublime de jeune 
femme parfaitement malheureuse. 

« Pauvre petit! Il a déjà eu peur, il a déjà été 

battu. A moi de lui inventer 
le coin de poésie auquel il 
pensera plus tard, quand 
sera venu le malheur d'être 
une grande personne... » 
Et sombrement : 
« Qu'est-ce qui me dit 
qu'il ne sera pas un jour une 
brute, comme son père ? » 

— Maman, raconte 
encore ? 

— Eh bien! voilà!... 
^ Petit Edmond dormira 

dans son dodo. Alors, le Père Noël entrera dans le 
jardin, puis dans la salle à manger, ici. Et dans les 
souliers que nous allons mettre tout à l'heure devant 
la cheminée. 

Bercée par sa propre chanson, elle continua long- 
temps, inventant à mesure les merveilles bienfaisantes. 

— Tu vois, il est vieux et gros, le Père Noël. 
Mais ses pieds ne laisseront pas de marque dans la 
neige, parce qu'il est léger comme de l'air. Il a une 
longue barbe blanche, une hotte, un bonnet de 
fourrure, et son manteau est tout plein d'étoiles qui 
brillent dans la nuit. 




Les yeux immenses, le petit buvait ce nouveau 
lait dont elle le nourrissait. 

— Et maintenant, vite au dodo ! Le Père Noël ne 
vient pas si les enfants sont éveillés ! 

Les petits souliers disposés devant l'âtre, elle eut 
un plaisir déchirant à le coucher dans son petit lit. Du 
salon contigu elle avait fait leur chambre, pour 
simplifier leur petite vie 
à deux. Et bien que cette 
chambre fût glaciale, elle 
resta près de son amour, 
assise dans l'ombre, jus- 
qu'à ce qu'il se fût 
endormi. . 

Revenue à la salle 
à manger, pour ne pas 
pleurer toute seule, elle 
se dépêcha d'aller cher- 
cher dans leur cachette 
les objets qu'elle avait achetés, dépense considérable 
quand on n'a que deux cents francs pour fortune. 
Mais elle tenait à ce que ce premier Noël du malheur 
fut tout de même assez magnifique pour enrichir à 
jamais l'imagination du petit délaissé. 

Elle achevait d'arranger le sabot en chocolat dans 
un soulier et le polichinelle bariolé dans l'autre. 
Accroupie, elle songeait : « Pauvre mignon! Et dire 
qu'il croit que le bonhomme Noël va entrer et... » 

Un grincement de clè dans la serrure de la porte 
du perron la remit debout d'un sursaut. 

Elle n'eut pas le temps de faire un geste. La porte 
de la salle s'ouvrit. Changée en pierre elle vit devant 





elle, silencieux, pâle, 
givré par le froid, son 
mari. 

Pas une seconde 
elle ne crut qu'il venait 
demander pardon. Il 
avait un visage de 
crime qui l'épouvanta. 

— Qu'est-ce que 
tu veux? bégaya- t-elle. 

Il n'hésita pas. 
Saccadé, sourd : 

— Je veux les 
deux cents francs que 
j'ai laissés ici. Donne- 
les ! 

L'indignation lui arracha ce simple cri : 

— Oh !... c'est trop fort! 

Il sentit sa révolte. Ce fut en faisant un pas sur 
elle qu'il vit les joujoux dans les deux petits souliers. 

— Voilà donc ce que tu fais de mon argent, 
imbécile ? 

Des larmes de rage jaillirent des yeux d'Isabelle. 
Elle commença, véhémente. 

— Misérable, tu... 

Venue de l'autre pièce, une petite voix terrifiée 
appela : 

— Maman ! 

Elle tressaillit des pieds à la tête, et regardant son 
mari, très vite, un doigt sur la bouche : 

— Je vais te donner tout, souffla- t-elle. Mais plus 
un mot! Plus un mot! Attends seulement une seconde! 



Elle courut au salon, en entr'ouvrit la porte, et dit 
tout bas : 

— Chut!... Rendors-toi vite, mon chéri! C'est le 
Père Noël qui est là ! 

Puis, revenant en grand silence, elle fut à la table, 
remua des papiers, en tira les pauvres billets, les 
tendit à l'homme étonné. Et, le suivant pour refermer 
doucement derrière son dos, elle n'ajouta pas un seul mot. 



Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit. A la lueur 
remuante de la veilleuse, elle n'avait cessé de regarder 
dormir son fils, ce petit qu'elle venait, une fois encore, 
de sauver des réalités. Dès sept heures, il se réveilla. 
Elle ouvrit les per siennes. 

— Oh vite, maman, regardons s'il y a des pieds 
dans la neige! Cette nuit, je croyais... je croyais que 
j'avais entendu papa ! S'il y a des pieds, c'est que c'est 
lui qui est venu au lieu du Père Noël. 

Elle frissonna. Mais la nature, du moins, avait été 
bonne pour elle. D'autre 
neige était tombée depuis 
la sinistre visite. Le jar- 
din était immaculé. 

— Oh ! quel bon- 
heur, maman! Alors c'est 
qu'il y a quelque chose 
dans mes souliers ! 

Elle l'enveloppa d'un 
châle, poussa la porte. 

— Va voir toi- 
même ! 




Et quand, il revint, rapportant ses souliers 
féeriques, ce lut la joie au cœur battant des tout petits 
du 25 décembre. Lorsqu'il eut fini de pousser des cris, 
avant de remonter dans son lit, il retourna près de la 
fenêtre afin d'envoyer des baisers vers le jardin. 

— Merci, Noël ! Merci, Noël ! 

Alors Isabelle, pour étouffer un sanglot, se 
détourna. Mais vite la petite voix la rappela. 

— On! maman!... Viens voir! Le Père Noël a 
laissé tomber les étoiles de son manteau dans le jardin ! 




Surprise, elle regarda. Un oiseau venait de passer, 
sans doute, sautillantes pattes fourchues dont l'entaille 
dessine des petits astres dans la neige; et le jardin, en 
effet, était tout constellé. Quand elle eut vu cela, la 
pauvre Isabelle, enfin, se mit à pleurer. Mais c'étaient 
des larmes de joie. Car la vie, malgré tout, n'était pas 
si mauvaise, puisque, suprême cadeau de Noël, la 
mère apprenait en cette minute que l'enfant quelle 
avait mis au monde, son compagnon de misère, sa 
raison d'être, était, miraculeusement, un petit poète. 




Le carrosse aux deux lézards Verts 

III 

Les pavillons, les perroquets 
et tes deux Dames 



T l'on se porta vers l'autre pavillon, 
fermé également par une grille. 
Minou suivit : il connaissait tous 
les lieux. Dans la cour, le chien 
aboyait toujours, et l'on voyait à 
deux fenêtres, entre les lamelles 
des persiennes, de petites barres 
horizontales et lumineuses. 

La nuit était complète à présent et la lune 
commençait à donner sur la clairière. A sa lueur, 
qui jouait sur les toitures, on distinguait une herbe 
fine entre les pavés de la cour. 




— Ce n'est pas loin, dit Gilles : mes enfants, 
demain, vous viendrez là et vous apprendrez à lire et 
à écrire ! 

Les petites ne se tenaient pas de joie. Leur mère 
demeurait pétrifiée. 

Le père, lui, faisait le malin, et, sur le chemin du 
retour il dit : 

— Que serait-ce si je vous parlais du carrosse 
et des lézards verts !... 

— Tais-toi, lui dit sa femme; j'en ai assez, et 
attendons le grand jour. 

Elle pensait encore, en son for intérieur, que 
tout cela était songe et fantasmagorie et que la 
forêt se retrouverait au matin dans l'état où on 
l'avait toujours vue. 

Cependant, elle dormit mal ou ne dormit point, et 
elle fut debout de bonne heure. Elle sortit aussitôt : 
les deux pavillons étaient là, sous la saine lumière du 
jour comme sous la lueur de la lune propice aux 
ench antements . 

Quant à y envoyer ses deux fillettes, ah ! non. 

Alors le père annonça qu'il les y conduirait lui- 
même, que d'abord c'était chose convenue avec « ces 
Dames », et secondement qu'il ne se souciait pas de 
revoir venir au-devant des petites, le carrosse avec ses 
lézards. 

— J'ai eu moins de terreur, dit là-dessus la mère 
Gilles, en entendant autrefois un père capucin décrire 
les cavernes de l'Enfer, qu'en voyant, de mes yeux, 
s'accomplir de petites choses quasi comiques, mais 
qui confondent l'entendement... 

Le lendemain était un dimanche. On habitait ici 



trop loin de tout pour songer à aller à la messe, aussi 
n'y assistait-on que le jour de Pâques. Dès le matin, 
quoiqu'il n'imaginât point de leçon qui fût possible 
un tel jour, le père Gilles estima que les convenances 
exigeaient des petites une première visite à leurs 
maîtresses. 

On vêtit les bessonnes de leurs plus beaux atours, 
et on les regarda s'éloigner, unies par la main, vers 
les grilles que l'on avait touchées la veille au soir 
et d'où était tombé Minou. Il fallait la présence de 
Minou là-bas, où le chat semblait comme chez lui 
— voire mieux, puisqu'il y restait — pour rassurer 
la mère qui, par ailleurs, croyait envoyer ses filles 
au sacrifice. 

Les bessonnes revinrent presque aussitôt et elles 
dirent qu'à l'un comme à l'autre pavillon elles avaient 
été accueillies par un domestique en livrée, et galonné, 
qui leur avait appris très poliment que ces Dames 
étaient pour l'heure à la ville, mais ne tarderaient 
pas à rentrer. Les petites avaient vu Minou dans 
la cour, en train de se pourlécher les babines auprès 
d'un bol de lait. 

— Comment ces Dames sont-elles dès le matin à 
la ville et vont-elles rentrer tout à l'heure? se demanda 
la bûcheronne. 

Sur quoi son mari souriait dans sa barbe. 

Il ne quitta pas des yeux les deux grilles, étant de 
loisir ce jour-là. Vit-il quelque chose ? ne vit-il rien ? 
Une heure après, toutefois, il commanda aux petites 
de retourner là-bas. 

Et, cette fois-ci, les petites ne reparurent qu'après 
bonne heure écoulée. Elles étaient entières ; elles 



étaient fraîches et de belle humeur. Et, de plus, elles 
étaient irisées. 

La mère leva les deux bras au ciel. Elle n'avait 
jamais jugé ses deux filles si jolies. Elle avait eu aussi, 
secrètement, grand émoi. 

Mais il s'agissait bien de cela, à présent ! 

Il s'agissait de faire taire les bessonnes qui ne 
tarissaient pas, ou bien d'en faire au moins taire une, 
afin qu'on pût entendre l'autre. 

L'une disait que d'abord elle avait vu un perro- 
quet. L'autre en même temps disait qu'on lui avait fait 
prendre un bain. 

— Un bain ? 

— A moi aussi, s'écriait l'autre. D'abord, moi 
aussi j'ai vu un perroquet. 

— Tais-toi, faisait le père. Laisse parler Gillette ! 
Et Gillette dit : 

— J'ai vu un perroquet... un beau perroquet vert 
qui faisait comme ça : « Bonjour î bonjour ! ah ! quel 
beau temps ! mais qu'il fait donc beau !... » 

— Mais non ! interrompait Gillonne, ce n'est pas 
ça qu'il disait; il disait : « Voilà qu'il pleut... Sacré 
pays de chien ! . . . » 

— Tais-toi ! faisait Gilles ; laisse parler ta sœur. 
Et d'abord : avez-vous vu le même perroquet ? 

— Non, dit Gillette, puisque je n'étais pas dans 
le même pavillon... 

— Si, dit Gillonne, puisque mon perroquet était 
tout vert comme le sien ! 

— Voyons ! entendons-nous; vous a-t-on séparées 
l'une de l'autre ? 

Sur ce point, on finit par s'accorder quoique les 



deux récits pa- 
rallèles fussent 
encombrés de 
détails avant 
qu'on arrivât 
à un moment 
qui semblait 
hors de tout 
conteste, et 
c'était celui de 
la séparation, 

attendu que l'une était passée du premier 
pavillon dans le second, tandis que l'autre 
sœur n'avait pas fait ce voyage. La diffi- 
culté, qui s'expliqua par la suite, venait de 
ce qu on ne l'avait point prise par la main 

pour la faire 
sortir du pre- 
mier pavillon et 
la conduire au 
second, mais qu'on 
l'avait priée de s'en- 
gager en des escaliers 
et des couloirs. Il 
en résultait que les 
pavillons communi- 
quaient entre eux par 
quelque galerie sou- 
terraine. 

Une fois séparées, 
par les soins d'une 




femme de chambre, elles avaient été l'une et l'autre 
enfermées dans une belle pièce où un perroquet, sur sa 
tige de bois, répandait le chènevis à plus d'un pas à la 
ronde. Et le perroquet de Gillette disait, ou à peu 
près, entre autre choses : « Qu'il fait donc beau ! » 
tandis que celui de Gillonne disait : « Quel sacré temps ! » 
Ensuite on les avait priées de prendre un bain. 
Puis, par les soins de la femme de chambre, toutes 
deux s'étaient vu peigner et friser. 

— Et après ? leur demandait-on. 

Oh ! après, on les avait introduites dans une pièce 
encore plus belle où se tenait une Dame. 

— Une dame en cheveux jaunes, dit Gillette. 

— Non pas ! en cheveux gris, rectifiait Gillonne. 

— Puisque ce n'était pas la même ! dit le père. 

— La dame a dit qu'elle arrivait de la messe, 
qu'elle avait vu le duc, la duchesse et quantité de gens, 
que l'église était remplie de beau monde et que M. le 
Curé avait prononcé un sermon digne de Bossuet... 

— Elle a dit, rapporta Gillonne, qu'elle était 
arrivée à l'office un peu en retard, parce que sa sœur 
et elle étaient paresseuses et le cocher aussi... Elle a 
dit qu'elle pensait que les gens de la ville étaient 
eux-mêmes peu du matin, car l'affluence était mince et 
composée de fretin, enfin que le curé, d'ailleurs bon 
homme, prêchait comme une savate. 

— Ça, c'est exact, dit Gilles ; il cherche ses mots, 
comme quelqu'un qui, le matin, n'a pas encore tué le 
ver. 

— Je vois, opina la mère, que ces deux Dames ne 
regardent pas les choses du même œiL 

— Il y en a une qui voit clair, dit Gilles. 



— Peut-être qu'il vaut mieux voir beau, dit la 
mère Gilles. JVLais, par quel moyen ces dames ont-elles 
pu se rendre à la messe... et être de retour? 

Le bûcheron ricana. 

— Oh ! toi, tu veux toujours avoir l'air de savoir 
les secrets !... 

— JMoi, dit Gilles, on m'a assez tourné en dérision, 
il y a de cela six ans, lorsque j'ai vu la Fée Malice : je 
verrais le bon Dieu entouré de ses Saints, que je n'en 
soufflerais mot. 

En attendant, les petites savaient déjà la moitié de 
leur alphabet, et elles traçaient des lettres majuscules et 
minuscules, avec un morceau de charbon, sur les 
murailles et sur tous les objets. 

Gillette affirmait que c'était facile et qu'elle saurait 
écrire au bout de huit jours. Gillonne trouvait que ce 
n était pas si aisé et qu'il faudrait des mois avant qu'elle 
fût en état d'adresser une lettre à sa marraine. 

Entre elles elles s'entretenaient surtout des 
perroquets. 

Les pavillons, les deux Dames, les perroquets et 
la leçon étaient sujets de colloques familiers sous le toit 
des Gilles, quand, l'après-midi, les amis bûcherons et 
bûcheronnes se présentèrent pour manger les rôties et 
le pain perdu. 

On parla des Dames, des perroquets, des pavillons 
et de la leçon. Une idée neuve ne se loge pas plus 
sûrement dans le cerveau des hommes qu'une balle tirée 
à cinq cents pas. Il fallut un certain temps pour 
que l'un des bûcherons en fût atteint. 

— Ah ! ça, de quoi est-il question ici ? Etes-vous 
point devenus fous, compère et commère? 



De quoi compère et commère parurent beaucoup 
plus étonnés qu'ils ne l'avaient été en découvrant 
eux-mêmes pavillons et tout ce qui s'en suit. 

— Mieux vaut parler de ce qu'on voit que de 
traiter de billevesées, dit Gilles. 

Les bessonnes allaient de l'un à l'autre, racontant 
leur matinée et parlant de leurs perroquets. Il n'y eut 
pas jusqu'à Minou qui, revenu à domicile pour les 
friandises du dimanche, ne fût pris à témoin : il passait, 
lui, ses nuits là-bas ; il était tombé en boule, hier au 
soir, du haut de la grille du pavillon de gauche . . . 

— « Du pavillon de gauche ! »... s'écria un des 
bûcherons en poussant un juron à faire damner toute 
la province; puis il se mit à rire de telle manière que 
tous les bûcherons, autour de lui, pris de gaîté, 
s'esclaffèrent et dansèrent une ronde autour du père et 
de la mère Gilles, et leurs sabots rythmaient le pas 
sur le sol de terre desséchée. La marmaille les imitait 
dans les coins. Et Minou, grimpé sur la huche, la 
queue droite, le dos arrondi, les regardait de ses yeux 
de braise. 

Sans protester, sans mot dire, le père Gilles en les 
reconduisant, les inclina du côté des deux pavillons, et 
quand ils furent en vue de ceux-ci, au point d'en 
pouvoir compter les vitres, il dit simplement : 

— Vous voyez : il n'y a pas loin pour les petites 
à venir prendre leur leçon . . . 

Aucun des hommes, aucune des femmes qui se 
trouvaient là ne voulut ni paraître étonné, ni surtout 
avoir nié une vérité évidente. Ils firent : 

— En effet, en effet... 

Et leur petite troupe s'achemina, en se divisant, 



pour laisser au milieu l'espace occupé par 
les deux pavillons que chacun voyait. Mais 
ces paysans ne les regardaient pas trop, soit 
que ce voisinage leur donnât la chair de 
poule, soit qu'ils fussent résolus de 
dissimuler leur dépit ou leur stupeur. 

Le dimanche suivant, pas une 
allusion a l'étrangeté du fait. Celui-ci 
était passé au nombre des choses 
admises de tout temps. 

Le père et la mère Gilles en 
éprouvèrent même un dépit assez vif. 
Ils avaient fait du merveilleux leur 
chose, et ils regrettaient qu'un cas si 
extraordinaire 
demeurât, du 
moins en appa- 
rence, comme 
s'il était inexis- 
tant. 

Une idée 
de femme or- 
donnée vint à 
la mère 
Gilles, 
et elle la 
c o n f i a 
aussitôt 
à son 
mari : 




— Rien n'est pour rien, dit-elle. Nos filles 
apprennent à lire et à écrire — c'est bien toi qui l'as 
voulu ! — et ces dames des pavillons sont bien savantes, 
c est entendu ; mais reste à savoir ce que cette fantaisie 
va nous coûter. Quand on a affaire à un précepteur, 
je l'ai entendu dire, c'est tout comme à un homme de 
peine, on fait marché d'avance. 

— Tu ne parles pas mal, pour une fois, dit le père. 
On pourrait leur porter quelques livres de beurre, du 
fromage blanc et des fraises des bois ; ça ferait en 
même temps une visite de politesse... 

— On verrait les perroquets, dit la mère, et aussi 
comment c'est fait là-dedans. 

Un jour, à une heure autre que celle de la leçon, 
le père et la mère Gilles revêtirent leurs habits de 
fête, suspendirent à leurs bras les paniers, et s'ache- 
minèrent vers les pavillons. 

Ils furent reçus à la grille du pavillon de gauche 
— qu'ils avaient choisi à tout hasard — par un 
domestique en livrée devant qui ils déclinèrent 
leurs noms et qualités et à qui ils confièrent leur inten- 
tion de voir madame . . . madame qui ? . . . A ce moment 
ils s'aperçurent qu'ils ignoraient son nom. On les fit 
entrer, néanmoins, non dans le salon au perroquet, 
mais à la cuisine. Ils n'en furent pas froissés, car 
c étaient de pauvres et bien honnêtes gens , mais 
humiliés cependant en pensant aux quelques livres de 
beurre qu'ils apportaient, alors que le beurre, il coulait 
à flots sur les flancs dorés de poulardes à la broche, 
que faisait tourner, en face d'un grand feu, un petit 
singe vêtu de blanc et coiffé d'une calotte de marmiton. 
— C'est bien dommage, dit la mère, que les enfants 



ne soient pas là, car elles auraient ri tout leur content î . . . 

Ce petit singe, assis sur son séant, tournait la broche 
avec un imperturbable sérieux ; mais le feu vif lui brû- 
lait le museau et il se le garantissait à l'aide de sa main 
oisive qui tenait, comme celle d'une vieille marquise à 
mitaines, un écran de carton. Il était aussi tenté de 
goûter au rôti, et,n'était qu'un chef passait et repassait 
fréquemment pour lui administrer une chiquenaude, le 
drôle eût lapé, en quelques coups de langue, le jus 
onctueux des superbes volailles. 

C'est en ce lieu que le père et la mère Gilles 
revirent Minou. Il était là, posté sur une haute étagère, 
entre une bassinoire de cuivre et un fort gros cuisseau 
de porc fumé, et il vous regardait de ses yeux jaunes, 
tranquille et pleinement satisfait, comme un serviteur 
sympathique qui a atteint avant ses maîtres les sereines 
régions du bienheureux séjour. L'odeur du lieu, il faut 
le dire, était délectable pour un estomac dispos. 

Nos bonnes gens se trouvèrent si embarrassés avec 
leurs paniers qu'ils les laissèrent là quand on les 
vint avertir que Madame leur faisait l'honneur de les 
recevoir. 

Ils repassèrent par la cour d'entrée, où ils eurent 
le loisir de constater qu'une herbe fine poussait çà 
et là entre les pavés, comme dans les maisons qui ne 
datent pas d'hier, et tandis que Gilles s'attardait à 
remarquer qu'il y avait même du pissenlit et de la 
mâche, sa femme ne retint pas un cri parce que, hors 
des portes closes des écuries, sortaient, rasant le sol, 
deux grands serpentins verdâtres dont on ne voyait 
pas la tête, sans doute trop grosse pour passer sous les 
battants, mais dont la queue démesurément longue et 



souple, s'agitait de terrifiante manière. Gilles regarda 
la chose et se prit simplement à rire. Elle jugea son 
mari ou très brave ou plutôt stupide. On voyait 
ailleurs, dans une grande remise entr'ouverte, plusieurs 
hommes, en bras de chemise, épongeant un grand 
carrosse vert. La mère Gilles se souvint que son mari 
s'était flatté d'avoir vu un carrosse dans la forêt. 
Elle fut plongée dans un abîme de perplexité. A une 
fenêtre, une soubrette, les bras et la gorge nus, faisait 
tranquillement sa toilette. 

— Ne regarde pas par là, dit la mère Gilles. 
Mais on les introduisait l'un et l'autre dans une 

pièce spacieuse et ornée. 

La mère Gilles fut aussitôt éblouie, mais elle confia 
à son mari : 

— Il y a maldonne, c'est moi qui te le dis : les 
leçons ici seront trop chères pour des pauvres bougres 
comme nous. 

Ils pénétraient, cette fois, bel et bien, dans le salon 
où perchait le perroquet. 

Cet animal les accueillit par un « Bonjour, bonjour! » 
plein d'aménité, et il ajouta : « Quel temps charmant ! 
quelle température délicieuse ! » ce qui fit sourire nos 
gens, parce que, s'il ne pleuvait pas aujourd'hui, c'était 
tout juste : la chaleur était accablante et un orage se 
préparait à l'horizon. 

Tout à coup le perroquet' se mit à chanter, mais 
à chanter d'une voix atténuée, lointaine, où les articu- 
lations manquaient, mais qui était cependant suave, 
caressante, accompagnée parfois de sons filés tels qu'en 
rend un archet sur une corde sonore ; c'était curieux, 
étrange et drolatique entre les branches cornues du bec 



de cet oiseau imitateur, à tête de vieil Hébreu. Sans 
s'interrompre, mais sur un ton prosaïque, il dit succes- 
sivement : « Où est donc Minou ? », « J'ai mangé du 
lard aux choux », et « Mon enfant, vous chantez comme 
un ange !... » 

Le bûcheron et sa femme riaient à qui mieux mieux 
et ne trouvaient pas le temps long. Ce fut presque à 
regret qu'ils suivirent le valet qui les vint prendre pour 
les introduire cette fois en une pièce mieux ornée 
encore, où le sol brillait comme un miroir et où ils 
virent une dame à cheveux jaunes reconduisant 
un jeune garçon très bien mis, à 
qui elle disait : « Mon enfant, 
vous chantez comme un ange ! » 
et en lequel tous deux, sans s'y 
pouvoir méprendre, reconnurent 
le jeune Loys, propre fils de 
Monsieur le conseiller Périnelle. 





Et ils étaient là, à se demander par quel moyen le 
fils du conseiller Périnelle, habitant à dix lieues d'ici, 
pouvait être transporté avant midi en pleine forêt pour 
y venir avec une dame à cheveux jaunes « chanter 
comme un ange », quand cette dame vint vers eux, 
marchant avec aisance, sur le parquet lumineux, et 
leur dit : . 

— Vos filles sont des amours. Celle qui m'est 
confiée, Gillette, va lire à livre ouvert, à la fin de la 
semaine... Vous êtes les plus heureux parents du 
monde... Dieu ! quel beau temps ! la température est 
exquise ! .. . Cet enfant a la plus belle voix du royaume. . . 

Comme elle reprenait haleine, le bûcheron dit : 

— Nous connaissons bien le fils de M. le conseiller 
Périnelle... 

— Ah! vous le connaissez ? dit la dame. Il vient ici 
tous les deux jours, prendre sa leçon avant vos filles... 
Son père est l'homme le plus vertueux de la terre... 

Sur ce, elle voulut faire asseoir le bûcheron et 
la bûcheronne qui n'y consentirent point. 

Ils avaient hâte, étant troublés, d'en arriver au 
but de leur visite. 

— Madame,... fit Gilles, je dis « madame » tout 
simplement, parce que vous êtes pour nous madame... 
je ne sais qui... 

Elle s'esclafFa : 

— « Madame Je-ne-sais-qui ! » c'est cela ; c'est 
charmant. Je serai pour vous Madame Je-ne-sais- 
qui ! . . . 

— Madame Je-ne-sais-qui, reprit-il, nous venions 
vous trouver, la bourgeoise et moi, pour vous 
demander... pour vous demander... Ah! dame, ça 



n'est pas si facile à dire... Parle donc, toi! dit-il, en 
se tournant vers sa femme. 

— Mon Dieu! Madame, dit la mère Gilles, nous 
sommes confus de vos bontés; mais on voudrait bien 
savoir... — pensez. Madame Je-ne-sais-qui, que Ton 
est du pauvre monde... — enfin si ça nous coûtera 
cher les leçons aux petites... 

Madame Je-ne-sais-qui se mit à rire de nouveau 
et de plus belle : 

— Laissez cela, mes bonnes gens, et écoutez-moi 
bien: il ne Jera jamau question d'argent entre iwiid... 

Le bûcheron et sa femme rougirent de plaisir. 
Mais tout aussitôt dans l'esprit de la femme germa le 
soupçon que si l'une de ces dames donnait ses leçons 
gratuitement, l'autre les pourrait bien faire payer le 
double d'un prix honnête. Elle poussa le coude de son 
mari qui la devina aussitôt et dit : 

— Pardon, Madame Je-ne-sais-qui, vous nous 
comblez, mais nous voudrions bien aussi présenter nos 
devoirs à Madame... à Madame... Ah! qui est-elle?... 

— Madame « Ah-qui-est-elle! » Voilà, voilà le 
nom qui convient à ma sœur! Que vous feriez un bon 
curé de campagne, vous, mon brave homme : vous vous 
entendez comme nul autre à baptiser les gens ! Eh! bien, 
on va vous conduire près de Madame Ah! qui-est-elle!.. 

Et elle se reprit à rire, puis à chanter comme une 
gamine. 

— Je comprends, opina la mère Gilles, que les 
enfants ne s'ennuient pas dans cette maison. 

— Voilà du beau et du bon monde, dit le bûcheron. 
Ils ne s'aperçurent point de quelle façon ils arri- 
vèrent, tout en devisant, dans une salle à peu près 



pareille à celle du perroquet; et, en efïet, l'oiseau aux 
couleurs crues était là, sur son perchoir, avec son 
chènevis qui souillait le sol tout alentour. Mais celui-là 
disait: « Encore des fautes, vaurien!... », « Vous êtes 
un âne, savez-vous? », «Le sale pays... », « Quel sacré 
temps!... » 

— Ce n'est pas le même, dit la mère : celui-ci est 

beaucoup moins bien élevé. 
— Mais meilleur juge, 

dit le bûcheron, car le 

tonnerre éclate, et il pleut 

à torrents. 




(à suivre) 



Kû*u fSoJc 



\ÏA\li. 

de L'Académie Française. 




LA GUIRLANDE 




a n \j /-• e. t_ i_ ay c h i 




Je teindrai de henné tes Voiles, 
O bateau béni, qui m'emporteras 

Vers le royaume des étoiles, 
Là'bas, où le soleil ne s'éteint pas! 




r &&^ — - 



Jt ,*-Sf, 



vJUuOT 5t""-?7 





x> L- ^ jâL-£ g*} v&X-^ &â 




Et je mettrai dans ta mâture, 
Qui défiera les embruns et le Vent, 

La plus ravissante parure : 
L'étendard de l'Islam et son croissant. 

Et je Veux mettre sur ta proue 
Plus de cent fois l'empreinte de ma main 

Avec du sang et de la boue, 
Car je tuerai le jeune agneau demain ! 

Et le plus pauvre aura sa place 
A côté du plus riche pèlerin, 

S'il lui plaît d'aller rendre grâce 
Au Prophète élu du Pouvoir Divin. 

Il ne faut pas que notre absence 
Soit pénible à tous ceux qui resteront ! 

Qu'ils attendent aVec patience 
Le jour où les pèlerins reviendront ! 



Ce seront bien douces journées 
Que celtes qui suivront notre retour! 

Nos fautes enfin pardonnées, 
Nous pourrons ouvrir nos cœurs à l'amour! 



ij j*L-*o yJL djJULI LsSj-fca 





^U?làéS jt=*l Ua h <SyJf j^yb (jN3gf| 




Et, si notre âme est désolée, 
Sine nos yeux soient forts et sèchent leurs pleurs, 

Tour en couvrir le Mausolée, 
Où seront pardonnes tous les pécheurs! 




Heureux, qui Va Voir le Prophète! 
C'est le plus grand des bonheurs d'icûbas! 

Celui-là peut leVer la tête; 
Si la mort te guette, il ne ta craint pas! 




<Ù^j~i ^ 



jO^J! jj-jft 




Jfcglâ^jM ^ \j.<sfJl j ? 'ô ç^agfj] 



La foi sera notre seul guide! 
Et, par bonté, le Maître Souverain 

Rendra l'eau de la mer limpide, 
Le Vent, favorable, et le ciel, serein! 

Que nous importe la distance ! 
Que nous importe d'aller jour et nuit! 

Qu'importe l'Océan immense ! 
Qu'importe le Vent qui nous conduit! 



C'est Vers la Terre Parfumée, 
Vers le Hedjaz, où tant d'élus sont morts, 

Vers Fatima la bien-aimée, 
Que nous allons porter nos pleurs et nos remords! 




3cu rt //efrrta*it3tn/s 




Un peu de IVIiuLSiqiie dans un Parc 



LA GUIRLANDE 




PHILI 



OU PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL 

VII 

JLa lettre Je la Jr érîcnole 

"E peux tout entendre ! s'écria Philippe -Egon, 
qui, par un effet du phénomène connu sous le 
nom de « retour atavique », prenait souvent 
tout d'un coup, presque toujours mal à propos, le ton 
grand-ducal ou même l'accent de la tragédie. 

Mais Otto Mûller, bien qu'il fût demeuré sur son 
séant, était retombé dans la somnolence d'où Phili 
venait brusquement de le tirer; il semblait ne rien 
comprendre, et ne plus se ressouvenir qu'il avait dit à 



J 



Son Altesse Sérénissime : « Tu n'es pas fou ? » Le 
grand-duc daigna le lui rappeler, et lui demanda si la 
cause de cette exclamation impertinente était les 
dix mille plus trente mille marks qu'il s'agissait de 
prélever sur la caisse des voyageurs pour payer 
l'ardoise de Madame la comtesse Tatiana Schmuck. 

— C'est cela même, repartit Otto Mùller, 
reprenant soudain ses esprits. Tu m'as révélé le cours 
du change, que j'ignorais. Il est désastreux et, à ce 
taux-là, c'est notre note que nous ne serons pas en 
mesure de payer quand on nous la présentera au bout 
de la semaine. Le Conseil des Ouvriers et Soldats 
s'est engagé à te faire passer tes revenus, et nous 
n'avons pas le droit de mettre en doute la parole de 
nos camarades ni leur bonne volonté ; mais à 
l'impossible nul n'est tenu. Je me méfie de la poste, 
qui est lente. Supposé même qu'elle se hâte, si 
dix mille marks valent trois mille cent vingt-cinq francs, 
les sommes les plus énormes que l'on t'expédiera de 
Silberberg fondront avant de parvenir entre tes mains. 
Bref, mon pauvre vieux, je ne nous vois pas blancs. 

Philippe-Egon, qui n'avait jamais manqué ni du 
nécessaire ni du superflu, était bien incapable de rien 
entendre à cette comptabilité. Il l'écoutait d'une oreille 
distraite et n'éprouvait aucune inquiétude ; mais il 
éprouva une sorte de ravissement lorsque JVlùller 
ajouta : 

— Tu me rendras cette justice que je ne t'ai fait 
aucune remontrance et que je t'ai livré les clefs de la 
caisse ; mais, entre nous, je trouvais déjà idiot de 
lâcher dix mille marks à cette Schmuck. Et pourquoi, 
grand Dieu ! pourquoi? Elle n'a plus rien à te refuser, 
tu peux donc tout lui refuser. A notre âge, Monseigneur, 



et tournés comme nous sommes, c'est peu demander à 
l'amour que d'exiger seulement qu'il ne nous coûte rien. 

— Pas un mot de plus ! s'écria impérieusement 
Philippe-Egon. Je fais grandement les choses ou ne les 
fais point. Du moment que je ne saurais acquitter 
la dette entière de Madame la comtesse Schmuck, 
je n'en vais point payer le quart. Elle n'aura pas 
de moi un pfennig. 

— A la bonne 
heure ! dit Mùller. 
Mais est-ce une rai- 
son pour prendre 
des airs enchantés 
quand je te confie 
notre détresse? 

— Ah ! mon 
ami, répondit le 
grand-duc avec cet 
abandon et cette 
naïveté qui le ren- 
daient irrésistible, 
que j'aurai donc 
appris de choses en 
une matinée ! Que 
de sensations nou- 
velles en moins d'une heure ! Quand je suis venu quérir 
sous ton oreiller ces dix mille marks que je vais 
m'empresser d'y remettre... (pourvu que la Krakus 
ait l'honnêteté de me les rendre !...) Otto, j'étais ivre 
de joie, de fierté. Je n'ai pas trouvé de mots pour 
t'exprimer cette émotion, quel que fût mon désir de la 
partager avec toi. Une femme m'avait demandé de 
l'argent! Elle m'avait traité en homme sérieux! C'était 




la première fois de ma vie. Les paroles si pleines de 
sens que tu viens de prononcer m'ont instruit qu'il est 
une joie supérieure à celle d'être tapé par une femme : 
c'est de lui laisser croire jusqu'à la dernière minute 
qu'on marchera et, finalement, de ne pas marcher. 
Quand je pense que cette poule — car l'épouse morga- 
natique, mais légitime de mon petit-cousin est une 
simple poule — quand je pense qu'à l'heure qu'il est, 
elle se flatte en rêve de m'avoir carotté dix mille marks 
et qu'elle sera volée! Ah! ce coup-ci, je sens que je 
suis un homme : j'ai roulé une femme. Je lui ai... comme 
disent les Parisiens... je lui ai... Comment disent-ils? 

— Je l'ai sur le bout de la langue, dit Otto Mûller. 
Philippe- Egon frappa du pied avec colère. La 

locution « piquante » dont usent les Parisiens en cette 
circonstance lui échappait. Ce défaut de mémoire 
diminuait son plaisir de moitié. Il rudoya Muller qui 
faisait toujours mine de chercher le mot. 

— Moi, lui dit-il grossièrement, je l'ai oublié; toi, 
tu ne l'as jamais su. Comment pourrais-tu le savoir? 
Tu n'as aucune éducation. Je vais le demander à mon 
maître Frédéric Mosenthal, qui est l'un des plus grands 
philologues de l'Allemagne. 

Il sortit en faisant claquer la porte; mais, quand il 
arriva devant celle de l'appartement où il avait lieu 
de croire que son savant maître reposait, il perdit toute 
assurance. La tendre affection qu'il portait à Frédéric 
Mosenthal n'empêchait point qu'il ne le respectât 
jusqu'à le craindre; d'autant que Fritz le traitait 
souvent avec la même rudesse allemande qu'il traitait 
lui-même son frère de lait. « Mosenthal, se dit-il, va 
me trouver raseur, à la fin. » Il hésitait d'entrer. Cette 
peur eut un singulier effet. Comme les gens qui souffrent 



des dents, courent chez le dentiste, et ne 
soufïrent plus dès qu'on les introduit dans 
le salon, il retrouva la locution parisienne 
qu'il cherchait, dès qu'il eut à sa portée 
Mosenthal qui la lui pouvait dire. 

— Parbleu! s'écria-t-il au dedans de 
lui-même, c'est poder un lapin. J'ai posé un 
lapin à la comtesse ! 

Mais (telle était son inconséquence), au 
lieu de se retirer là-dessus, puisqu'il n'avait 
plus nul besoin de faire appel aux connais- 
sances philologiques de son maître, il ouvrit 
brusquement la porte et cria en entrant : 

— Tu ne sais pas, Fritz ? Une bonne 
histoire ! J'ai posé un lapin à Son Excellence 
Madame la comtesse Tatiana Schmûck. 

Par bonheur, Mosenthal ne dormait 
plus, quoiqu'il ne fût encore que quatre 
heures de l'après-midi. Il était debout, 
exactement au milieu 
d'un tub placé exacte- 
ment au milieu de la 
chambre , et 
dans la tenue 




ou Ton a coutume de se mettre pour prendre un tub. 
Phili ne le dérangeait donc en aucune manière ; mais 
il était d'une humeur de chien, et il répondit en 
brandissant son éponge : 

— Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse que tu 
aies posé un lapin à Son Excellence? Tu es inouï, de 
venir me raconter des histoires pareilles ! 

— Je te raconte tout, dit le grand-duc, boudeur. 

— D'abord, gronda Mosenthal, pourquoi entres- 
tu chez moi sans frapper quand je suis tout nu? 

— Je ne pouvais pas le deviner, dit Philippe-Egon 
extrêmement froissé. Et puis, s'il faut maintenant que 
je fasse des cérémonies avec toi! 

— Vas-tu finir de tourner? dit Mosenthal. J'ai 
déjà mal à la tête, tu me donnes mal au cœur. Assieds- 
toi sur le lit. 

Philippe-Egon obéit, mais répliqua d'un ton âpre 
et puéril de reproche : 

— Tu n'es pas gentil, tu ne m'aimes plus. 

— Je t'en prie, ne pleure pas. 

— Tu me reçois comme un fox dans un jeu de 
quilles quand j'ai à t' entretenir des choses les plus 
graves ! 

— Ta phrase d'entrée ne l'indiquait pas. 

— Tu n'aurais pas tardé à t'en apercevoir si tu 
ne m'avais d'abord interrompu. Si j'ai posé ce que j'ai 
dit à la comtesse et si j'en éprouve une joie d'enfant, 
après avoir éprouvé une joie pareille à la pensée de lui 
faire un petit cadeau, c'est que j'ai un heureux caractère, 
je ne sais voir que le bon côté des choses. Le 
mauvais côté est que nos moyens ne me permettent 
pas d'être généreux. Je viens d'apprendre qu'au train 
dont nous allons, nous n'en avons pas pour huit jours. 



— Il faut donc mener un train réduit, dit 
Mosenthal. 

— C'est justement sur quoi je te consulte. Quel 
besoin ai-je de ces comtesses Schmùck qui font 
rétribuer leurs faveurs, quand je possède une femme et 
une maîtresse que j'adore, qui devraient me suffire, et 
qui ne me coûtent rien? 

— Penses-tu? 

— Enfin, ce qu'elles me coûtent passe dans les 
frais généraux. 

— Je te ferai observer que tu possèdes une 
maîtresse, mais que, si tu as une femme, tu ne la 
possèdes point. 

- — Hélas! non... Ce n'est que partie remise, et 
peut-être que les conditions de notre nouvelle existence 
me rendront la victoire plus facile sur une ennemie 
qui, entre nous, ne demande qu'à être vaincue. 

— Quelles sont donc ces condi- 
tions nouvelles? 

— Nous ne demeurerons pas 
vingt-quatre heures de plus dans cet 
hôtel, où le prix . des repas et des 
chambres doit être exorbitant, où 
l'on est forcé de frayer avec des 
comtesses Schmùck et où l'on ne 
jouit pas entre soi des bonheurs de 
l'intimité. Je dénicherai bien sur les 
bords du lac quelque villa très 
modeste; nous y vivrons très retirés, 
nous aimant les uns les autres, sans 
obéir à aucune loi qu'à celles de 
notre tendresse et de notre bon 
plaisir. 




Frédéric Mosenthal gronda entre ses dents que 
par le temps qui court, les chaumières elles-mêmes 
sont hors de prix, et les propriétaires ne se contentent 
plus, pour leur garantie mobilière, d'un cœur ni même 
de cinq ou six. Phili (qui venait d'inventer ce beau 
plan au fur et à mesure qu'il le développait en son 
discours) se forgeait une félicité qui lui mettait les 
larmes aux yeux, et n'entendait plus les tristes raisons 
de son maître. Il ne voulut point différer cinq minutes 
de passer à l'exécution, et s'avisa d'abord que, seule de 
toute sa compagnie, Madame la baronne de Krakus 
avait la compétence nécessaire pour l'y aider. Il se 
fit annoncer chez la duègne, qui achevait de se parer 
pour le thé dansant dont l'heure approchait. Il l'aborda 
avec cet air de déférence et de docilité qui est le plus 
flatteur hommage dont un très jeune souverain puisse 
honorer une vieille sujette. 

— Madame la baronne, lui dit-il, je viens quêter 
vos compliments. Vous allez me trouver bien raison- 
nable. D'abord, veuillez me rendre les dix mille marks 
que je vous ai confiés ce matin. 

— Monseigneur, les voici. 

— Vous êtes honnête. Je vais tout à l'heure les ver- 
ser dans notre caisse commune. Nous sommes obli- 
gés de compter. Quant à Madame la comtesse Tatiana 
Schmùck qui a voulu me taper, c'est elle qui se tapera. 

— Ah ! Monseigneur, bravo ! 

— Je vais maintenant vous faire connaître une 
résolution que j'ai prise, ou plutôt la soumettre à votre 
approbation. Je suis désormais un personnage privé, 
bien que, par une courtoisie dont je vous sais gré, vous 
continuiez d'observer à mon égard les règles de l'éti- 
quette : je dois mener la vie d'un homme privé, 



h r 



d'autant que ma fortune est mince et me le permet 
tout juste. Madame la baronne, pourquoi ne 
serais-je pas un bon mari ? J'adore ma femme et 
je crois qu'elle m'aime. Ne pensez-vous pas qu'elle 
serait heureuse si, à dater de ce jour, nous vivions 
ensemble comme un ménage suisse ? 

— Alais, Monseigneur, c'est à Madame la 
grande - duchesse elle-même que Votre Altesse 
Sérénissime devrait poser cette question. 

— Oui... J'oubliais de vous dire, Madame 

/ la baronne, que notre bonheur ne sera pas 

égoïste et que nous continuerons de pourvoir, 

dans la mesure du possible, à tous 

les besoins de notre suite. 

— - Monseigneur, je n'en ai 
jamais douté... Votre Altesse 
Sérénissime pourra s'entretenir 
de ses projets avec Madame, 
après le thé. 

— Pourquoi pas dès à 
présent ? 

^gj T~i — Parce que ni Madame 

I I I ni Monseigneur ne peuvent 
^^^^BJ 3 manquer ce thé. 

fl ■ -vf ~ Mais, Madame la 

/ | j baronne, ce thé va encore me 

m coûter les yeux de la tête ! 

MB — Rien du tout : on nous 

m invite. 

■ H - — C'est la première nou- 

1 -ùfjjm velle. 

/ *^ — J'étais chargée de la 




commission. Je ne l'ai pu faire qu'à Madame la 
grande -duchesse, n'ayant point rencontré Votre 
Altesse Sérénissime; mais voilà qui est réparé. 

— Qui donc nous invite ? 

— Des gens de Berlin, qui ont gagné pendant 
les deux premières années de la guerre une fortune 
colossale, et qui ont jugé dès lors prudent d'émigrer 
avec leurs capitaux. 

— Les von quoi ? 

— Vonl Ah! Monseigneur, pas encore. Ils 
s'appellent Mauser et ne sont pas trop décrassés. 

— Imaginez-vous que je vais me commettre avec 
ces espèces. 

— Hélas ! Monseigneur, je pense que vous le devez, 
ne fût-ce que pour ne point laisser Madame seule en 
proie à leur snobisme et exposée à leurs entreprises ; 
car l'heure est déjà passée, je connais l'exactitude et 
la politesse de votre épouse, je ne puis douter qu'elle 
ne m'ait déjà, vu mon retard, précédée dans le petit 
salon où les Mauser nous attendent. 

Phili n'avait plus le loisir de la réflexion. Il courut 
endosser une jaquette, et M me de Krakus s'empressa 
de se rendre au thé des Mauser, afin d'y arriver avant 
lui et de chapitrer Sophie- Charlotte. Lorsque l'on 
ouvrit à deux battants pour Monseigneur la porte 
du salon, une jeune femme était au piano et chantait 
en s'accompagnant. C'eût été la première cantatrice du 
monde que tout se fût interrompu à l'entrée du Prince ; 
mais c'était Sophie- Charlotte et personne ne se 
dérangea ni ne fit mine de prendre garde à lui. 

Les Mauser, ayant appris que la grande-duchesse 
était douée par la nature d'une voix agréable, l'avaient 



priée de leur faire entendre la moindre chose, et elle 
ne s'était pas fait prier trop longtemps. Elle chantait 
en français, avec un assez fort accent, la lettre de la 
Périchole : 




O mon cher amant, je te jure 
Que je t'aime de tout mon cœur; 
M.ais, vrai, la misère est trop dure, 
Et nous avons trop de malheur ! 
Tu dois le comprendre toi-même, 
Que cela ne saurait durer, 
Et qu'il vaut mieux. . . 



M me de Krakus s'approcha du grand-duc et lui 
dit, derrière l'éventail, avec une ironie en quelque 
sorte satanique : 

— Monseigneur, il me paraît que Madame vous 
envoie la réponse avant que vous ne lui ayez posé 
la question. 

Phillippe-Egon était consterné. Des bravos lui 
annoncèrent la lin du morceau. Quand ils s'apaisèrent, la 



baronne lui dit 
— Votre 
nissime va me 
lui présenter 
M me Mauser, 
et Sigismond 




avec autorité : 
Altesse Séré- 
permettre de 
ses hôtes, M. et 
leur fille Fricka 
leur fils aîné. 



(à suivre) 




cy2^K^PÙ^ 




LA GUIRLANDE 



L'Affai 



jd uî r u r e s 







MIGUEL ZAMACOLS 




La scène se passe dans une clairière au milieu d'une épaisse forêt. 

Chacune des espèces d' animaux a fourrure de prix a envoyé un 
représentant muni des pouvoirs les plus étendus. Il y a là entre autres, 
un Renard, une Marte, une Zibeline, un Skunks, une Hermine, une Loutre, 
un Viéon, un Castor, un Blaireau, un Putois, une Taupe, une Fouine. 

Au moment ou nous commençons a être indiscrets, ces personnages 
importants se pouillent, se grattent, lustrent leur poil avec leur langue. 
Tout à coup, te Renard saute d'un bond sur le tertre qui doit servir de 
tribune, ce qui provoque un mouvement général d'attention. 

LE RENARD 

Animaux assemblés ! Félidés ! Canidés I 
Dans le grand régiment des bêtes tous gradés 
.Pour les respectives splendeurs de vos fourrures* 
Oeigneurs du poil soyeux et Princes des zébrures, 
lous prématurément marqués pour le tombeau 
Jrarce qu il laut payer la faveur d'être beau; 
Rongeurs et carnassiers ! Figurant sur le globe 
JDans le monde animal la noblesse de robe; 



Ecoutez-moi !... D'abord je m élis président 
Par le droit de la ruse et le droit de la dent !... 
Nuit n invoque, je pense, un droit de préséance '. 
La Jeause est entendue, et j ouvre la séance... 
D'abord;, selon 1 usage antique et solennel, 
Nous allons procéder sans surseoir à 1 appel. 
Chacun dira son nom, son pays, sa noblesse, 
Ses titres personnels et ceux de son espèce... 
Je m'appelle Renard... Gentilhomme lermier. 
Comte de Basse-cour et Jjaron de Clapier. 
Et voici mon blason : sur lond d or une treille 
A son chef arborant une grappe vermeille, 
Auprès de quoi se dresse un renard bien cambré, 
Ee tout souligné de ces mots : c J y parviendrai "... » 
A qui le tour? 

LA ZIBELINE 

A moi... Mon nom est Zibeline... 
Ce nom seul me dispense... Il faut que Ion s incline 
Devant ma royauté... Pourtant en ce mémento 5>j 
J'ajoute : Impératrice-Reine du manteau ! 
Un nom de fée;.* Une noblesse sibérienne, 
Et pour vassale un tyranneau : la Parisienne ! 





î JÊgjF JyA LOUTRE 

M.oi je m'appelle Loutre !... On lève son chapeau 
Dans là pelleterie au seul nom de ma peau. 




Princesse en même temps du Ilot et de la berge; 
-Lerrienne quand je veux, s il me plaît je m 



JDe noblesse amphibie... Ayant 

Jjrocnant sur lond de sable 

.Le tout posé sur un barrage 

x orte cette devise en or : ce Je passe 




LE CASTOR 



Le titre d ampkibie on 1 accapare 
lit je le revendique aussi moi, le 
(jrentilnomme-éclusier qui commande à la chute, 
Chevalier du Uarrage et Prince de la Hutte ! 




LA MART 






Je suis la xVxarte, Impératrice du Pinceau ! 
D Apelle à JVleissonier et d Ingres à Picasso, 
lous lurent mes sujets!... Et si le mur du Louvre 
De chels-d œuvre lameux au haut en bas se couvre, 
O il est un art de peindre — et s il est un Prado, 
C est qu au monde, après tout, j en ai lait le cadeau ! 



LA TAUPE 



(chacun de nous, JViessieurs, est noble à sa manière, 
Lt vos donjons n éclipsent pas ma taupinière ! 



fi t< o w £ 



7 e - 



jM.es armes? Une patte tendue... Et voilà, 
J eu de mot héraldique, mon cri : ce Tope Jà ! 




ISON 

J e réprouve hautement tant d éloquence niaise ! 

Imitant donc la vieille noblesse française, 

Je dirai simplement : ce .Zibeline ne puis, 

JN4.arte ou -Blaireau ne daigne, et le Vison je suis ! » 

L'HERMINE 

JN en déplaise aux jaloux, c est mon nom qui domine 

.La noblesse du poil : je m appelle 1 Hermine*! 

oynonyme est mon nom de luxe et d apparat : 

L empereur, le prélat, le duc, le magistrat, 

Pour témoigner d un titre ou d'un haut privilège, 

J oignent au parchemin la blancheur de ma neige. 

Immaculé symbole, emblème velouté, 

V^ui dit Hermine dit blancheur et pureté. 

Depuis des milliers d ans ma noblesse s obstine, 

Duchesse de 1 Ltole, Princesse Palatine, 

J ai revêtu OaintJLouis, réchauné Jules Deux, 

Paré les rois au sacre et les papes goutteux. 

.Nul ne peut invoquer noblesse plus notoire 

Lar mon mstoire à moi commence avec 1 Histoire ! 



LE RENARD 

Il suffit de ces noms, qui sont les principaux 
Du Cxotha au Pelage et ou Hozier des Peaux! 
ÎNous avons entendu les vedettes-fourrures, 
JLes autres, on le sait, ne sont que des doublures !... 
Donc je déclare ouvert le tribunal secret... 
Amenez 1 accusé, voulez-vous, le £ uret ! 
II. 



U 



(Silence. Le fureL amène, Lena par un collet, un brave lapin 



dotneétique, l'oreille dredàée, l'œil inquiet.) 

LE RENARD 




Animaux assemblés, vous connaissez le crime : 
Ce lapin roturier se maquille et se grime 
Depuis déjà longtemps en lourrure de prix ! 
u il s était contenté d être le petit-gris, 
Officiellement d être du ce faux s> visible, 
Une imitation maladroite et risible 
Du poil de qualité, nous aurions, dédaigneux, 
Our ses déguisements naïfs fermé; les yeux, 
_M.ais depuis quelques mois redoublant d insole 
Ce manant de nos peaux cherche* la ressemblance^ 
Ce complice éhonté du mercanti fourreur 
ue lait faussaire au point de provoquer l'erreur ! 
Oui, grâce aux procédés nouveaux de la chimie 
11 prend cyniquement notre physionomie, 



lence 



11 prend notre douceur et notre coloris. 
Et de sa peau de rien fait une peau de prix 
Un juste châtiment me semble nécessaire... 
K£u en pensez-vous ? 

LES ANIMAUX A FOURRURE 
Oui ! oui ! 

LE RENARD, AU LAPIN 

JDélends-toi, le faussaire ! 

LE LAPIN 

J e ne suis qu un lapin de chou, 

Votre proie et votre joujou, 

lit j aurai beau dire et beau faire, 

Etant tout petit et vous gros 

J e n ai qu à regarder vos crocs 

Jl our voir que mon allaire est claire ! 

Est-ce ma laute si ma peau, 
Jadis misérable lambeau 
V^ui se vendait quelques centimes, 
race aux procédés des truqueurs 
A. leurs moyens sopnistiqueurs 
Omgent vos housses rarissimes ? 




C^uand de sa peau 1 on est sorti 
lit qu on vous sert sauté, rôti, 
Avec sauce qui dégouline, 
On se ficne que son fourreau 
JDe vienne Castor ou Blaireau, 
Taupe, Renard ou Zibeline ! 

Ce que je puis dire pourtant 

C est qu en transformant tant et tant 

JDe lapins en nobles lourrures, 

On laisse un peu plus en repos 

-Lous vos semblables dans leurs peaux 

A. magnifiques chamarrures. 

C est grâce en somme à nos clapiers 
v^ue piégeurs, chasseurs et taupiers, 
uont distraits de votre pelisse, 
-Dt quand un lapin innocent 
.Malgré lui lait le remplaçant 
11 vous rend un fameux service ! 




(Mouvements divers.) 



'HERMINE 
Ce rustre a du bon sens ! 




LA LOUTRE 

\^ est vrai qu il a raison : 
uon poil tripatouillé sauve notre toison. 
Et je souhaiterais, pour mon grand avantage, 
V^u à la mienne sa peau ressemblât davantage ! 

(Approbations. Brouhaha sympathique à l'accudé.) 

LE RENARD 

C est tien du bruit pour un manant, en vérité ! 
Ainsi vous désirez tous le voir... 

LES ANIMAUX A FOURRURE, ENSEMBLE 

Acquitté ! 

iLE RENARD 

ooit... JN^Lais comme il me laut un jeton de présence, 
Je me paye en lapin... lit lève la séance ! 

fil se jette jur le lapin et l'emporte.) 

RIDEAU 



L^'âu-el ^O/wa&iV 




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MODÈLE DE CHEZ JENNY 



LA GUIRLANDE 



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Cri r.rs$I 



-Le beau Dunois 
au clair de la lune 

A clair de la lune, mon ami fantôme, 
vois mon infortune : entr ouvre ton heaume. 

Je traîne mes pas, cherchant des ima- 
ges, et nen trouve pas même en ces nuages. 

Je nai plus de flammes. — ce Tu nas 
plus de feu f V iens donc chez les âmes en 
reprendre un peu. 



Toin d errer tout seul! Nous sommes 
grand nombre — traînant des linceuls blancs 
; comme nos ombres . 



(^elui qui me parle, amant des bruyères, 
je est le pauvre V^narles d Orléans mon Irère. 



iSon Ombre poète glisse de travers, tant 
sa Iolle tête est mangée des vers. 



O ù vas-tu, mon Irère f — (chercher dans 
la nuit un dernier trouvère pour chanter notre 
nuis. 



— Xiens, voici Jehanne sous ses gonla~ 
nons... (cherches -tu mon âme ( Oon casque 
lait : non ! 



— Je cherche, en ces terres de bonnes 
semences, un dernier trouvère pour chanter 
la irance. 



— La Hire et Xaintrailles et Florent 
dllliers cherchent mon plumai! sous les 
noisetiers f 



— Point ! notre compère. Nous cher- 
chons ensemble un dernier trouvère... 
-Mais ce vil ressemble 



auquel ta main baille une longue plume 
en argent de lune, prise à ton plumail, 



nos âmes. 



ressemble à Celui que rêvent 
(Et Charles dit : oui, et oui-da, Jebanne.) 



— V iens-t en ou va-t en ! » — Je m en 
vais Dunois. jMourir f J ai le temps. — 
c< lais ce que tu dois. s> 

Au clair oe la lune mon ami fantôme 
salue ma J?ortune 7 salue oe ton heaume. 




-^3aut ~EcfV 1 




Voici 1 Hiver 



HABILLÉS PAR BARCLAY 



LA GUIRLANDE 




Iradi 



îtion et 



p 



restig< 



Oocial 




:K déplacement des fortunes en 1920 est tel, que nous 
assistons à un véritable bouleversement social. 
La guerre a permis aux uns de s'enrichir et les 
autres ont dû rester sur leurs positions de 1914» 
tenus pendant 5 ans par leurs obligations militaires. 
Les premiers, pour la plupart, n'ont pu acquérir 
aussi facilement que leur fortune des notions élémentaires d'édu- 
cation et d'instruction. Il s'ensuit que la vie sociale extérieure est 
empreinte d'une vulgarité excessive. 

A> égalité de fortune, les nouveaux riches jouissent sans pudeur 
de leur argent pour leur unique plaisir, tandis que les autres sont 
tenus de sauvegarder leur situation territoriale et familiale, et de 
soutenir de leurs deniers les œuvres charitables et sociales. 

Devant cette redoutable réalité, il importe au prestige du pays 
que les vieilles familles françaises s'efforcent de maintenir les tradi- 
tions, à défaut de la cour dont les moindres gestes avaient force 
de loi. 

Chez nous, il faut que la société parisienne donne le ton, 



décrète la mode et observe les lois protocolaires. Cette société est 
composée de l'aristocratie de l'ancien régime et de l'aristocratie 
impériale, de quelques familles appartenant à la grande industrie 
et à la haute bourgeoisie et aussi d'un certain élément cosmopolite. 
Et par cosmopolite, j'entends de grandes familles appartenant à la 
diplomatie et dont les relations avec la 
société française sont constantes. 

Parfois, dans ce tout composé, on peut 
y distinguer une femme qui a conquis sa 
place par sa beauté et des hommes qui ont 
conquis leur rang par leur intelligence et 
leur esprit. 

A côté de cette société bruyante dont 

les gestes sont relatés dans les chroniques 

mondaines, il y a une société à Paris qui 

vit dans le calme, sans souci d'étonner 

le monde par des initiatives souvent 

audacieuses et chez laquelle se pratiquent 

encore les coutumes ancestrales. 

Distinguons enfin dans le chaos 
social de rares salons politiques et 
littéraires qui s'efforcent de continuer 
la tradition du XVII e et du xvm e siècle 
et chez lesquels vous rencontrerez 
toutes les élites, tous ceux qui repré- 
sentent une force dans le pays. 

Vous verrez là des politiciens de 
marque, des diplomates, des étrangers 
de passage, des lettrés. C'est la grande fusion, le terrain neutre 
qui permet à des éléments très divers de se connaître. Il est 
même certaines grandes dames qui convient leurs amis à un dîner 
donné en l'honneur d'un ministre de la République. Les difficultés 
matérielles menacent l'existence même de ces salons, dont l'influence 
peut être considérable. 

Notons enfin que la coterie élégante qui mène le mouvement 
superficiel et mondain admet facilement dans son sein des femmes 
de la société européenne, dont la famille, la beauté, l'intelligence 
sont notoires. Elle admettra plus difficilement des Américaines du 
Nord ou du Sud en raison de leur nombre toujours croissant. 
Dans une société comme la nôtre, en présence des éléments 




nouveaux et vulgaires qui menacent de nous submerger, au nom 
même de l'influence irrésistible de l'argent, nous devons maintenir 
nos traditions. Cette nécessité s'impose si nous voulons conserver 
notre souveraineté dans le domaine de l'art, de la littérature et de 
la mode. 

Nous affinons et éduquons notre goût, dès notre enfance, en 
contemplant les chefs-d'œuvre immortels de nos musées et de nos 
palais. Il faut maintenir le culte de notre grand Passé et puiser 
dans nos demeures historiques le plus pur de nos traditions. 

Les Français ne peuvent oublier, en dépit du nivellement social 
et de l'éclat de la denrée alimentaire, qu'ils vivent près de 
Versailles, de Fontainebleau et de Compiègne auxquels se rattache 
un glorieux passé de faste et d'élégance. Là, vécurent les rois qui 
firent la France, eux et leurs cours somptueuses dont les historio- 
graphes indiscrets nous ont conservé le souvenir impérissable. Sans 
doute le Parisien essaie-t-il de perpétuer les coutumes françaises 
que ses pères surent respecter mais il entend, pour être compris et 
écouté des nouvelles générations, être nouveau jeu, moderniser son 
allure vieille France et porter son panache désuet avec la 
compréhension de l'heure présente. Nous avons, 
dis-je, besoin de maintenir nos traditions. La 
cour n'est plus là comme guide et comme mentor. 
Nous devons faire notre police nous-mêmes et 
je crois que les étrangers de distinction, s'ils se 
donnent la peine de nous connaître, ne se 
plaindront jamais de notre accueil. 

Les Princes du sang reçoivent chez nous 
une hospitalité dont la forme est digne de notre 
ancien régime. 

Par une réaction naturelle, les institutions 
républicaines nous font respecter davan- 
tage ceux qui appartiennent à des maisons 
souveraines. Parfois même, certains trai- 
tent avec un excès maladroit des princes 
exotiques, des princes tombés dans le 
commun, tant le baisemain et la révé- 
rence flattent agréablement leur vanité, 
manque de mesure et cette ignorance 
nuances sont la résultante de cinquante ans de 
régime démocratique. 




La manière et les usages sont les prérogatives d'une élite que 
la guerre a singulièrement frappée. Cette élite est néanmoins seule 
capable de donner des directives. 

La jeunesse française comprend désormais son devoir. Après 
s'être complue dans une brillante et vaine oisiveté, elle se réfugie 
désormais dans le travail capable seul de lui assurer le prestige et 
l'indépendance. Les Français de race auront de la sorte prompte- 
ment raison des illettrés enrichis en deux ans dans le rétamage et 
la ferraille. 

Nous avons eu des gentilshommes verriers. Nous aurons des 
gentilshommes parfumeurs et des gentilshommes drapiers qui seront 
capables de garder leur rang 
social et de maintenir les 
traditions. 

L'argent n'est-il pas le 
nerf de la vie et la condition 
du prestige social ? 



.U/hdv! dt 





v/réaiioii iVielnotte^ Simonin 



LA GUIRLANDE 




l^hiiions .Parisiens 
au Ihéâtre 
et à la V ille 



n dépit de la « trêve des confiseurs », une 

animation joyeuse règne par les théâtres et c'est 

à peine si, en considérant le tableau des recettes 

de certains spectacles, on se douterait que les réunions 

familiales et mondaines des derniers jours de l'année 

commencent à nous absorber. 

Quelques heureux théâtres donnant des pièces jolies 
et délicieusement habillées, bien 
qu'elles tiennent l' affiche depuis 
plusieurs semaines, déjà, jouent souvent à bureaux 
fermés. A F Athénée, le Retour de MM. de 
Fiers et de Croisset compte parmi ces gros 
succès et chaque soir une nouvelle chambrée 
choisie-s'émerveille devant la grâce délicate de Marthe 
Régnier adorablement parée par Martial et Armand 
et avec tant de juvénile élégance ! 

Son premier acte, en satin Crésus, rode Dubarry, 
s'envoile d'une laize d'argent et forme un ensemble 
d'intimité drapé en la tanagréenne formule et évoquant 
l'inoubliable toile de Boldini fixant les traits de cette 
fine comédienne. Puis, c'est une robe de taffetas rose 
pastel, toute bouffante et très-style, sur laquelle des 
astragales de guipure d'argent, ponctuées de roses 
Saxe, ont le charme le plus jeunet, en attendant que 
d'autres silhouettes d'un ennuancement charmeur, 
achèvent le bouquet d'élégances très parisiennes respiré 
dans cette comédie séduisante à tous égards. 



Plus près de nous, au Théâtre Michel, L'Etemel 
JUaàcidin est conduit au succès par une artiste aussi 
célèbre par son parisianisme raffiné que par son réel 
talent. Ses chiffons sont de très grande marque et de 





la plus aristique recherche. S.veîte et charmante, M 119 Jane 
Renouardt, la fausse maigre, dans sa plus expressive 
formule joue dans son lit, parmi de savoureuses roseurs, 
le premier acte de cette étincelante comédie. 

Dommage que l'encadrement de ce lit, un peu trop art 
moderne — si jamais art il y eut en cette affaire — s'har- 
monise étrangement avec la joliesse de précieux bibelot, 
dix-huitième de l'enjôleuse Madame. 

Au deuxième acte, une robe moyenâgeuse, tout en 
satin neige, semée de bouquets perlés d'où partent des 
chatoiements furtifs nous vaut la 
révélation d'une manière de manche 
longue, prise dans un ruban, parti 
de l'épaule, pour s'arrêter au poignet 
que cerne un bracelet de diamants. 
Très nouvelle, cette prétendue 
manche laisse s'épanouir la savou- 
reuse nudité d'un bras charmant. 
Il faut retenir cette jolie manière 
d'hypocrisie de la mode, pour en 
tirer parti si l'on veut porter la 
manche longue lorsqu'on est dotée 
d'un bras au modelé délicat. 
Mais c'est la silhouette dernière, montrée par M" e Jane 

Renouardt, qui dans la salle provoque un murmure charmé. 
Qu'on se figure une draperie de lamé cuivre rode, 

prenant le buste nerveux et fin de la éweet artiste, en un 

mouvement caresseur, tandis que de longues flammes de 

même tissu brodé d'acier retombent en tunique sur la jupe 

tout en dentelle d'or, et la dépassent de toute la hauteur 

des longs glands qui tintinabulent à la pointe de ces sortes 

de rubans amincissant et magnifiant la hauteur. 

A l'heure du manteau, d'un geste câlin et charmant, 

M ° Renouardt s'enveloppe en une souple cape de velours 

Vénus, rubis clair, allurée d'une hauteur de renard gris 

cendre, et laissant, par échappées, entrevoir le sourire 

vibrant d'un satin bleu de mer en doublure. 

Quel peintre de la Parisienne ne serait pas tenté par cet ensemble de haut 

goût ! . . . 




Mais voici que la Potinière vient d'ouvrir son joli salon, tout battant neuf et 
que des spectacles des plus délicats y sont donnés où nos instincts Je coquetterie, 
d'ailleurs, trouvent leur compte. Les robes devant évoluer en l'encadrement des 



artistiques décors de M. René Colin ne sauraient être médiocres et cet auditoire 
de jolies femmes qui s'empressent épaules nues, très emperlées, vers la "boîte" à 
la mode et pour cause, exige qu'on se soucie de ses aspirations. Aussi dans 
Y Heure du Mari l'harmonie est-elle savamment étudiée entre le décor à l'ennuan- 
cement très doux, gardant la poésie spéciale des ensembles dix- huitième, et la 
teinte surannée de la première robe très en ampleur de M lle Germaine Risse : 
taffetas réséda, reflété de rouille, et jonché de bouquets vieillots. Dans sa 
seconde robe de velours frisson géranium, mêlée de dentelle teinte du ton, la 
charmante artiste trouve à sa beauté blonde le plus piquant des fards. Avouons 
pourtant que ce coloris vibrant s'évade trop brutalement de la tonalité vieillote du 
cadre, pour que l'ensemble soit parfait. 

Avec Je t'adore nous sommes en plein art moderne dans ce salonnet aux 
lambris mauves et aux lumières voilées de teintes opalines et nous ne nous étonnons 
pas de voir, en cet artistique arrangement, se profiler la silhouette nerveuse et 
fine de Régine Flory, l'enchanteresse qui, tour à tour, danse, mime, joue la 
comédie et détaille d'une voix prenante les couplets pleins d'esprit qu'écrivirent 
pour elle les malicieux auteurs... Avec une telle interprète, ceux-là sont comblés. 
Les curieux d'élégance, à leur tour, ne se sentent plus d'aise en détaillant tout 
d'abord la merveilleuse robe du soir en une sorte de groà de Napleà vieux jaune, sur 
laquelle, en des grâces de papillon diapré, s'enlève 
une courte tunique de tulle brodée et rebrodée de 
perles et de paillettes multicolores, aux chatoiements 
de lucioles... Quelle robe !... A elle seule elle 
justifierait l'élan vers la Potinière, de toutes les 
ferventes de l'art de Callot... 

Mais voici notre Régine revenue en un pyjama 
de haute saveur ! Parmi des souplesses de liberty 
neige, sa sveltesse jolie s'estompe agréablement ; 
mais -la merveille vient, avant tout, des envolements 
de nimbeuse mousseline retombant très droit sur les 
bras, à la manière des interminables manches de 
Pierrot. Rien de réussi comme cet arrangement sous 
le rayon lumineux, donnant des effets magiques 1... 
Il faut savoir tirer un enseignement des joliesses 
montrées en scène, par de telles artistes, pour 
lesquelles les grands de la Couture surmènent leurs 
méninges, puisque les ateliers ne produisent que très 
occasionnellement de l'inédit, valant d'être noté, à 
cette époque de l'année. — En janvier ils prendront 
leur revanche pour les collections à soumettre aux 
acheteurs étrangers... Mais, c'est seulement au 
printemps que nous seront appelées à juger et à 
décider si oui ou non la nouveauté soumise à notre 
verdict devra influencer la mode de la saison, 




En attendant, dans les thés mondains où chacune 
annonce son départ — réel ou fictif — pour la Riviera, 
on voit des chapeaux du plus amusant inédit. Quelques- 
uns, campés d'impertinente façon, encadrent à ravir le 
spirituel minois de la Parisienne et font prononcer le 
nom de Cora Marson, avec un petit air connaisseur. . . 
La place Vendôme est là, tout près... Si on grim- 
pait?... Et voilà comment tant de jolies femmes sont 
pires après une tasse de thé au Ritz et une visite à ce 
salonnet si peu banal. 



N'ai-je point oublié de vous dire qu'à la reprise 
des Deux Ecoleà à la Comédie les coquettes peuvent 
s'offrir une glane appréciable de silhouettes très 
éclectiques. 

M e Bovy, est d'un chic savoureux depuis A 
jusqu'à Z et sa robe noire, brodée de monnaies du 
pape et allurée d'une longue ceinture capucine, fait 
tourner toutes les cervelles... M llc Suzanne Devoyod 
est d'une suprême distinction, qui ajoute encore à la 
séduction de ses silhouettes si différentes toutes, mais 
M lie Andrée de Chauveron, dans une courte scène, 
trouve le temps de faire applaudir une robe de lamé 
vert jade, d'où s'évadent 





Cora-JtlaràDii. 



Berlbe- Herm ance.. 



des flambées de mousse- 
line du ton, d'une grâce 
aérienne — Berthe- 

Hermance fecit, dit-on, et ceci suffirait à attirer 
à la très élégante maison des Champs-Elysées de 
nouvelles sympathies si déjà quelques-unes des 
plus admirées parmi les comédiennes du Théâtre- 
Français ne lui accordaient une toute spéciale 
prédilection..- Et j'allais oublier M elnot te- Simonin 
qui a présenté de si jolis modèles au Salon d'Automne 
et dont le talent des plus délicats se précise de jour 
en jour. 





Cjnrand siècle 



MERCIER FRERES, Tapissiers-Décorateurs 
100, Faubourg S ainl- Antoine, Parïj 



LA GUIRLANDE 



V 




8 e Fascicule Prix : jo francs 



Y^2l vxuirland 



ALBUM D'ART 
ET DE LITTÉRATURE 

Jous la direction littéraire 
Je 

Monsieur Jean HERMANOVITS 

jous la direction artistique 
de 

Monsieur BRUNELLESCHI 



SE TROUVE : 3 , RUE DE CHA1LL0T 

PARIS 



J_<e tirage de cet Album eat tvt / ^ *-• 

• ^ v o i • JNumero : 2r*0 

restreint a ooo exemplaires ** * J ^ 



Pkili 

OU PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL 
Conte moral, en prose, par Monsieur ABEL HE RM AN T 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

-Le carrosse aux deux lézards verts 

Conte de fée par Monsieur RENÉ BOYLESVE 

(de l'Académie Française) 
Illustrations de Monsieur George Barbier. 

A. -Mademoiselle x de Courcy 

Adapté de l'Arabe par Monsieur JEAN HERMANOVITS 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

x etites x nysionomies xarisiennes 

Fantaisie par Monsieur F. DE MIOMANDRE 

Illustrations de Monsieur Brunelleschi. 

_Les Joies du v^anotage en .Loir 

Poème de Monsieur PAUL FORT 

Illustrations de Monsieur Stab. ' 

La jLVxode à la Ville et au xkéâtre 

Par Madame de MIRECOURT 

Illustrations de Mademoiselle Lucienne Martin. 

HORS-TEXTE 

Étude de Femme, composition inédite de Monsieur J.-G. Domergue. 

Au beau Tcmpt ded Tuileries, dessin inédit de Monsieur Cadogan. 

Barzoï, dessin inédit de Monsieur E. Blanche. 

Dessin inédit de Monsieur Cito. 

Chamonlx, dessin inédit de Monsieur Bonnotte. 




PHILI 



OU PAR-DELA LE BIEN ET LE MAL 



VIII 



Le P 



acte 

ON peut présenter un grand-duc à un autre grand- 
duc sans façon ; mais, quand c'est des Mauser 
que Ton présente à une Altesse Sérénissime, 
les formes du protocole doivent être observées rigou- 
reusement. Les Mauser mettaient un trop haut prix, 
moral et aussi matériel, à cette cérémonie, pour souffrir 
qu'on leur fît tort de rien; Monseigneur ne pouvait 
sauver que par l'étiquette sa dignité, qu'une si étrange 
compagnie exposait; enfin Madame la baronne 
de Krakus, appelée par la faveur des circonstances à 



usurper le rôle d'un introducteur des ambassadeurs, 
en était trop pleine et trop fière pour le jouer par- 
dessous jambe. 

Elle décida de son autorité privée, en vertu 
du pouvoir discrétionnaire quelle s'arrogeait, que 
Monsieur devait avoir le pas sur Madame, et que 
l'ordre des préséances désignait Siegmund avant sa 
plus jeune sœur Fricka. Philippe-Egon s'était instinc- 
tivement placé devant le piano, qui faisait un fond de 
tableau convenable, et lui prêtait au besoin, en cas 
qu'il se sentît fatigué, le même secours, le même point 
d'appui que la miséricorde ou patience des stalles de 
chœur, où l'on peut être quasiment assis tout en ayant 
l'air d'être debout. Madame la baronne de Krakus, se 
tenant vis-à-vis de lui, mais un peu sur la gauche, à 
une distance de trois pas, lit signe à Mauser, qui 
aussitôt se plia en deux, se redressa, avança, se replia 
et se redressa, pour se plier une troisième fois quand il 
fut exactement à mi-chemin entre la duègne et le 
grand-duc. Cependant elle déclinait les nom, prénoms 
et qualités de Mauser (Wllhelm), ancien industriel. 

Personne ne devait plus ouvrir la bouche avant le 
prince, et, selon l'expression vulgaire, on ne pouvait 
pas commencer sans lui. Il en profita pour prendre 
son temps et pour examiner comme une simple bête 
curieuse l'individu qui avait cet honneur inouï de lui 
être présenté. Mauser était court, gras et rond, mais 
rond comme ces premiers hommes fabuleux que décrit 
un ancien, dont le corps était en effet si rond de 
partout que Jupiter eut un beau jour fantaisie de les 
couper en deux suivant le plan vertical; et l'on s'éton- 
nait qu'au lieu de marcher en tournoyant comme une 



toupie ou en faisant la roue, ainsi que procédaient nos 
ancêtres avant cette opération, il crût devoir, ainsi 
que nous procédons aujourd'hui, avancer d'abord une 
jambe et l'autre ensuite. Cette richesse de graisse et de 
chair, si commune jadis en Allemagne, si rare depuis le 
blocus, annonçait un Allemand de bonne race, qui a su 
prendre le large à temps. Quant au visage, orné d'une 
grande barbe carrée, mi-rousse et mi-grisonnante, il 
éclatait de vanité satisfaite et n'exprimait rien autre 
chose ; mais les petits yeux, 
qui riaient derrière les lunettes 
d'or, exprimaient de surcroît 
l'humeur obséquieuse. 

Phili, après avoir douté 
une minute s'il dirait ou non à 
ce Mauser quelque parole plus 
significative, se borna enfin à 
lui dire : 

— Nous sommes enchanté 
de faire votre connaissance. 

Mauser se replia en deux, 
se redressa, s'efïaça, et 
M me Mauser, Minna de son 
prénom, lui succéda sans 
entr'acte. C'était aussi une 
puissante femme, un peu mûre, 
point trop, et dont les restes de charme étaient 
malheureusement noyés. Son regard était langoureux, 
plus parlant que celui de son époux, et témoignait 
que l'Allemagne, en dépit des leçons qui lui ont été 
prodiguées depuis cinq ans, n'a pas encore désappris 
la sentimentalité. Philippe-Egon se mit plus en frais 




pour la femme que pour le mari et, se ressouvenant 
des phrases que Napoléon avait coutume de servir 
aux dames, il la félicita d'avoir deux enfants, il lui 
assura que les familles nombreuses seraient le salut 
de la patrie allemande, l'instrument de son relèvement 
et de sa revanche. Puis il daigna secouer la main 
de Siegmund, jeune homme de vingt-cinq ans à peu 
près, élégant à sa manière, et qui semblait échappé du 
SiniplLcuéLmiu } comme on dit de certains personnages 
qu'ils ont l'air de portraits descendus de leur cadre. 
Fricka Mauser était, comme il convient, encore plus 
visiblement sentimentale que Madame sa mère, avec 
une fadeur incroyable. Phili, rien qu'à la voir, se sentit 
le cœur tout barbouillé ; mais il était si gracieux 
qu'il s'écria : 

— Voilà une ravissante jeune fille, et nous sommes 
enchanté de faire sa connaissance. 

Après cet effort, il usa de la midéricorde du piano, 
et comme le couvercle était levé, il plaqua bien 
involontairement un accord que les harmonistes les 
plus révolutionnaires n'eussent point avoué. Il avait 
trop d'oreille pour n'en être pas scandalisé lui-même. 
Aussi n'insista- 1- il point. Il fit un pas en avant, qui 
était une façon détournée de commander : Repos! 
et, sans désemparer, selon l'usage, il commença de 
s'entretenir familièrement quelques secondes avec 
chacun des membres de la famille qui venait de lui être 
présentée. 

— Eh bien, Monsieur Mauser, dit-il, en prenant 
avec bonté l'ancien industriel sous le bras, que racontez- 
vous de neuf? 

Mauser toucha deux mots de la révolution à 



Son Altesse Sérénissime, mais s'étendit plus complai- 
samment sur ses propres affaires qui l'intéressaient 
davantage. Il ne dissimula pas à Monseigneur le chiffre 
de ses millions, non pas comptés en marks ni même en 
francs de France, mais en francs de Suisse ou en livres 
sterling ; et il lui révéla que l'origine de cette colossale 
fortune était l'invention d'un métal de remplacement, 
destiné à la fabrication des croix de fer. Il ajouta, 
crevant d'orgueil : 

— Aussi suis-je l'un des premiers à qui Sa Majesté 
Impériale Royale l'ait décernée au titre civil. 

— Mon cousin, repartit négligemment Philippe- 
Egon, a toujours su récompenser les services rendus. 

Wilhelm Mauser s'empressa de faire remarquer à 
Son Altesse Sérénissime que Sa Majesté Impériale 
Royale avait octroyé à Siegmund la même distinction. 

— Au fait, dit Philippe - Egon presque sévè- 
rement, quelle est donc la situation militaire 
de ce jeune homme 

"Wilhelm en fut 
Minna, qui ne perdait 
jeta dans la conversa 
quette en souffrir) et 
une entière franchise, 
homme avait été, 
l'Empereur lui- 
lièrement embus 
étant l'un de ces 
dont l'Aile 
si grand besoin 
paix rétablie, 




en âge de servir? 
interloqué; mais 
jamais le nord, se 
tion (dût l'éti- 
déclara, avec 
que ce jeune 
sur l'ordre de 
même, régu- 
qué, comme 
intellectuels 
magne aurait 
une fois la 



pour maintenir sa primauté dans le monde. 

— D'ailleurs, ajouta-t-elle, non plus avec franchise, 
mais plutôt avec inconscience, nous sommes tous natu- 
ralisés Suisses depuis la troisième année de la guerre. 

— Ah? fit le grand-duc. 

— Mais toujours Allemands de cœur, se hâta de 
dire le mari. 

Le fils et la fille joignirent leurs protestations à 
celles de leur respectable père. 

— Nous allons nous retirer, dit subitement le 
grand- duc. 

Sophie-Charlotte, à laquelle il lança un impérieux 
regard, ne pouvait faire autrement que de le suivre. 
Toutes les autres personnes présentes, y compris 
Madame la baronne de Krakus, se mirent en rond 
pour exécuter les révérences. Après quoi Wllhelm 
et Minna Mauser se détachèrent pour reconduire 
Leurs Altesses Sérénissimes jusqu'à l'étage inférieur 
où elles étaient logées. En saluant le prince une dernière 
fois, M me Mauser prit un air malin et dit : 

— ■ Si longs que doivent nous paraître les instants 
hors de la vue de Votre Altesse Sérénissime, nous nous 
consolons de La quitter, par la pensée que nous ne 
serons pas privés d'Elle plus de deux heures; car nous 
n'aurions garde d'oublier l'aimable invitation à dîner 
dont Elle a daigné nous honorer pour ce soir. 

— Je l'espère, Madame, répondit Philippe-Egon, 
qui l'espérait peut-être, mais à coup sûr n'y comprenait 
rien, et qui articula ce mot d'un ton furieux. 

Il entra le premier, sans demander aucune 
permission, dans l'appartement de Sophie- Charlotte, 
où la baronne les suivit sans y être invitée. 




— Fermez votre porte, lui dit Philippe -Egon, 
durement. 

Elle obéit. 

— Je ne crois pas vous avoir ordonné de nous 
suivre, reprit-il; mais vous êtes vraie femme de cour, 
vous avez deviné 

mes désirs et vous 
les avez prévenus. 
Je vous en sais 
gré. J'ai en efîet 
à vous demander 
quelques petites 
explicat io n s , 
Madame la ba- 
ronne. Est-ce que 

vous vous f 

de moi ? 

M me de Krakus ne sourcilla pas et s'abstint même 
de dénégations superflues. 

— Voulez - vous me répondre ? continua Phili 
presque fou de colère. Qu'est-ce que c'est que cette 
histoire de dîner? Alors, moi, le grand -duc de 
Silberberg, j'ai invité — sans le savoir, entre paren- 
thèses — cette grosse poule, ce fabricant de croix de 
fer en toc, leur nigaude de fille et leur embusqué 
de fils ? 

Accoutumée aux emportements des grands, la 
baronne ne s'émut point. 

— Monseigneur, dit-elle, je tiens de mon illustre 
père le général de Krakus, qui fait autorité en 
stratégie, qu'une certaine initiative doit être tolérée 
des subalternes dans les cas d'extrême urgence. Or il 



n'est rien de si urgent que la solution de notre crise 
financière. La Providence, qui veille sur les princes et 
les aide fût-ce quand ils oublient de s'aider eux-mêmes, 
m'a fait rencontrer ces Mauser; dont Votre Altesse 
Sérénissime devrait bien remercier Dieu d'abord, et 
peut-être moi ensuite. J'ai pu consulter Madame la 
grande-duchesse, puisque j'ai le bonheur de me tenir 
de nuit comme de jour à ses côtés, et j'ose dire qu'elle 
m'approuve entièrement. 

— Entièrement, dit Sophie- Charlotte. 

— Qu'approuve- t-elle ? dit Philippe-Egon. 

— Mais, poursuivit la Krakus, j'ai dû conclure 
avec les Mauser sans en référer à Votre Altesse 
Sérénissime, quitte, bien entendu, à lui soumettre le 
traité pour ratification. 

— Quel traité ? dit Philippe-Egon. A la fin vous 
m'assommez avec vos phrases et vos devinettes, 
Madame la baronne ! 

Elle ne pressa pas pour si peu son développement 
ni son débit. 

— Altesse, dit-elle, M. et M me Mauser sont prêts 
à faire des sacrifices inimaginables pour acquérir de 
princières relations. Ils ont de la magnanimité : cela 
n'est-il pas bien allemand ? Ils souhaitent quelque 
chose au delà de leur fortune, qui sert leur ambition 
mais ne la flatte point. Ils désirent, en un mot, que 
Monseigneur le grand-duc de Silberberg soit, au vu et 
au su de l'univers, leur ami intime, — cette épithète 
n'exprime pas tout le désir de ces braves gens, il faudrait 
dire : leur inséparable. Que demandent-ils ? Rien que 
de fort honorable, Monseigneur : qu'un heureux 
hasard, et qui ne se démentira jamais, vous amène, 



chaque fois qu'ils se déplacent, en même temps queux 
dans la même ville ; que vous descendiez dans le même 
hôtel; que vous preniez à la même table, non point 
tous les repas — j'ai dit que cela était impossible et 
que Ton ne pouvait ainsi vous accaparer — mais au 
moins les repas du soir. Vous serez leur invité six 
fois par semaine et c'est vous qui les traiterez la 
septième fois, à leurs frais bien entendu. Votre Altesse 
Sérénissime se tromperait si elle imputait à la seule 
vanité des Mauser cette bizarre mais avantageuse 
proposition. Le cœur y est. M. me iVLauser est une 
ardente royaliste. Elle professe un véritable culte 
pour tous les princes régnants de l'Empire, sans 
exception; mais elle a ses préférences, et je ne saurais 
cacher à Votre Altesse qu'elle n'a pu la voir sans 



qu une amitié 
que maternelle 
au sentiment de 
lité que votre rang 
lui inspirent. Elle 
reuse, car elle pra 
allemande. Elle 
au comble du 
Prince daignait 
rager trop son 
elle est de surcroît » 
qu'elle se rési 
rant, au cas que 
Sérénissime fît 
cour à la petite 
devez tout savoir : 
M me la grande- 




plus tendre, bien 
encore, se mêlât 
respectueuse fidé- 
et votre infortune 
n'est point dange- 
tique la vertu 
serait toutefois 
bonheur si le 
ne point décou- 
affection. Mais 
si bonne mère 
gnerait en soupi- 
Votre Altesse 
plutôt un doigt de 
Fricka. Vous 
la beauté de 
duchesse a fait 



une impression si forte sur le jeune Siegmund qu'il lui 
appartient désormais corps et âme et ne conçoit plus 
d'autre bonheur ici-bas que la voir, la servir et n'en 
espérer rien. 

— Vous pouvez entendre ces énormités de sang- 
froid ? dit à la grande -duchesse le grand -duc, qui 
s'était dominé jusque-là pour ne pas perdre une 
syllabe de ce long discours. 

— Je ne vois pas, répondit -elle, qu'il y ait de 
quoi s'indigner. 

— Vraiment ? Et vous souscrivez a cette 
convention ? 

— Mon cher, dit catégoriquement Sophie- 
Charlotte, je pense que notre premier devoir est de 
soutenir notre rang. Les bas de soie et les aigrettes 
sont hors de prix, et je n'ai aucune envie de porter mes 
perles au -monte 21 pleth. Vous me faites l'honneur de 
prendre garde à moi depuis cinq ou six jours, et il se 
pourrait que vos attentions ne me déplussent point. Je 
ne veux pas que vous soyez diverti de moi par des 
tracas d'argent et par de basses disputes avec les 
hôteliers qui ont la manie d'exiger le paiement de leurs 
notes. Le mieux est de les faire payer par de tierces 
personnes. Etes-vous donc si sûr de l'amitié que je vous 
inspire, qui vous a poussé en une nuit? Moi, je suis 
moins sûre de votre fantaisie, et moins encore de mon 
prestige quand je n'aurai plus de belles robes et de 
beaux bijoux. Pour les choses essentielles... Et elle se 
mit, fort malicieusement; à fredonner le motif de 
La PérlchoLe que tout à l'heure elle avait chanté : 

Tu peux compter sur ma vertu... 
Ces mots français, la mutinerie charmante de 
Sophie-Charlotte enflammèrent Philippe-Egon et en 



même temps le radoucirent. Il craignit de se montrer 
peu Parisien et trop Allemand. Il sourit avec une indul- 
gence qui était déjà de la complicité, et par manière 
d'acquit détourna ses foudres sur la baronne. 

— C'est, dit-il, la vieille sorcière qui vous souffle 
ces abominations ? 

La Krakus ne se fâcha point : elle fut aussi fière 
de ce quolibet que si son auguste maître lui eût pincé 
l'oreille. 

— Monseigneur, dit -elle, la vieille sorcière ne 



demande pour 
que la faveur 
son compte 
vous appelez 
nations. La 
est votre âme 

— B on , 
grand- duc . 
justice à votre 
dont vous nous 
des preuves 
dernière. 

Elle tous 
Egon devint 
tremblant que 
lotte n'eût saisi 




recompense 
de prendre à 
tout ce que 
des abomi- 
vieille sorcière 
damnée, 
bon, fit le 
Nous rendons 
dévouement, 
avez donné 
encore la nuit 

sa. Philippe - 
fort rouge, 
Sophie- Char- 



cette maladroite allusion. 

— C'est juste, balbutia- t-il- . . Oui... Enfin, je n'ai 
pas encore capitulé, et je ne vous promets pas que 
j'assisterai au dîner de ce soir. Nous réfléchirons. 

Il se dirigea vers la porte. 

— Monseigneur... dit la baronne. 

— Quoi? 

— Je crois devoir instruire Votre Altesse 



Sérénissime que la fleuriste de M rae Mauser est 
M lle Julie, quai des Bergues. 

— Eh bien? 

— Il ne vous en coûterait rien d'épingler votre 
carte de visite à la gerbe que Minna Mauser reçoit 
chaque jour de M lle Julie. 

— C'est admirable ! dit Philippe-Egon, en riant 
de la plus belle humeur du monde. 

Mais, avant de se rendre au quai des Bergues, il 
passa chez Mosenthal, lui conta l'histoire et feignit 
une grande répugnance à ratifier le traité. 

— Tu me fais pitié, dit Mosenthal. Tu es encore 
tout infecté de morale éternelle, et tu doutes que les 
gens qui ont des sous. aient été créés pour entretenir 
ceux qui n'en ont pas ! 

— Je n'en doute point, dit le grand-duc ; mais il 
m'assomme 
cour à une 
quarante- 

— A 
n'y a plus 

— Tu 
donc, à ma 
tu n'es pas 
ment plus 
moi . Eh 
donne pro 
Va chez 

quai des Bergues, offre en mon nom à M me Mauser 
les fleurs qu'elle a commandées et qu'elle paiera, et 
souviens-toi de faire honneur à ton prince. 




de faire la 
femme de 
cinq ans. 
ton âge ! Il 
d'enfants ! 
marcherais 
place ? Car 
sensible- 
vieux que 
bien, je te 
curation. 
M lle Julie, 



(a suivre) 




CyZ^rt^P^ 




LA GUIRLANDE 




Le carrosse aux deux lézards Verts 

IV 

Même dans le merveilleux 
le temps passe a 



LS furent introduits près d'une dame 
qui ne ressemblait pas à l'autre, tout 
en ayant avec elle quelque air de 
famille. Et celle-ci était occupée à 
donner une leçon au même garçon 
' g^d jj en lequel ils avaient reconnu le fils 
* ' de M. le conseiller Périnelle. Tout 

en parlant aux paysans, elle se garda de s'interrompre; 
et le petit ânonnait sur les pages d'un grand livre. 

— Vous ne saurez jamais rien, disait la dame. Je 
ne ferai pas de compliments de vous à M. votre père... 




Elle reprit, se parlant à elle-même : — Il n'y a 
rien de parfait. Rien ne marche ici-bas de manière à 
contenter un esprit clairvoyant... Et qu'est-ce que 
vous dites de ce temps, par exemple? Je vais être 
obligée, Dieu me pardonne ! de faire allumer les chan- 
delles en plein midi... 

— Nous étions venus, Madame..., dit le bûcheron. 

— Ah ! vos petites? Je sais. Elles sont gentilles et 
elles apprendront peut-être convenablement; mais il 
faut de longs et patients efforts : ce n'est pas si facile 
que ça !.. . 

— Celle-ci parle avec beaucoup de bon sens, dit 
le bûcheron à sa femme. 

— Je ne dis pas non, fit la mère, mais l'autre a 
plus de grâce. 

Gilles éprouvait encore la hâte d'arriver à ses fins. 
Il dit : 

— Nous étions venus, Madame, pour la question 
du prix des leçons... 

La dame sourit tout de même que sa sœur; mais 
elle dit : 

— Vous avez raison et vous êtes un honnête 
homme. Tout se paye, vous vous en doutez bien ! Vos 
filles apprennent à lire et à écrire ; c'est votre désir, 
n'est-il pas vrai ? Eh bien ! votre vœu étant accompli, 
le prix en dera seulement la conséquence naturelle. Rappelez- 
vous ces mots; c'est le seul acompte que je vous 
demande. 

Le couple s'inclina avec déférence et confusion. 

Comme ces bonnes gens se retiraient, en faisant 

attention à ne pas s'étaler sur le parquet, le père Gilles 



aperçut, parmi d'autres, un grand portrait qui le sidéra. 
Il dit à sa femme : 

— Ça ne te rappelle rien, à toi, ça ? 

— Quoi? 

— Ce portrait ? 

La mère Gilles pâlit, mais ne voulut absolument 
pas répondre. 

Le bûcheron demeura troublé, même sous la pluie 
qui le trempa ainsi que sa femme jusqu'à l'os. 

— Tu n'es donc pas content? lui demandait sa 
femme. « Il ne sera jamais question d'argent entre 
nous... » Comme elle a dit ça, M 1T3e Je-ne-sais-qui ! 

— Oui, mais : « le prix en sera seulement la consé- 
quence naturelle », a dit M me Ah!-qui-est-elle; que 
veut dire ceci : c'est peut-être une attrape?... 

Puis il se reprit à songer au portrait qu'il avait vu. 

Une demi-douzaine d'années après ces événements, 
il ne s'était pas produit grand changement dans le coin 
de la forêt, si ce n'est que les bûcherons étaient un peu 
moins ingambes et les bessonnes deux grandes filles fort 
avancées pour leur âge, de visage agréable, de taille 
bien prise et que l'on commençait partout à traiter 
de demoiselles. 

Ainsi la vie s'écoulait dans le merveilleux, aussi 
tranquillement qu'elle l'eût pu faire au milieu des 
circonstances les plus ordinaires. 

Rappelons-nous d'abord le petit excédent régulier 
de recettes, qui augmentait progressivement la fortune 
du bûcheron. 

Ensuite les deux pavillons, qui étaient toujours là, 
faisant partie des images familières, non seulement des 
bûcherons, mais de leurs amis, comme si ces bâtiments 



eussent existé du temps de leurs pères, aïeux et bisaïeux. 

Enfin, les bessonnes, âgées d'une douzaine 
d'années, lisaient, cela va sans dire, et écrivaient comme 
des clercs ; en outre, elles savaient jouer de divers 
instruments de musique et chantaient si agréablement 
qu'on les priait dans plusieurs maisons de la ville et 
notamment chez M. le conseiller Périnelle, le seul 
esprit libéral de l'endroit, qui faisait peu de distinction 
entre les classes et aimait que les savants vécussent 
autour de lui. 

Quand Gillette et Gillonne avaient à se rendre à 
la ville, elles commençaient par aller aux pavillons, 
puis on n'entendait plus parler d'elles jusqu'à leur 
retour. Et lorsqu'elles revenaient de leurs matinées et 
soirées, c'était à l'heure dite, et sans trace de fatigue. 
Et personne ne s'étonnait qu'elles eussent fait vingt 
lieues comme autant d'enjambées. 

Leurs toilettes? mais elles leur tombaient du ciel! 
Qui de vous se demande s'il en pourrait être autrement? 
La maman Gilles n'eût pas toléré le cas contraire, sans 
prendre tous les gens du bois à témoin que le gouver- 
nement avait juré la perte d'une honnête famille. 

Oh ! oh ! n'allez pas vous imaginer à présent que le 
père et la mère Gilles fussent contents de leur sort ! 

Ils ne cessaient de récriminer. La maman pré- 
tendait qu'il était honteux de vivre dans un taudis 
quand on avait des filles si instruites et si richement 
habillées. Elle se plaignait d'être tenue de faire le long 
trajet de la ville à pied, alors qu'il existait d'autres 
moyens dont on ne lui parlait pas, mais dont elle 
soupçonnait l'existence. Enfin, elle eût aimé que ses 
deux filles fussent pareilles en tous points, vêtues de 




même et éduquées d'une seule manière. Or, Gillette 
recevait du ciel des robes couleur d'aurore et Gillonne 
couleur de crépuscule; Gillette blondissait dans la 
mesure où Gillonne devenait brune davantage; Gillette 
avait la voix aiguë et Gillonne fort grave; Gillette lisait 
des contes à dormir debout et Gillonne des histoires 
véridiques ; Gillette trouvait que tout était beau, bon 
et bien fait dans la création, tandis que Gillonne 
possédait un sens critique souvent amer, mais aussi 
très amusant ; elle disait à chacun son fait et ne s'en 
laissait imposer par qui ni par quoi que ce fût. 

Le père Gilles trouvait que Gillonne était bien 
plus intelligente que sa sœur; la mère Gilles estimait 
Gillette beaucoup mieux élevée. 

— D'abord, elle sera plus heureuse, dit- elle, 
puisqu'elle juge tout beau et bien. 

— Taratata, faisait le père, elle aura des 
déconvenues parce qu'elle ne sait pas voir le mal où 
il est, tandis que sa sœur s'entendra pour le dépister. 

La discussion était sans fia 



Un beau dimanche, la troupe amicale des bûche- 
rons et bûcheronnes arriva avec sa marmaille. Tous 
ces gens étaient blêmes, les jambes vacillantes, les yeux 
exorbités, beaucoup d'entre eux même ayant restitué 
leur déjeuner comme des personnes souffrant du mal 
de mer. 

Ils eussent vu la moitié de la planète se détacher 
et tomber dans la nuit vide, qu'ils n'eussent point mani- 
festé plus de terreur. 

Qu'avaient-ils donc vu? Ils avaient vu, sur l'herbe, 
étendu, à une portée de mousquet des pavillons, un 
lézard vert de la taille d'un cheval de trait. 

Gilles se tenait les côtes. 

— Il y en a deux, disait-il... 

— Et vous dites cela, s'écrièrent les gens du bois, 
comme vous parleriez d'une portée de lapins î... 

— Comment ! disait Gilles, je vous ai menés un 
jour voir des pavillons poussés dans la nuit, comme 
des morilles après la pluie, et cependant plus anciens 
l'un et l'autre que votre arrière-grand-père : vous n'avez 
pas bronché; et vous voilà aujourd'hui les membres 
coupés et le ventre débordant comme un marais, parce 
que vous avez vu un lézard ! . . . 

— Quatre maisons comme la tienne tiendraient 
dans sa panse !... murmurait un homme tremblant. 

La mère Gilles opina : 

— Je n'aime pas ces bêtes-là... non plus que tout 
ce qui arrive... 

— Qu'est-ce qui arrive ? lui demanda- t-on. 

— Je m'entends... Je m'entends... 

Ce qui arrivait pour le moment, en tout cas, 
c'est que les bessonnes n'étaient point de retour. 



Et leur retard même 
était grand, et tout à 
fait inusité. 

A part lui, le père 
Gilles pensait : Elles 
ne sont point revenues 
de la messe, et le 
lézard se prélasse sur 
l'herbe... Qu'est 
ceci?... Il se doutait 
que, dans les communs 
des pavillons, il y avait 
mieux encore que les 
lézards pour vous 
conduire à bonne dis- 
tance. 

JMais aussi, rai- 
son de plus pour vous 
ramener sans retard. . . 

On épilogua sur 
l'absence de Gillette 
et de Gillonne. 

Quelqu'un dit : 

— Moi, je ne 
serais pas tranquille. . . 

— Pourquoi ? dit 
le père. 

— A cause de ce 
lézard du diable. 

— M.oi, dit un 
autre, je ferai, ce 
soir, un détour de cinq 




lieues, plutôt que de repasser par l'endroit où je l'ai vu. 
Les bessonnes n'arrivaient point. Les conversa- 
tions n'étaient pas de nature à tranquilliser les parents. 

— J'aime mieux vivre loin de toutes ces singu- 
larités-là, dit une femme : mes petits ne sauront ni lire 
ni écrire ; on s'en est bien passé jusqu'ici. 

— Toutes les fois qu'il se fait une chose de bien, 
dit un autre, on peut être sûr qu'elle a en mal son 
pendant exact. Vous éduquez vos filles comme des 
demoiselles, vous en subirez la conséquence... 

— La coudée] uence ?... fit le père Gilles, tiré de 
sa songerie. 

— La conséquence naturelle, oui, mon compère. 
Il n'y a pas à dire, dans ce bas monde, c'est comme 
au marché : rien pour rien. Tout se paye. 

Ce fut au père Gilles de trembler, car il se sou- 
venait des paroles prononcées dans un des pavillons 
par la maîtresse de Gillonne. 

Il ne cessait d'aller de sa chaumière à l'endroit d'où 
l'on apercevait les pavillons, et il mettait la main en 
auvent sur son front, et il amenuisait ses yeux qui 
étaient bons et voyaient loin. 

Les bessonnes ne paraissaient pas. 

On s'attabla pour les rôties et le pain perdu, 
comme les dimanches ordinaires. Mais le cœur n'était 
pas à la collation. Et, quand on attend quelqu'un, il 
est difficile de parler d'un sujet autre que celui de 
son absence. 

— A supposer, hasardait quelqu'un, que mesde- 
moiselles vos filles soient reconduites et seulement 
jusqu'à la lisière de la forêt, par la voiture du Duc, 
c'est-à-dire par ce qu'il peut se faire de mieux, il 



faut encore un bout de temps pour venir jusqu'ici, 
même sur des jambes jeunes. Pour ce qui est de faire 
pénétrer un carrosse sous bois, à d'autres !... 

Gilles regardait avec dédain celui qui venait 
de parler. 

— On peut bien aussi détacher un cheval et 
galoper à califourchon ! dit une vieille. 

— Comment donc, après tout, est-ce qu'elles s'y 
prennent, les autres dimanches ? 

— Les autres dimanches, dit la mère Gilles, elles 
sont à l'heure, voilà ce que je sais. 

— JMoi, dit une femme, je ne me suis jamais 
séparée de mes filles... 

— Il faudra bien que tu le fasses, eh ! la belle, le 
jour où elles auront chacune trouvé un galant !... Ah! 
Eh bien ! alors le diable m'emporte si elles viennent te 
raconter ce qui leur sera arrivé. 

— Les enfants, c'est fait pour inquiéter les parents. 




Ils ne sont jamais pareils à nous. Ils ont leurs manières 
de voir. On ne les tient pas. 

— Et qui veut les élever trop bien les élève mal... 

— C'est comme s'il dépensait cher pour en faire 
des étrangers... 

Durant que Gilles était hors de la chaumière à 
explorer l'horizon, l'on se permettait ces aphorismes 
de la vieille sagesse des familles. Et sa femme, le 
nez dans la poêle à frire, entendait peu les propos 
des commères. 

Tout à coup, elle poussa un cri. Sous sa cuiller et sous 
les jets en pétarade de la friture, elle venait de discerner 
un objet qui n'était ni œuf, ni tartine, et qu'elle se hâta 
d'amener au jour. Avec une pince, on le retira. Cela 
avait la forme d'un billet, et le cachet y était, qui avait 
failli fondre. 

— Il y a un farceur sur le toit... Peut-être bien 
aussi que les petites s'amusent là-haut à nous jouer 
un tour ! . . . 

On appela le père à demi-mort d'inquiétude : 

— Une lettre ! compère Gilles : parions que tu as 
loué, vieil avare, ton premier étage à une sorcière !... 

Une lettre? Ma foi, oui. Le cachet portait un 
écusson inconnu, soutenu par des chimères. 

— Une lettre ! dit le père Gilles. Ah ! si eUed 
étaient là !... Qui c'est-il, parmi nous, qui est seulement 
fichu de la lire ? 

En effet, personne n'en était capable. Il rompit le 
cachet avec rage et dit qu'il s'en allait aux pavillons. 

— Le dernier des marmitons, grommelait-il, le 
singe tourne-broche, les perroquets, y sont plus savants 
que nous ! . . . 



On le trouva plein de courage, car aucun 
homme n'eût voulu se risquer du côté des pavillons. 
Cependant, en troupe, armés de fourches, de cognées, 
de manches à balais, de lardoires, ils le suivirent, les 
femmes en arrière, faisant force signes de croix et 
priant afin qu'il n'arrivât point malheur. 

Aux pavillons, les grilles closes. On appelle; point 
de réponse. Pas le moindre signe de vie, ni dans une 
cour ni dans l'autre. Toutes les persiennes rabattues. 
Pas le relent d'un fumet aux issues des cuisines. 
Pas le plus frêle écho d'une voix de perroquetl 
On eût souhaité voir sous la porte des écuries onduler 
la queue d'un dragon. Rien. De Minou, nous ne parlons 
pas ^c'était dimanche, jour de rôties ; il était au logis 
familial. 

Le pauvre Gilles tenait sa lettre à la main. Ce 
n'était pas un long écrit : trois lignes à peine. Mais ce 
papier, par miracle tombé de la cheminée, Gilles avait 
l'assurance qu'il lui apportait des nouvelles de ses filles, 
de qui nulle nouveauté ne l'étonnait. Il enrageait de ne 
pouvoir déchiffrer ces trois lignes. Aussi était-ce grande 
pitié pour tous de le voir pleurer comme un enfant. 

— Et vous dites, s'écriait-il, qu'il ne faut pas 
apprendre à lire ! Mais si je savais lire, j'aurais, à 
cette heure, des nouvelles de mes filles !... 

— Si tes filles n'avaient pas appris à lire, elles 
seraient près de toi !... 

Il annonça qu'il allait aller à la ville se faire 
expliquer le contenu de la lettre. C'était insensé à 
cette heure : il passerait la nuit dans les chemins ! 
Mais il ne voulut entendre aucun conseil, et il partit, 
tel qu'il était, sans vouloir se retourner. 



A l'écart de la mère Gilles, qui versait des larmes, 
les femmes échangeaient leurs opinions. L'une était 
d'avis qu'à n'en pas douter, un sort avait été jeté aux 
malheureux bûcherons ; une autre, que le père des 
bessonnes était un être avide, ayant fait le serment de 
s'élever au-dessus de sa condition, et qu'il était puni 
par où il avait péché ; mais presque toutes pensaient 
que le lézard géant avait dévoré les fillettes et que 
c'était pendant sa digestion pénible, qu'on avait vu, 
ce matin, le monstre affalé sur le tapis herbeux de 
la clairière. 

— Il sera moins dangereux quand nous repas- 
serons, dit un joyeux de la compagnie : ces bêtes-là ne 
font pas deux repas en un jour ! 

— Dis plutôt qu'elles dédaigneront ta vieille carne, 
après s'être régalées de fines cailles à leur déjeuner. 

Ils n'en firent pas moins, tous et toutes, un grand 
détour, le soir, en regagnant leurs chaumières. 





Pendant ce temps, le père Gilles, lui, parvenait à 
la ville, en pleine nuit, sans pouvoir seulement s'en faire 
ouvrir les portes. Il coucha à la belle étoile, proche du 
vieux pont-levis, en compagnie d'une racaille composée 
de malandrins ou de figures suspectes que le guet 
repoussait hors des murs à la tombée du jour. 

Il avisa, parmi cette gent, un vieillard, qui parais- 
sait plus pauvre que malhonnête. A vrai dire, ce 
bonhomme était contrefait et peu ragoûtant, mais il 
s'exprimait bien ; mieux que cela, il agrémentait son 




langage aisé de mots et de proverbes latins. Nul doute 
qu'il fût d'église. 

En effet, et avant de rien répondre aux questions 
du bûcheron, il raconta sa propre histoire. Il se nom- 
mait Frère Ildebert, ex-religieux prémontré. Il avait 
été mal vu au couvent, sous le prétexte qu'il s'adonnait 
aux sciences profanes et avait fait des découvertes 
propres, affirmait-il, à mettre l'univers sens dessus 
dessous. Il disait, sans se faire comprendre, bien 
entendu, de personne : 

— Il y aura du nouveau, non dans le sens de 
l'esprit, lequel a atteint ses fins, mais dans celui de la 
matière qui corrompra l'esprit des hommes... 

— Est-ce que vous pourriez lire ma lettre ? lui 
demanda le bûcheron. 



— Mais l'ex-Frère Ildebert reprenait : 

— On a bien fait de me chasser du couvent ! Non 
que je croie fermement au diable, mais j'étais possédé 
de cet infernal génie qui, ayant une fois mis les 
molécules en mouvement, les dompte et les dirige, de 
façon à donner à la matière brute une sorte d'appa- 
rente dignité supérieure à l'âme, laquelle est seule 
digne aux yeux de Dieu... 

— Je suis bien impatient, soupirait Gilles, d'avoir 
des nouvelles de mes filles !... 

— J'inventais, j'inventais, disait l'ancien moine. 
Ah ! j'étais vraiment sur un beau chemin !... 

— La nuit est-elle vraiment trop sombre, suppliait 
le malheureux Gilles, pour que vous ne puissiez me 
rendre le service de jeter les yeux sur ce billet ?. . . 

Et il lui tendait le papier sous le nez. 
Frère Ildebert dit : 

— Le fait est que ce ne serait pas l'instant de 
chercher une puce entre deux draps, pour ceux du 
moins qui ont reçu du ciel la faveur de coucher dans 
un lit. 

Ce disant, il se frotta par trois fois l'ongle du pouce 
contre le fond de sa culotte, et, l'approchant ensuite 
du papier, les caractères y furent visibles comme si on 
eût promené alentour trois vers luisants. Et, couram- 
ment, il lut : 

« Cher papa et chère maman, 
« Soyez bien tranquilles à la maison. Nous partons 
« pour un grand voyage . Le moment en est venu, puisque 
« nous savons lire et écrire. 

« Gillette, et Gillonne. » 



Le pauvre bûcheron était fort ému. Et le plaisir 
de recevoir un mot de ses filles l'aveugla un long 
moment sur la manière stupéfiante dont le moine avait 
eu raison des ténèbres. Mais, comme celui-ci recom- 
mençait de parler, Gilles lui dit : 

— Et, c'est une de vos inventions de vous servir 
de l'ongle comme chandelle ? 

— Peuh ! fit Ildebert avec dédain, ceci n'est rien.. . 
Si l'on m'avait laissé faire !... 

— Vous seriez riche à l'heure qu'il est ? 

— Riche ? Oh ! ce n'est pas cela. D'autres que moi 
se seraient enrichis, oui. Mais c'était le plaisir!... Je 
vous dis qu'il a été inspiré du Très-Haut, le supérieur 
qui m'a brisé mes ustensiles et jeté à la porte du couvent. 

— Cependant, voyez, vous venez de me rendre 
un fier service avec votre petite trouvaille !... 

— Il n'est de service que d'apprendre à l'homme 
à se servir de sa pensée. 

— S'il vous plaît?... dit Gilles. 

Mais l'ancien moine était déjà repris par la déman- 
geaison de parler, fût-ce solitairement, et il disait : 

— Oui, monsieur, diriger sa pensée, et dans 
l'ordre spirituel ! car pour ce qui est de l'autre partie 
de la création, — limon et fange, — ce n'est pas sa 
voie; la pensée y met le feu; elle en fait surgir des 
volcans et, ce qui est pis, elle s'y suicidera. 

Le bûcheron, tranquillisé sur ses filles, commençait 
de somnoler, malgré l'incommodité du lieu. 

— Il y aura du nouveau ! poursuivait le moine, 
ah \ fichtre, oui, il y en aura; mais du côté du limon et 
de la boue. Et savez-vous, monsieur, ce qu'il y aura 
de plus fort parmi les nouveautés ? C'est que l'esprit, 



issu de Dieu, l'esprit complètement dévoyé, et à l'imi- 
tation des prodiges qu'il aura fait accomplir à la 
matière, voudra faire lui-même l'histrion, le pître sur 
la place publique, prendra pour tours de force ce qui 
n'est que signes de son aberration ; oui, monsieur, il 
singera la matière ! Quel abaissement ! quel sacrilège ! 
Comme elle, il voudra aller partout en même temps, 
et tandis qu'à notre époque, comme vous devez le 
savoir, M. Pascal s'efFraie en sa chambre du vide des 
espaces infinis, lui, devenu ivre, prétendra, sans effroi 
aucun, pérégriner d'astre en astre, confondant la 
pensée, qui fut l'honneur de l'homme, avec la loco- 
motion qui, je n'hésite pas à la prophétiser, marquera 
sa décrépitude. M'entendez-vous, monsieur?... 

Le bûcheron ronflait à poings fermés; mais n'attri- 
buant pas ce bruit à son interlocuteur, le moine allait 
pousser son raisonnement plus avant, lorsque quelque 
ruffian, que désobligeait une si abondante parole, 
s approcha de l'orateur nocturne et lui administra un 
violent coup de poing en pleine mâchoire. 

Rompu à la misère et aux inconvénients de la 
promiscuité, le défroqué se toucha seulement les arti- 
culations et, constatant que rien d'essentiel n'était 
brisé en son squelette, il alla un peu plus loin et baissa 
la voix, persuadé que le père des deux filles voyageuses 
le suivait. 

— Si je croyais au diable, monsieur, dit-il, je 
serais porté à penser que Dieu, fatigué de gouverner 
le monde, a passé la main au Prince des ténèbres et 
que celui-ci m'a fait l'incertain honneur d'habiter dans 
ma cellule et sous le crâne que voici ! La tentation 
subie par l'esprit ailé et lumineux, de s'appliquer à 



fabriquer mille jouets puérils au moyen de cette boue 
qui n'est que fumier, a quelque chose de comparable 
à l'attrait, que vous savez fort vif, et qui jette un sexe 
sur l'autre. Je pressens une frénésie, une véritable 
débauche aux noces de l'esprit et de la matière 
qui, comme tous les excès de ce genre, ne saurait 
aboutir qu'à un lendemain chargé d'opprobre. 

Il parla jusqu'au petit jour et ne s'aperçut pas 
qu'il avait prêché dans le désert. L'aube lui montra ses 
compagnons d'infortune étendus à vingt pas de lui, sur 
la pente du fossé de ville garni de tessons, de légumes 
avariés et de détritus de toutes sortes. Il ne se plaignait 
que d'une chose en son abjection, c'était de ne trouver 
que trop rarement à qui parler. « Les hommes affectent 
tous, disait-il, de savoir d'avance les sujets que l'on 




s'apprête à traiter devant eux; ils n'admettent pas qu'on 
leur puisse apprendre quoi que ce soit hormis une 
nouvelle aussi vaine que celle-ci : « Un tel a été fait 
cocu » ou bien « Le Turc est entré en campagne ». Et 
pendant que vous leur adressez la parole, ils ruminent 
ce qu'ils vont vous dire à leur tour, et qui pourra être 
de nature à vous asseoir sur votre séant. Or, le bûche- 
ron avait manifesté une relative complaisance. Il le 
retrouva quand le jour fut venu. 

Gilles, qui avait du savoir-vivre, invita le moine 
serviable à venir avec lui prendre un vin blanc à la 
ville. Et ils causèrent encore. 

Pendant qu'ils étaient attablés, Gilles reconnut le 
jeune et charmant Loys, le fils du conseiller Périnelle, 
qui se rendait à un office matinal. Il courut à ce garçon 
savant, car il avait hâte d'avoir confirmation du sens 
prêté par le bavard défroqué à la lettre de ses filles. 
Loys lui lut, à la lumière du soleil, le texte même 
qu'avait lu le moine à la lueur magique de son ongle, 
et il ajouta avec intérêt : 

— Ah ! elles sont parties pour un grand voyage ?. . . 

— Avec les Dames, répéta Gilles, qui avait vu 
jadis aux pavillons le fils du conseiller Périnelle prenant 
sa leçon de musique. 

— Chut ! . . . chut ! . . . fit celui-ci, en portant l'index 
à la bouche. Vos filles sont gracieuses, maître Gilles, 
et elles sauront des choses que je ne sais point... Mon 
père me juge assez savant ; il dit là-dessus que trop 
est trop. Bien le bonjour à mesdemoiselles vos filles, 
maître Gilles... Ah! elles sont parties? Diable! elles 
en ont de la chance ! . . . 

Et il s'éloigna sur son beau cheval bai. 



Quand Gilles fut de retour à l'auberge, Frère 
Ildebert lui dit : 

— Vous connaissez de beau inonde ! Ah ! voilà 
un jeune homme qui a été arrêté à temps : il était en 
bonne voie pour rater l'affaire de son salut!... Par 
qui, me direz-vous, fut-il éduqué, vu toutes les sciences 
qu'il a apprises ? ne me le demandez pas. Ce serait à 
croire, monsieur, que malgré ma cervelle infernale, il y a 
quelqu'un de plus fort que moi, et que j'ai été devancé. . . 

Il réfléchit en vidant son verre, et, il frappa le 
genou de son compagnon : 

— Le diable, monsieur, tout compte fait, je ne suis 
pas sûr de n'y pas croire... Et s'il existe, savez-vous 
où il est ? Il est partout... 

Ildebert accompagne Gilles, une demi-lieue, sur le 
chemin de retour, en l'entretenant de sujets où l'homme 
simple n'entendait rien. Sur le point de le quitter, 
il lui dit : 

— Savez-vous ce que j e voudrais, à l'heure qu'il est ? 

— Etre à cheval au lieu qu'à pied, dit le bûcheron. 

— Dire ma messe en simplicité, comme tant de 
frères que j'ai connus. C'est un sort maudit que celui 
qui m'a fait plus intelligent que les autres !... Ou bien, 
savez-vous, à défaut de dire ma messe, ce que je 
voudrais ? 

— Etre attendu à déjeuner chez M me la duchesse, 
je parie... 

— Etre un bûcheron comme vous, vivant dans la 
forêt, à côté de sa femme. 

Pour, le coup, le père Gilles éclata de rire. Ce 
souhait-là, par exemple, non, il n'était pas croyable. 

— Parlons sérieusement, dit-il, en se rapprochant 



du moine ; dans le nombre de vos petites inven- 
tions, dites-moi, vous n'auriez pas, par hasard, vous 
n'auriez pas ?... 

— Et quoi donc, dit le moine : le secret de la vie 
heureuse ? Je vous l'ai donné : c'est la pure simplicité 
de l'âme ouïe développement de l'esprit pour l'esprit... 

— Non, dit le bûcheron; je voudrais trouver le 
moyen d'aller de chez moi à la ville, sans débourser ni 
user mes vieux membres, et aussi, — mais vous allez 
hausser les épaules... 

— Dites-donc toujours; je ne peux rien. 

— Vous n'auriez pas, par hasard, trouvé le moyen 
de transformer une cabane de bûcheron en un palais 
cossu, avec carrosses et domestiques ?... 

L'ancien moine s'en alla sans répondre, hochant 



la tête ; et, en lui- 
« J'ai cru parler 
un homme ! Et 
les autres, est 
du démon qui 
joujoux confec 
le limon de la 



(à suivre) 




même, il pensait : 
toute la nuit à 
celui-là, comme 
bon pour le règne 
distribuera des 
tionnés avec 
terre ...» 



de L'Académie Française. 




Au teau " temps des Tuileries 



LA GUIRLANDE 




J\. JLVjLademoiselle JL de K^ 



oiirc 



y 



.Lorsque, de sa taux meurtrière, 
JL automne vient tout dépouiller, 
Jrarlois, émerge encor de la bruyère 
Un églantier, 



Un églantier sans églantines, 
Un églantier presque mourant, 
Sur les brandies duquel plusieurs épines 
(jrimpent en rang. 



our le sol, une coccinelle, 
\£ui cherche à luir 1 humidité, 
Apercevant un arbuste près d elle, 
Veut y monter. 

Jb/lle s y hasarde, distraite, 
uans savoir ce qu'elle entreprend, 
jLorsqu aussitôt, une épine 1 arrête, 
Jin la blessant. 



h/tj comme une autre meurtrissure 
JP unit chaque pas imprudent, 
Klle poursuit, dune marche moins sûre, 
±out en tremblant. 

Klle marche, marche sans cesse, 
.Durant des mois et des saisons, 
JLorsqu elle aperçoit avec allégresse 
Quelques bourgeons. 



x uis, des leuilles couvrant lécorce, 
XîJJe retrouve xin peu d ardeur, 
Jrour arriver, un jour, à bout de lorce, 
Sur une ileur, 

Une églantine à peine éclose, 
V^ui, de son parlum pénétrant, 
i^ndort la coccinelle qui s y pose, 
-fc/n I enivrant. 



.Mais s entr ouvrant avec 1 aurore, 
JLa Heur s éteint avec la nuit ; 
Jb/t ses pétales parlumés encore 

lombent sans bruit. 

_Le corps meurtri, laile brisée, 
Parmi les restes de sa Heur, 
JL insecte songe à sa course insensée 
V ers le bonheur. 



— JM.ais, cependant, 1 heure lut belle, 
lit le parluni était grisant; 

lit, déjà, regrimpe la coccinelle. 
Tout en rêvant. 

— ce v^ue pensez- vous de 1 existence f» 
M avez- vous dit un jour, entant. 

£n bien, mon Dieu, voila ce que j en pense, 
JLout simplement. 




^)can //eimanovirs 




Rak-el-Rak 



LA GUIRLANDE 




-Petites 
" nysionomies 



.JL. 



Je anciennes 

. 

IORSQ.UE nos douces compagnes, pour varier le jeu, eurent l'idée 
tout à coup de relever leur chevelure sur la tête et de la tirer 
"* en arrière, violemment, nous fûmes stupéfaits... Et combien 
déçus I Sur le moment, il nous vint l'idée incongrue, irrespectueuse, 
absurde, j'allais dire coupable, que nous n'étions ni plus ni moins 

beaux qu'elles, que "nous nous valions" 

Et pendant de longs mois, cette pensée nous jeta dans la 
perplexité et dans le découragement. Car il n'est pas bon que la 
femme perde pour nous son prestige, son mystère. Cela détraque 
tout simplement, cela disloque les lois de la vie. S'il nous faut 
considérer cette chère ennemie comme une égale, comme une 
camarade sportive, nous voilà bien désorientés. Qu'est-ce que c'est, 
je vous prie, que ce front immense, sans rides certes, mais beaucoup 
trop haut, qui se propose là, à notre méditation, comme un mur 
redoutable derrière lequel se pressent des pensées innombrables, 
toutes plus ou moins contraires aux nôtres? Qu'est-ce que c'est que 
ces tempes dévastées, toutes nues, ces tempes de garçon ? Et ces 
oreilles, ah ! surtout ces oreilles, que les poètes nous avaient 
habitués à croire toutes petites et taillées à même un bloc de 
corail pâle, et qui sont si grandes, oui, si grandes? Quelles révélations! 
Ah ! je vous assure qu'il y eut alors, pour notre illusion, un dur 
moment à passer. 

Cependant, ellcé ne désarmaient point. Indifférentes à notre 
étonnement, elles continuaient, ravies de dénuder 
ainsi le haut de leur tête, et nous regardant de 
leurs grands yeux étonnés, cette fois perdus dans 
une immense étendue de chair claire, comme pour 
nous demander : " Eh bien, quoi 1 vous n'êtes pas 
contents?" Et comme il faut toujours que nous 
le soyons, nous cédâmes. Notre volonté d'être 
charmés fut plus forte que notre déception. Nous 
nous accommodâmes du nouvel aspect de l'Eve 
éternelle. Et aujourd'hui, l'adaptation est si 
parfaite que c'est à peine si nous faisons attention 






à ces émancipées qui passent, aux 
longs bijoux étirant encore leurs 
oreilles, à cet air viril qu'elles ont, et 
il leur faut déjà songer à d'inédites 
façons de s'encadrer le visage... 



Le minois va-t-il reparaître? C'est 
peut-être un peu son tour. J'estime 
qu'il avait été bien sacrifié, ces der- 
niers temps. Il n'y en avait plus que 
pour les dames aux traits classiques. 
Et nous savons combien elles sont 
rares, dans notre pays où abondent 
sux'tout les plrysionomies expressives, 
au charme insaisissable. Cette mode des 
cheveux tirés tuait littéralement leur 
attrait. C'était injuste, c'était cruel! 
Les beaux visages irréguliers ont droit 
de retoucher, par maint artifice, la 
. négligence de la nature. A nous les 
guiches, les bandeaux, les chignons, les franges, les anglaises, les 
chichis 1 à nous les bandeaux, les diadèmes, les rubans 1 à nous les 
turbans, les bonnets 1 à nous les peignes et les épingles î à nous enfin 
les innombrables variétés de chapeaux, depuis le petit pétase jusqu'à 
l'immense sombrero, depuis la toque étroite et juste jusqu'au monu- 
ment vaste et lourd chargé d'une retombée de plumes 1 II y a 
tellement de quoi varier l'aspect des têtes féminines que les plus 
malins s'y trompent, et ne reconnaissent pas, le soir, au bal, sous ses 
cheveux endiamantés, la dame qu'ils ont rencontrée l'après-midi, dans 
la rue, avec un galurin de fourrure ou de tissu lamé. La dame 
feint l'indignation, mais au fond elle est ravie. N'est-ce pas cela 
justement qu'elle voulait? être prise pour une autre, toujours, sans 
cesse. Et comme elle a raison ! Car enfin, qu'est-ce qui nous fait le 
plus souffrir, nous autres hommes? Sinon 
cet emprisonnement où se débat notre 
personnalité, cette monotonie du rôle éter- 
nel que nous jouons. Tout naturellement, 
instinctivement, sans même se doviter de la 
profondeur de son acte, la femme, elle, a 
trouvé le moyen de s'évader. Quelques 
touches de fard, un ruban, un chiffon, un 

coup de peigne, et la voilà nouvelle 

Cela crée d'ailleurs des malentendus savou- 








reux. Car pour avoir changé de tête, la charmante 
n'a point modifié son âme, et nous, bons naïfs, 
nous le croyons, machinalement, et nous nous 
efforçons de parler suivant le ton qui convient, 
aujourd'hui à cette innocente, demain à cette 
rouée, ensuite à cette énigmatique. Au fond, ce 
qu'elle s'en fiche î... Pensez-vous qu'elle va faire, 
en psychologie, un effort analogue à celui qu'elle 
vient d'accomplir en toilette ? Voyons, voyons, 
il faut comprendre les choses... 



C'est ce qui fait peut-être la grande force 
des séducteurs : cette indifférence qu'ils ont pour 
l'aspect que l'adversaire ainsi se donne. Pauvre 
et enfantine défense, dont ils ont vite raison I En 
voilà qui ne se laissent pas intimider par les turbans, les diadèmes, 
et les grands yeux noirs qui nous regardent d'un air hautain. Les 
femmes brunes ont beaucoup abusé, ces derniers temps, du regard 
foudroyant. Elles y étaient pour ainsi dire incitées parle diadème et le 
turban. C'est étonnant ce qu'on se sent sûre de soi quand on porte 
une coiffure de sultane ou de reine. La plus petite bourgeoise de la 
rue du Sentier en arrivait à oublier totalement son origine, et elle vous 
redressait la tète, et elle vous foudroyait l'impertinent. 

Mais il est justement des impertinents qui ne s'embarrassent 
point de ces foudres-là. Ils parlaient à ces brunes impériales avec la 
même assurance tranquille qu'ils eussent employée vis-à-vis d'une 
petite blonde au nez retroussé. Et les brunes, désorientées par cette 
audace, ma foi cédaient, tout bonnement, non sans flatter beaucoup 
le séducteur qui, a ce moment, s'imaginait avoir remporté un triomphe 
difficile. La vanité masculine est insondable. 



Sans doute parce que l'amoureux chasseur a tué 
nombre de ces Schéhérazades, de ces 
Gypsies, on en compte aujourd'hui 
beaucoup moins, et nous en revenons 
au genre poupée, qui plaît toujours, 
parce qu'il est pour ainsi dire national. 
Il y a tellement de manières, aussi, de 
varier l'aspect de la poupée : nos 
fabricants nous l'ont bien fait voir, avec 
tous ces amusants modèles, avec ces 
innombrables personnages de laine, de ""^ 

soie, de feutre, de velours, si spirituels, 
si attendrissants, si fantasques. Plas- 




ticité merveilleuse de la femme ! elle a su s'adapter au genre de ces 
menues idoles familières, de ces fétiches d'étoffe dont elle encombre 
sa vie. C'est à n'y pas croire. Pourtant, c'est vrai. La femme- 
poupée imite les allures, la drôlerie, l'impertinence, la fantaisie, 
le charme frais et saugrenu de ces petits êtres souples et muets. 
Vous me direz que c'est la faute des dessi- 
nateurs de modes, qui se sont amusés à 
reproduire, dans leurs gravures, les airs de 
tête impayables et les arrangements bizarres 
de chevelure des poupées qu'on voyait à la 
devanture des modistes. C'est possible, mais 
je ne le crois pas. J'imaginerais beaucoup plus 
volontiers qu'en nous entendant dire, devant 
ces fantoches exquis : " Quelles amusantes 
petites bonnes femmes ! " elles ont eu aussitôt 
l'idée de nous ravir par les mêmes moyens. 
Et comme elles avaient déjà l'essentiel, c'est- 
à-dire le niinoLj, rien n'était plus facile. 
Nous vivons donc, maintenant, au milieu d'un 
monde de poupées : les unes vivantes, les 
autres non ; mais elles ont toutes le même sourire, les mêmes 
grands yeux tendres et inquiétants, la même bouche menue 
et rouge, les mêmes joues délicatement enluminées, et cette 
mousse d'or qui brille autour de leur visage. Paris I Paris ! 
pays des minois, patrie des poupées, que réserves-tu demain 
à notre étonnement? D'autres minois? D'autres poupées?... 
Je suis tranquille, tu n'es pas à court d'invention. 




Unefaalat.iic 
d'Eâlber Jfîtyer. 




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A Marcel ALLAN 



Jour de Pâqued 1^20. 



(^e .Loi 



oir — mais suis~je oiseau ( 



U 



JLoir où je navigue et rame, comme plane un 
oiseau, sans latigue, si vite Irisant I eau qu on 
ne sait si je rame ou plane avec rien, ou 1 



es 



ailes de mon âme, ce JLoir me voit pourtant 
ramer, voler, planer, des yeux célestes de ses 
bulles étonnées, 

me voit glisser, oiseau léger, sur les images 
des riveraines Heurs, ciguës et populages — 
mais suis-je oiseau ? — mêlant de leurs grap- 
pes mirées 1 or et 1 argent au vert déclive des 
grands prés, Irôler ici du vol vil de ma barque 
noire les retlets vaporeux de la flore en ce 
Loir, 



tantôt le lin profil au feuillage discret 
dun petit bois de peupliers souple au vent 
frais, tantôt le saule en mal d Opnélie et 
tantôt la ne traie aux ffeurs d or tacfietée de 
corbeaux ; me voit bondir sur fes coteaux fof 



de gaieté, sur la cime en velours de leurs 
bois reflétés, 

dune aile numide où se mire le paysage 
rayer comme un diamant les vitres des villages, 
de 1 autre aile mouiller le bout des cheminées, 
éclabousser d aiguail les tuiles carminées, ou 
de mon vol entier, de mon vol étendu laire 
ombre sur les toits, — rêvant ce qui m est dû : 

le triomphe et la joie, sous le rêve des 
eaux, de sonder le ciel même en couchant les 
roseaux ! -Le martin dont la gorge et le dos 
étincellent vole au chant des prairies. .LAnge 
de ciel en ciel vole aux sons de la harpe et 
de lextaséon. JS\.o'i, plus léger que 1 Aigle 
de -N apoléon, 



je suis 1 Jtsprit, voyez mes ailes, oui I cher- 
chez comment je vole ainsi de clocher en clocher, 
dune heure où 1 angélus glorifie lair limpide 
et ces roses nuées sous mon vol intrépide, 
jusqu à 1 heure où, mourantes les cloches de 
-P âques, sur un îlot fleuri ma barque se 
détraque. 




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Et comment parlerions-nous chiffons, à une époque où les jolies femmes sont 
éparpillées sur les plages ensoleillées de la Riviera ou de la Côte d'Argent, 
et n'ont cure, au fonds, que de l'effet que produira leur silhouette emmous- 
selinée parmi les fleurs dont se recouvrira leur victoria ou leur routière de 
marque, admise dans l'enceinte de la bataille de fleurs?... Pour le matin, sur les 
terrasses, où elles exhibent si volontiers leurs indiscrètes robes de tricot de soie 
Silka, estompant agréablement les formes dont elles laissent transparaître la 
tanagréenne beauté, elles sont pourvues, mais attendent impatiemment, pour 
l'heure où la température tout à fait assagie leur permettra de laisser tomber d'un 
geste joli le renard neigeux ou l'écharpe de petit-gris, le chinchilla enjôleur, que 
la fameuse robe-manteau en laine des Indes, gris ramier, à col gratté en fourrure et 
à broderies d'acier, leur soit enfin livrée pour se montrer en sveltesse et en très 
particulière élégance dans ces merveilleux pays où s'écoule si gaiement la vie 
parmi le soleil et les fleurs. 

D'ailleurs, nul^ie l'ignore, les femmes qui ont vécu dans la souple caresse des 
robes de tricot ne semblent pouvoir abandonner la sensation de bien-être qui en 
résulte. A une époque où la moindre entrave devient une tyrannie, où il n'est plus 




possible d'admettre que le corset modeleur d'antan soit 
aujourd'hui autre chose qu'un soupçon de ceinture, repré- 
senté par deux brins de rubans et un rien de jersey de 
soie, le plus souvent on doit forcément aimer la robe dont 
on ne sent pas les coutures, qui glisse sur vos épaules sans 
que sa présence vous importune, la robe qui laisse passer 
. l'air au travers de ses mailles 
épaisses ou fines, mais qui, 
avant tout, nous semble, par 
le soin qu'elle met à nous 
laisser ignorer sa présence, 
aussi confortable, aussi re- 
posante que la plus douillette 
robe de chambre. 

Telles sont les raisons 
pour lesquelles, alors que 
tant de tissus jersey baissent 
de prix, la robe Silka, tricotée 
en soie ou en laine des Indes> 




si spirituellement garnie, 
souvent, que les grandes 
prêtresses de la couture ont 
soin de la commander pour 
elles-mêmes, pour porter en 
vacances, a une vogue tou- 
jours croissante qui ne semble pas près de s'amoindrir. 

LES SOIERIES INÉDITES 

Dans les tissus nouveaux, en soieries de luxe, 
nous notons le succès prodigieux remporté par la 
cachemirette de Barret. Ce tissu de rêve, aux fluidités 
de mousseline, retombant en plis moelleux et profonds, 

offre un imperceptible glacis qui poudrederize, si j'ose y 

dire, les nuances de délicate recherche dont se compose la collection... En teinte 
azalée, veloutée de rose à peine indiqué, cette cachemirette a des grâces particu- 
lières qui ont séduit les Jenny, les Lanvin, les Chéruit et autres Muses de la mode 
dont le moindre caprice rayonne dans le monde entier. Puisque ces altesses du 
chiffon en ont décidé ainsi, nous porterons donc des robes de cachemirette dont la 
joliesse nimbeuse, palpitant en longues écharpes autour des silhouettes, a tant 
d'irrésistible séduction... 

LES TISSUS DE LAINE 

C est toujours, à l'aube de la saison printanière, une question de haut intérêt 
que celle de la nouveauté apportée dans les lainages souvent artistiquement ornés, 
aujourd'hui, dont on fera nos manteaux, nos robes courantes, nos tailleurs allures. 
Il semble que les ensembles classiques ne soient plus vraiment les grands favoris. 
L orientalisme, dont nous subissons si docilement la caractéristique emprise, a 
amené les plus artistes de nos fabricants à introduire parmi leurs tissus des orne- 



ments étudiés dans ce style et à former en des teintes, bien tranchantes, des 
brochés de laine, en rayures ou en motifs détachés, ayant toute la préciosité jolie 
de véritables broderies. 

En ce qui concerne la collection Rodier, collection dirigeante entre toutes, 
nous voyons, égayant les kaàha au toucher voluptueux, les palmeô de jfliérapore, 
la friée éthiopienne, les piquet) de MomouI, pointant leurs flèches d'une savoureuse 
originalité, parmi les larges rayures nuancées dont on fera des ornements étudiés 
avec art ou des gilets qui, dans l'entre-baillement d'une jaquette tailleur, ont tant 
de spirituelle fantaisie... 

Les tissus de laine les plus cotés, qu'ils s'appellent àerge dialine, crepella, 
frcdcaline, catabure, kaàha ou piquelaine, se mélangent heureusement avec les pékins 
ou les panes de tapisserie, mettant parmi l'uni du tissu une note vibrante, très en 
relief, ou faisant intervenir les pékind bambouà fleurià, les kaàha de Denderab ou les 
motif 'à afghan*, sur un fonds de freàcaline unie, de popta 
ou degeràabullaine. C'est un puzzle offert à l'imagination 
des couturières que présente, cette fois, la collection 
Rodier; mais comme, seuls, nos grands créateurs de 
mode, s'adressent à cette maison unique en son genre, 
nous sommes assurés de voir sortir de leur effort un 
tout harmonieux et parfait. 

LA MODE AU THÉÂTRE 

En attendant que les profanes soient admis à 

contempler les collections de printemps, offertes 

récemment à l'admiration des 

commissionnaires et acheteurs 

étrangers, ou plutôt avant que 

nous puissions voir défiler les 

silhouettes spécialement créées 

pour complaire à notre parisia- 
nisme averti, silhouettes qui, le 

plus souvent, n'ont rien à voir, 

avec celles dont on gratifie les 

acheteurs étrangers, disons tout le 

charme des joliesses contemplées 

ces jours derniers au théâtre. 

La reprise éclatante de 

Maman Colibri, à la Comédie- 
Française, nous valut un réel élan 

d'élégance. 

Pour lutter avec l'inoubliable 
Berthe Bady, pour qui fut écrit le rôle dlrène de Rysberghe, 
M Uo Berthe Cerny s'est surpassée. Elle désira non sans 
quelque raison insister sur la raffinée coquetterie de la femme 
mûrissante, désireuse de se renouveler pour garder son trop 
jeune amant. Et tour à tour, elle nous offrit un enveloppement 
tanagréen, — un peu trop serré, hélas ! — en velours Crésus 
bleu ancien, ourlé de guipure d'argent, très en relief et si 





écourté, devant, que la ligne parfaite des jambes délicatement modelées se détache 
très amplement sur une doublure de crêpe Madeleine, d'une intense tonalité cerise. 
Dans le cadre élégant du home des Rysberghe, cette harmonie étudiée avec tact 
se détache très heureusement. 

M lle Berthe Cerny nous présente ensuite une nouvelle formule de la fameuse 
robe à jupe oriflamme faite de carrés de crêpe Marie-Louise ou de cachemirelte, 
peut-être posés en biais et dont les souples écharpes palpitent au moindre mouve- 
ment. D'un intense jaune citron, cette robette jolie trouve un complément charmeur 
dans certaine capeline souple du ton qu'un ruban de velours d'un intense bleu 
Nattier enroule doucement pour retomber en longue bride caresseuse sur le corsage 
d'une lumineuse tonalité. L'ensemble, vous n'en doutez pas? est à la fois d'une 
jeunesse et d'une grâce irrésistible. M !le Huguette Duflos, tellement emmousselinée 
de mauve glycine, est jolie à peindre en petite Américaine amoureuse, et l'on pense 
que Gustave Brisgaud devrait une fois encore immortaliser sa silhouette jolie en cet 
artistique arrangement. Très élégantes les robes de M lle Valpreux, traitées par 
Berthe Hermance en une note de parisianisme délicat. Celle du dernier acte en crêpe 
Louli, fleur de pêcher, esquisse une manière de redingote brodée d'argent et 
mollement ceinturée de même tissu sur jupe plissée unie du ton qui est à retenir 
pour toutes les jeunes mariées désireuses de faire voir à leur mari la vie en rose. 

Il ne faut pas moins que ce savoureux régal des yeux pour pardonner à la 
jeune M me de Rysberghe sa dureté intransigeante et sa nature un peu rêche. L'élé- 
gance masculine est dans Maman Colibri supérieurement traitée. A l'instar de 
M. Duflos, les jeunes premiers témoignent d'une subtilité rare. 

r N'oublions la joyeuse pièce du Palais-Royal où 

y triomphe la brillante Marguerite Templey, toujours 

^ — v savoureusement blonde et pleine d'entrain. Les robes de 

Jenny sont de pures merveilles étudiées avec soin par 
une artiste racée. La première, en velours cornaline, 
é'allure de détails charmants. La seconde, toute noire, 
dont les volants remontés de côté en un dandy mouvement 
sont soulignés de velours vert feuille se terminant par de 
petits nœuds plats et très style, dégage une grâce inédite 
bien caractérisée. La troisième pourrait seulement être 
exprimée par le pinceau magique d'un Brunelleschi, tant 
les merveilleux coloris orientaux y fusionnent avec 
esprit. Du lamé or reflété de rouge laque et 
de vert myrthe semble envelopper le buste en une 
charmante note d'inédit, tandis que de nim- 
beuses écharpes de tulle vert lumière caressent 
les bras sans rien nous faire perdre de leur 
modelé charmant. Et avec le complément d'une 
harmonieuse coiffure de Desfossés s'élançant 
preste et jolie de la merveilleuse chevelure 
blonde, M 1; ° Templey et les artistes qui la dra- 
pent si heureusement remportent le gros succès. 






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FRANCE EN ORIENT par Pierre Loti, de l'Académie 
Française, édite chez Calmann-Lévy . — LA BECQUÉE par 
M. René Boylesve de l'Académie Française, édité chez Calmann- 
Lévy. — LA PÉCHERESSE par M. Henri de Régnier, de 
l'Académie Française, édité par le Mercure de France. 



Albin Michel vient de publier LA MORT ENCHAÎNÉE 
la pièce en trois actes et en vers que M. Maurice Magre fit 
représenter dernièrement à la Comédie-Française et qui obtint un 
succès des plus brillants. 

La société « LE LIVRE », 2 6, boulevard Malesherbes à 
Paris, continuera la Série de ses Expositions par celle des Éditions 
de la Nouvelle Reme Française, ouverte du 20 novembre au 
20 décembre et qui comportera également des dessins origi- 
naux des artistes ayant illustré ces ouvrages. (Téléphone : 66-26.) 

Viennent de paraître : Tomes I et II CHRONIQUE DE 
LA GRANDE GUERRE par M. Maurice Barrés de l'Aca- 
démie Française. Pion éditeur, 8, rue Garancière. C'est en 
quelque sorte la chronique d'un Français entre 1914 et 1919. Dans 
ce livre, M. Barrés, avec sa grande voix retentissante et son 
souffle habituel, immortalise les grandes heures qui ont rendu la 
France encore un peu plus sublime. 

Une très intéressante Revue : " LA REVUE DES DEUX 
MERS " sous la direction de M. Ernest Hélias, publie : 1 chro- 
nique étrangère, 1 chronique économique, 1 beau voyage et de 
beaux cahiers de notes ayant trait au midi. 



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souci de pureté dans le style, souci que ion sent aussi bien dans la 
décoration que dans l'ameublement, — tout cela dénote la demeure de 
passage de " i homme de qualité ", ainsi qu'on disait autrefois. c 
JJdais s'il a la magnificence d'un palais, le RI TRIERA n'en a pas la 
froideur. Tout a été prévu pour le confort et l'agrément de ses hôtes. 
C'est dire que l'on n'y rencontre que des gens de goCit et de bonne compagnie, 
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Chaque planche, numérotée et signée par l'auteur, est précédée 
d'une feuille d'encadrement à filets également exécutés en gravure et à l'aquarelle. 

// n'est tiré de cet Album que : 

25 exemplaires, numérotés de 1 à 25, sur papier fort du Japon 
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avant la lettre sur papier de Chine 900 fr. 

100 exemplaires, numérotés de 26 à ijS, sur papier épais à 
gros grain de Hollande Van Gelder Zonen .. .. 600 fr. 

Chaque exemplaire est précédé d'une feuille de garde avec l'ex-libris 
dessiné par Brunelleschi au nom du souscripteur. 

En conséquence, tout exemplaire est payable à la souscription. 

A leur parution, les exemplaires qui seront invendus seront majorés 
de 20 */ Q . 



Pour souscrire, il suffit de remplir ce bulletin et de l'adresser à M. le Directeur de 
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algré les nombreuses difficultés industrielles qui, à sa fondation, ont entravé sa 
parution régulière, LA GUIRLANDE espère néanmoins avoir donné 
"\ 4T f satisfaction à tous ses abonnés, à qui elle adresse ses plus vifs remerciements 

- / pour l'aide et la confiance qu'ils lui ont accordées dès ses débuts. 

Elle prie ses lecteurs de vouloir bien constater les efforts par lesquels 
elle a pu* améliorer l'édition de chacun de ses fascicules, et elle a l'honneur 
de leur faire savoir que ces efforts renouvelés ont assuré, pour sa seconde année, une parution 
régulière et une amélioration constante. 

LA GUIRLANDE, qui publiera des œuvres de tous ses collaborateurs de 
première année, s'est assuré, en outre, de nouvelles collaborations, tant pour le 
texte que pour l'illustration. 

Parmi les premières publications à paraître, sont à signaler : 

de Ai. Henri de RÉGNIER (de l'Académie Française), 

une milite de conter inédits ; 
de AI. René BOYLESVE (de l'Académie Françaue), une 

œuvre inédile ; 
de AI. Abel HERMAN1, une suite de chroniques ; 
de AI. Francis de MIOMANDRE, un roman nouveau ; 
de AI. BRUNELLESCHI, une suite d 'eaux-fortes ; 
de AI. J.~G DOAIERGUE, une suite de compositions inédites. 

Cette seconde année est en préparation. 

LA GUIRLANDE, qui adressera ce mois-ci le complément des 12 fascicules de première 
année à ses abonnés, les prie de lui faire l'honneur d'une nouvelle souscription. S'ils y consentent, 
elle leur demande de bien vouloir lui adresser au plus tôt cette nouvelle souscription, afin de leur 
réserver le même numérotage que l'année précédente. 

Le relevé de ce numérotage est déjà entrepris et plusieurs personnes nous demandent de 
leur réserver des premiers numéros de seconde année, ce que nous ne pouvons faire avant d'avoir 
la réponse de nos premiers abonnés. 

Bien que le prix d'abonnement ait été porté à 3oo francs, il demeure à 25o francs pour nos 
abonnés de première année. 

Pour renouveler leur abonnement, nos lecteurs sont priés de retourner ce bulletin rempli 
à M. le Directeur de La Guirlande, 3, rue de Chaillot, Paris, en y joignant en chèque ou mandat 
la somme de 2Ôo francs. 



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